‹ Pétre Ivanovitch, suite du Gilblas russe (volume 2)Chapitre 4 sur 43 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La princesse Faaline.

Il y avait déjà plusieurs années que la princesse Kourdûkof répétait : — Voilà ma fille dans sa vingtième année! Le moyen, après cela, de douter que la princesse Pauline, en 1 8 1 2, n'eût en effet vingt ans à peine ! Elle était fort bien en i8o5 et i8o6; et si, depuis lors , elle avait perdu un peu de la fraîcheur d'un premier printemps, elle n*en avait pas moins encore une jolie taille et des traits réguliers. Il m'en coûte d'insister sur un article si délicat, maïs il faut l'avouer, ses yeux ne brillaient plus de ce feu qui embrase les cœurs, et son visage avait pris dans l'intervalle du lustre que durait sa ving* tième années une teinte de maturité , teinte qui enchante dans les fruits , mais qui mal* heureusement plaît moins dans les femmes.

WVré ïVÀiTovrTCif. ^1

tant tiotrt "SOrtmisà difficiles à contenter. ' Puisque nous troîfà lancés d'atis les à veut: ses detfts , naguère blâneheïs comme la neige, *5e couvraient cPune ombre légère ; et dans Tendroit même où le cou se réunit à là çotge , d'eu:s: os saillans découvraient le secret que s'efforçaient de cacber et chemi- ^etteâ et collerettes. Je m'empresse de dire que la princesse Pauline était extrêmement bonne. î)&& esprits malins répondront à cela ^ue les demoiselles à tïiarier ne sont jamais Doéchaiites, quelles défauts des femmes nt Èe découvrent qu'après le isacrement , ou bien après la lune de miel , comme ceux des marchandises après qu'elles ont passé de la boutique dans la maison de l'acheteur.

Moi , je soutiens que si les femmes ont des travers et de la malice , ce sont les hommes qui en sont cause , et ttia preuve , c'est que fiôus les trouvons toujours bonnes avatit de Ifeh épousfer. Oui , la princesse était bonne , très bohtife, et poUr'm'éxplîquer encore Meftt , eftè he faisait de mal a personne ; si ^êtq^efoïâ, datis uh cercle d^intimes, elle fti^àît, Jfe ; apposé , quelqu'une de ses

ibmt>a^ek âftysemesy que les hommes pro*-

Q2 PETRE IVAirOVITCH.

clamaient une beauté, c'était par pur amour de la vérité , et non par haine ou par envie; parlait-on en sa présence d'une famille pauvre et de gens malheureux , elle soupirait du fond de l'âme, elle levait les yeux au ciel, et répandait même quelques petites larmes qui lui seyaient à merveille ; dans cette occasion, elle était la première à donner sa voix pour qu'il fût porté des secours ; et sj elle n'offrait point sa bourse pour cela^ c'est qu'elle manquait elle-même d'argent pour les exigences eff payantes de sa toi^ lette. Elle regrettait bien , sans doute, qu'il lui fût impossible de visiter le pauvre et le malade ; mais que faire quand on n'a point de loisir , et quand un médecin a si souvent recommandé de respirer toujours un air pur et frais, de se garder des miasmes infects 9 Elle ne se mettait jamais en colère , si; ce n'est, il est vrai, contre sa femme de charnu bre , en face de la psyché ; encore cela n'ar-^ riva-t-il que du moment où sa mère <:onx^ mença de dire : — Voilà ma fille dans sa vingtième année!. La princesse Paulif^ s'estimait, tout naïvement » la meiUeuriç y l4r plus spirituelle t la. plus sei]LsibIè/la plj^

.PETJELE IVAirOVITCH. • g5

gracieuse et k plus aimable des princesses de l'univers, conséquemment la personne la plus accomplie de son sexe, et même la plus belle. Oui , elle le croyait ainsi ; jamais rien ne Tavait portée au doute .à cet égard ; et depuis sa naissance , tout ce qu'elle entendait la confirmait dans son opinion. Elle avait eu des adorateurs qui aspiraient à sa main ; mais les uns dé« plurent au père : ils n'étaient pas assez riches ; d'autres à la mère]: ils n'étaient pas d'assez bonne maison, et la. jeune princesse suivait en tout les inspirations de ses parrens; elle refusait d'après leurs suggestions, non pas par un respect servi le pour ses pa* rens, mais parce que le mariage à ses yeux était un traité , une sorte de contrat de £&* mille, et dans l'espoir que, sur le nombre des candidats, on finirait par en trouver un qui ferait l'affaire de tout le monde. Elle était pure de cœur comme.. uq agneau, et jamai$ elle n'avait aimé qu'eUe-méme , ce qui,e3t très innocent ^ comme :op sait. II est vrai.de dire ^ue la princesse Pauline désifait vire** ment d*ètre marié.i^ . pour vivre, dans sqq propre ihptel> pûiir J^ecevoir^cbiez ellô.de^

•g4 ' "MME ÎVAïrOfttTCfi.

iTOÎtes , pour avoir son équipage , et pour M parer à ses déptem, oti , œ tpii rfeviei^t «a^ Même, aux dépens de son mari; mais actcun antre sonci rre trdr^rsaît ^es plaSsIrs Km la méditation fle ses isêatice^ â& toilette.

Itisqn^ Vépoque où commença son étéi'tïtWe t^ngtième ^nnée, la princesse t^aii¥[ne Vavalt jamais pense qu'on pAt litî donqer ponr ép'onx moins qu*un beau rejeton dfe quelque ancien prince apafniafgé ou bien iin 'feld^maréehal ; mais du moment qtie ^issi fidèle femme de chambre eut commencé k lui paraître moins babile, dû Ifionrent qu*elle eut dansé au^ bals de noces de quelques dou2ârines de ses amies, la princesse Pauline s'avOua à elle-même ^Mle épouserait volontiers même un simple prince on comte irus^e , et, au besoin^ tin bon gentïïh6rftme , pourvu ' toutefois ^vmt eût charge à lia cbto;*ët ^ la coftaitiçp jtoM d'être riche «iî^dhit ^r^. ta pritt-' «e»se Pauline en ét^ii'it'ctes Wmbles disp'di «îMons dlins le '^ét^ét'dër'îsôù Ctienr^ Icirsàti^ lé toïiitê Ifdhténl!Àf prbjfètà^de la' ti^ài^ër^

rtth dé*ès/^subbttfc^rtii^';ipônti^èi^^^^

TETR< WAÏfOVITCH. 'fi

HmrttAe cfhftncélaiite du prince Kouréukof^ wn fidèle oompère.

Un jour^ à onze heures, la prmcesst IPamline , déjà sur pied , se tenait penchée ^Tos son trumeau , et se disposait à faire Tessai dTuti moyen de rétablir la blancheur du teint y moyen déclaré innoeent dans les journaux de Paris , el vendu $ou$ te secret à Saint-Pétersbourg. Dounia, sa femme dé c!haml>re , avait déjà préparé un tout petit &rdojr bien moelleux, et déjà elle avait déf>oudhë le petit flacon , quand tout-à-coup la princesse^ mère de Pauline, frappa. Pauline aussitôt cacha son moyen innocent, et âfla TCcevoir sa mère Si la porte de Vappartement. La princesse renvoya Dounîa, s*assitsur une couchette, et fit asseoir sa firRe sur une chaise à sa droite.

— Ma chère Pauline , lé comte Mîrcm Pétrovitch s'occupe de te marier.

'■ — Le comte Mîroh Pétrovitch ! maman.

Oh! ce doit être qu^qué cho^ d'extraot^ ^naire.

" — 'Devine; mais tu ne poiirràs Jàtnaisj allons , devine de quel jeune horiîihe 11

.ÎO. ' ■!■

,96 PJETBE IVANOVITCHU

—De quelqu'un de safamille , sûr^pienL On assure pourtant qu'il n'a pas un seiU parent qui soit riche.

. — Tu n y es pas. Il s'agît d'une personne jqui lui est tout-à-fait étrangère, mais c'est xin homme jeune, agréable, spirituel et jîche, riche, très riche*..

• — Votre choix me dit tout, ma chère majnan. Et ce prétendu est jeune ; il n'est peut- ^tre encore que gentilhomme deia chambre?

— Il n'a encore aucune charge à la cour.

— Eh bien, quoi donc ? C'est un colonel aux gardes?

— Non , il sert dans le civil.

— Ah ! au collège des affaires étrangères ?

— Non , il sert sous les ordres du comte jMEiron Pétrovitch. Au reste, ne t'inquiète ni de sa place , ni de son rang ; nous feron$ ^e lui tout ce que nous voudrons.

— Il est prince, comte ?

. f— Non, c'est un simple gentilhomme; mais en l'épousant tu ne perds point toQ titre de princesse : nous voulons qu'il prenne la qualité de prince , parce que ton père est \f derI^e^ de pa race.

— Tout comme il Vous plaira , mamaa»

PBTRE IV\irOVITCH. gj

Hais qui donc est-il? ne me tenez pas ea suspens.

— Tu connais Pétre Ivanovilch Vyjighine?

. — Je me le rappelle... Il est très bien de sa personne, léger, agréable... mais... on dit... qu'il est d*une famille médiocre.

La princesse soupira péniblement à ces paroles de sa fille ; elle baissa les yeux et se tut.

— En effet, dit-elle enfin entre ses dents, il n'est pas de ces anciennes familles à sou« che faisant colonne ; mais, ma chère, nous sommes en ce moment dans des circonstances à n'y pouvoir regarder de si près.

Ces mots firent beaucoup rougir la princesse Pauline, qui pensa entendre une allusion à Tâge auquel elle était parvenue.

—Cependant, maman... que dira-t-on dans la ville, s'il est de famille ordinaire? Comment sera-t-il vu chez mes tantes? Que diront de lui mes cousines?... Bailleurs je Tai à peine vu six fois, à peine si je lui ai parlé. Il me semble qu'il doit se faire con* naître un peu plus chez nous, chercher à gagner ma bienveillance , se déclarer... Il I. 9

gé PÈTRE IVANOVÏTdiS.

fauclraît mener celte affaire comme' il se pratique clms le monde.

— Quelles idées tu te fais, ma bonne I Nul doute qu^il ne soit amoureux de foi, et amoureux fou ; mais comment oserait-il t*exprimer son amonr , à toi , lui n'étant pas de race princîère! Je le ferais jeter à la riiè. De tels mariages, ma chère, se font par l'entremise de personnes connues ; c'est ainsi que cela se fait. Les princes des petites cours, vois-tu, ne se déclarent pas eiîx-mêmès, ils recherchent une alliance p^r les bons offices des autres courâ égales à celte où ils prennent leurs épouses. Nous aurons tout le temps de l'attirer chez nous et de lui fournir à lui-même l'occasion de s'ouvrir, mais auparavant nous devions donner chacun notre opinion sur le projet.

Au reste, écoute donc, Pétre Vyjighine n'est pas d'une famille si commune; il est parent des comtes Kitchtojine...

w-Ha!

•i-^'Mals ce n*e«t point là le principal de l'àiTaire. Sois raisonnable , ï^auline , et coïtsc^hs à tout sans objection. Ton père et Ho>dàkoftintgéti& nos affaires dcfinfiestiques «b

teife fiorte <]u1ls nous oat ruio^, ef si tu ii^pouses prorapteinent un liomme riche ^ nom allons nous trouver dans les plus af« fineuses circonstances «

— . Ainsi , voilà les circonstances dont T0U6 parliez tout à Theure ; oh! que j'avais sottement compris ! Mais , maman, il y a tant de comtes et de princes qui sont vîcbes! du moins il y a de riches colonels , ée riches chambellans..,

— Nous n avons la faculté ni de choisir si d'attendre, ma chère Pauline. Mais le comte Miron Pétrovitch promet de procurer ir toB mari telle fonction ou telle charge qoiH lui plaira. Tu In opposes tant de si et de «nab, que je serais portée à croire que eeVyjigtiine ne te plaît pas.

-— Tout le ^^ontraire, mamati; je voua dirai , en- conscience, que jai ilepuis long» teaaps remarqué M. Vyjjgfaine : il est tnèa bien 9 mais très bden; il a de font joUeâ maniereft; il est aimalilei Bittsiaurt lois, nm #O0ftineB et moi ^ iioua avons pnHé de Hiii nous regrettMna £|4i*il nTapparlinr fnas k hk haute société... Ah! vraimieiyt, el c'est Inem

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— Eh bien, à présent, il sera prince ^'^ chambellan, et plus que cela encore; ainsi le regret de tes cousines pourra bien se convertir en envie. Décide-toi donc^ ma bonne amie.

• - Je m'en remets entièrement à vous/ ma chère maman, et je ferai tout ce que vous souhaitez.

— Baise-moi, ma fille. Il faut te préparer pour un bal ; nous voulons donner une fête brillante pendant le carnaval. Mais ne parle à personne du mariage qui se négocie, avant que le temps ne soit venu. Après y avoir bien réfléchi , je vois que ton père a raison de me conseiller de cacher nos intentions, de peur que ceux-là mêmes qtn crieront à la mésalliance ne nous soufflent le riche prétendu. C'est que les riches partis sont rares, ma chère, et de plus, messieurs les richards aujourd'hui exigent une dot.

Lés temps sont durs ! réfléchis bien à ta toilette, il sera bon que tu sois dans tout ton éclat, Pauline. Si tu veux, j'irai avec toi dans les magasins démodes :1a voiture est prête; je vais m'habiller. • - *

Ainsi, dans la maison du prinde Kour«

PRTRE IVANOVITCH. lOI

dûkof, on ne doutait nullement que le mariage n*eût lieu, et encore Le père, la mère et la fille croyaient-ils faire un grand sacrifice et accorder une insigne faveur en voulant pousser à la principauté un opulent gentilhomme. Cependant , le vieux Vyjighine s'abandonnait au vif chagrin que lui donnait l'obstination de son fils, et rougissait d'avouer au comte Miron Pé irovitch et au prince Rourdûkof le véritable état des choses. De son côté, Pélrc Vyjighine , pour éviter toute explication à ce sujet avec son chef, se disait malade, né se montrait plus dans les salons, et même n^ se présentait plus chez son père, qui de même ne visitait point son fils, tout en méditant divers moyens de faire fléchir son opiniâtreté. Le docteur Lébédenko cessa d^aller chez son ancien ami, et ne voulut pas voir Pétre, pour que le vieillard ne s'ima^ ghiâtpointqu'il encourageât le jeune homme à, lui résister.

Le prince Kourdûkof préparait tout pour son bai, et ne se rendit plusàses fonctions de tous les jours qui précédèrent la fête, occupé qu'il était à régler lui-même le nou-

wél ornement fie chaque ch;imbre et le prVaceinent symétrique des fleurs et des •arbustes de ses orangeries. IjSl princesse Pauline était fort affairée de sa parure de bal. Dans ses entrevues avec ses cousines et avec ses .itnies, elle prit un certain air pose et mystérieux. La princesse Kourdûko^ dans le cercle de ses proches et de ses intimes , s'étendit sur la nécessité de di.spo« «er des filles contre son propre gré, par condescendance pour un mari, par indulgence pour les amans. Le prince Kowrdûkof se rappelait tout ce qu'il avait la dans Voltaire, et ce qu'il avait entenda dire dans les salons à l'époque de la révolution française sur le devoir de sacrifier ics vdroits (\e la naissance au bien public, sur 4'égalité des hommes, qui tous doivent être frères et amis. Le prince s'oublia quelque* fois tellement 4^iie , sans intention et malgré lui , il tenait les propos d'un jacobin , et d'autant plus banliment qu'il n'en sentait |»as la portée ; tout cela pour préparer ses ^rens et ses amis à Tétonrdissante nfon- ^elle 4^ nariage de la princesse Patiline JLoundk'tfcdT aviec «m rîcbaril ni pi'ÎBiee)

PETRE IVAIfOYITCH. 4o5

Qi comte 9 nî grand dignitaire, ni mêi^e geutilhomme à vingt quartiers. Dans Iç iponde on commençait à deviner que dans Ja famille du prince il allait se passer quelque chose d'extraordinaire; etauxsoupirç dfi la princesse Pauline, à la tendance générale du langage des parens,on concluait qu'il y avait un mariage sur le tapis.

Miaintenant va s'ouvrir une autre scène, où il y a moins de bruit, moins d'éclat, mais encore des hommes, et partant encore 4es passions et encore des sottises sous u^ ^utre point de vue.

Le conseiller titulaire Romuald Vikentiévitch'ShmigaïIo, gentilhomme lithuanien^ ^tait entré fort jeune au service civil, et jusqu'à l'année 1809 il avait nourri l'espoir d'arriver avec le temps au poste de gouverneur de province; mais cette année-la vît paraître l'oukase sur les examens à subir devant l'université, faute desquels il n'y avait point d'avancement àattendre.Cetoukase détruisit les révesde son imagination, et le réduisit pour toujours, hébs ! au rang de conseiller titulaire. Le pèredubonRomuald avait été économe ou intendant, et ensuite fermier

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d'une bonne métairie; toute sa vie on Ta* vait vu en surtout de bure et en souliers d'écorce de bouleau, et ce n'est qu'aux grands jours qu'il chaussait des bottes : ce qui n'empêcha pas qu'en mourant il ne laissât à ses deux fils deux mille cinquante bons ducats d'or dont personne n'avait eu connaissance de son vivant, et que luî« même avait comme oubliés sous son poêle à four. Il est fâcheux que le défunt, en laissant la moitié de son comptant à Romuald, n'eût pu lui léguer aussi sa prévoyance.

L'aîné, qui était marié, servait, comme avait fait son père , en qualité d'économe ; dès qu'il fut en possession de son patrimoine, il acheta une petite métairie et s occupa d'agriculture; mais Romuald plaça son capital, suivant l'usage de la contrée, à sept pour cent d'intérêt dans les mains d'un riche propiétiire fort adroit, fort aimable.

Au bout d'un an le riche propriétaire fit faillite ; son bien fut divisé au marc le franc entre les créanciers, et il échut en partage au pauvre Romuald Yikentiévitch, un paysan aveugle , un cheval morveux , poussif, et quatre arpens de sable et de

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marécages. Ayant ainsi perdu son avoir ^ Roronald Shinigaïlo^ abandonnant à son avocat, pour ses peines , la part qui lui était échue dans l'exdivision , requit ses supérieurs de le faire passer à Pétersbourg, où il se flattait d'obtenir de plus forts appoin* temens et en général une amélioration à son sort. Il attira bientôt sur lui. l'attention de ses chefs, et l'un d'eux, dans la double vue de reconnaître son zèle , et de perfectionner ses dispositions naturelles , le fit travailler chez lui tout le jour, et qtielquefois la nuit. Là , il fit la connaissance d'une demoiselle de compagnie de l'épouse de son chef; il lui fit mie tendre déclaration et bientôt reçut de tendres aveux. La dame du logis fut extrêmement contente de se délivrer d'une excellente fille, qui avait été prise enfant chez des parens pauvres, quoique d'origine noble, pour jouer avec elle, et qui, étant devenue grande et trop raisonnable peut-être, devenait à chargea sa bienfaisance. Ilfut faitàRomuald Vikentiévitch, tant qu'il ne fut pas marié , des promesses hautes comme le dôme de Notre-Dame de Kazan ' ; il était traité en parent, et son cou-

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vert était toujours mis ^ la table de .SlQOl chef; mais si l'on a ^lyelque id^e de Ig j[nultiplicité des soins d'uu grand foqctipjpnaîre, on concevra que toutes les pro.piieç- «es faites à Romuald aient été cojppjètement oubliées, et cela, dès le jour d^ ses noces. Le bon Jlomuald ne rappela ja»

mais ces promesses , il ne demanda rien ^ et son chef ayant passé à d'autres fonctions ^ il cessa entièrement de lui faire des visites^ non pas parce qu'il n'avait rien à attendre de lui, mais bien seulement parce qu'U n'avait plus aucune tâche à recevoir de ^h ancien chef, qui lui fit toutefois la grâce dç le recommander à son successeur comnae étant un bœuf à l'ouvrage, ce qui fit que Romuald continua d'avoir de la besogne pour quatre.

La nature avait été plus généreuse en-r vers la femme de Romuald que ses soi-disant bienfaiteurs; eïle l'avait douée d'up charmantextérieuret d'une admirablebeau te dame. Contrairement à ce qu'il arrive df^ toutes les demoiselles pauvres élevées d^o^ les lambris fastueux du riche^ Anna Mikhaî*lovna ^ n'avait pris , nirorgueiU ^^ ^^^ ^

^^rices , ni la ôoquetterie, ni la passion de Jeter largeat, ni le dalce far nienifif la paresse voJiiptueuse des prolecteurs qu'avait ^eus.son enù^vhce et sa jeunesse. Elle savait que son futur époux vivrait avec elle de ses seuls af^ointemens; mais, convaincue de son amour, de son désintéressement , de son exacte probité et de son zèle pour le travail , «lie le préféra à un riche secrétaire qui , en Tépousant, ne cherchait qu'à s'assurer appui et protection de la part des bienfaiteurs -de -sa femme, pour le cas où il viendrait à «tre rais en jugement à raison de ses habitudes de secrétaire. A dire vrai , avant son jxiarlage, elle ne se sentait pas une bien grande passion pour Romuald ; elle avait eu seulement pour lui la plus grande eslime ; mais dans le cours de vingt années d'union , elle avait senti se développer dans soa oœur un attachement de jour en jour plus tendre. Anna et Bomuald n'avaient poiot d'enfaus ; ils aimaient avec une tendresse de père et de mère une pauvre orpheline^ parente éloignée d'Anna, et qu'elle avait. prise chez elle dix-huit mois après son mariage.

stTpérîetirs'à se soutenir de \m. Il arrivait dé là qa*on rouWîtrîl mix promotions , et quViw sc«oavenart k point àe son iitilitc dès qu^^ s^3fFraît en masses des ouvrages difficiles.

> Deux fois son *chef , craignant de le petw dre, imagina de le réconrpenser «n hiS donnant des comnoîssîons po«r des achdir considérables; mais Romnald fut si loin de deviner Hntentîon de son chef, qu'au lien éé^ se faire un capital il se fit des ennemis , ajatitacheté les blés , par exemple,moins cher que^ lès autres commissaires aux vivres, et de plus^ ayant appliqué ses propres fonds au sinw croît des courses qu'il crut devoir faire. H demanda ensuite comme une grâce qu'<M»

le dispensât de ces commissions , après Iibs* quelles couraient tant d'autres employés..* A la fin , le bon Shmigaïlo s'accoutuma it; bien à son sort, qu'il cessa entièrement ikr songer à Faméliorer, estimant qiie cela tout aussi mipossîble que transporter âes épaules la maison dit commissariat, ib fut un temps où Romuatd, pour «e ââ plume , écrivait h part lui son nosa^ éivers litres et regardait <ea sotirianit i»

gnatuœ à parapln da coofetUer 4èêtaà

Sfcwrt^âSIt); pui» péti à peu il perdit l'hahr* tttrf^de cet atmusemêfiit innoceiTt,avatrt-goût âSjù ttùiX trop lïâtit et qiri mûrit fort len-ti^tlient isur le terram du pauvre. îl se mît à essèr^er sa pîutne depuis lors en écrivant les tnols : Vanité d€s vanités, et tout ici -bat iCtit tftié vanité. Le rang de conseiller lîiulaîw* hit sembla iiiséparahle désormais de son nom , cft îl ne songea plus à y rien cfcatiger, «c consolant par la pensée que IVvancement ne lui était pas nécessaire potir être noble , puisqu'il était gentilhomme dWfgîtie.

Anna Mixhaîlovna ne voyait pas touNà-fait lest:hoses du mêmeceîl;ellcsevoyail privée^ par l'insuffisance des appointemens de son mari, eu plaisir de donner à sa chèreélève les amuftemens convenables à son âge. Toutes deux trarvaiilaient du matin ati soir pour les nflagàsitts, brodant des garnitures pour robes, et s^occupairt en gétiéral de tous les obvrages'appropriès àletir sexe. Un littéra* tMr, ancien ami de Bamuald , les pourvoyait defitres qu'elles lisaient les soirs et les jours del^. Rormus^d ne savait pas le français t^ Ttitâs qtiand cm lisait des livres russes, il'

lia PETRJB IVAKOVITCH.

écoutait avec plaisir. Rarement allaient-ils se promener. En été, ils allaient au jardin d'Eté et au jardin Youssoupof ^,et deux fois l'an ils se rendaient en bateau soit à File Krestovsky, soitàEcalhérinehof'.En hiver, ilsallaientseulementà Tégliseet dans les magasins pour livrer leur ouvrage et en recevoir le prix. Romuald ne rentrait que pour dîner et pour dormir, passant tout le reste de son temps à la chancellerie, ou dans Hhôtel de son chef. Les dimanches et les jours de fête il jouissait du bonheur des honnêtes gens,et remerciait Dieu de lui avoir envoyé deux anges consolateurs, sa femme et sa pupille, qui l'aimaient, qui prévenaient ses désirs et s'efforçaient par tous moyens d'adoucir les peines de sa situation. Chaque fois qu'elles avaient reçu quelque argent des magasins de nouveautés, Romuald le devinait en voyant paraître sur la table ses deux plats favoris; ses chemisettes et ses manchettes étaient toujours admirablement cousues et d'une blancheur éblouissante. A chacune des fêtes, des anniversaires de l'un des membres du trio de famille, il ne manquait jamais; de paraître une jolie surprise

PETRE IVAIfOVlTCH. 1 l5

à son intention. Le bon-Shniigaïlo ne pouvait en user de même: il livrait à sa femhie tous ses appointemens, et n^avait plus que des larmes pour remercier ses deux amies de leurs attentions délicates.

Anna, par la force de sa raison, surmonta tous les désirs qui ne convenaient point à sa situation ; mais Lise , malgré toute sa mo-»

destie, malgré sa simplicité de cœur et de mœurs, ne put vaincre un sentiment inné dans les femmes , sentiment si puissant à Fépoque de leur jeunesse, le désir de se parer et de plaire. Elle ne cherchait point à se montrer ni à fixer les regaixls des hommes, mais il lui était agréable en secret de voir les jeunes gens faire attention à elle, et même je crois qu'au fond de l'âme elle leur pardounait lorsque, enhardis par la simplicité de sa parure, ils s'écriaient en français: — lia! quelle jolie personne!

paroles qui fâchaient extrêmement la respectiible Anna Mikhaïlovna, peu accôu* fumée qu'elle était à de telles licences^

A la vue de demoiselles blêmes, jeunes^ maigres, assises dans de magnifiques équipages, Lise involontairement pensait qu'à

leitfffaceittavccieiEr toUetiey ^gtte' figw f » f!fiit toid; fttttKment Jkmn la. heUAe voftoMr. Mais ces idées me fa^îent ^fms passer éemà ta léte CMimme qudqiies petits ntmges sofii* bres sous un xsiel f«ir , sans pm^iaîre lâ

Eile >é|tak sodsfnte ^e son sort pavée ^ eUe nattait stHi bonheur à mériter T^^ aaoïMT ibses i Hca itf a â tcliP s; eiie était fae uroanw deipoirqu'âsl«îmaient:aiiéeinaient. C^Miqtte anné&, Intiis ou «piaftr& fois, die attait «s ihéaire ésns une foge du troi^èn)« ' éte f ps , Ml s'éublnaieDt «leux ou tiroffs taiaiMn JPenurittyjj pimviies^ et, dans l'opiotoa d^ Lbe^ le Aiàftlre était k pl«s «i cibmi u stt r dca .pfaafiîra db» I» isociélé; Elleil'avaîtjaBailiir vui de ^raniis bals^ aMdseUeéoanlaît«eee joBC ées Técks d'Anna sur ta «M|;mfi0etfi»r des fièbes cfoe donnent les grands se ig ii eti r afe Anna iiiUiaânfina M ^prit ii danser «i^ à ^adser, et iiseik bnnnetir «•» leçoiiadeeni nusitsinsseiil^f iiekfOcswMea <et petites Mâréev où elies^ tibrans invitées^ pnr dea cj w narn é m 4t tLmmuM-TéLet^iémMÊL^ et par dlaona*

n^qn^4MBcnpie Idée de^MMwr; «Ile n

J^ETRE IVlNOVrrÇH.' Il 5

ginait pas qu'il fût possible d'aimer un mari,. un amant plus qu'elle n'aimait Ro»

mual^, json bienfaiteur. Lorsqu'au ihéâtré elle entendit des déclarations d'amour, son cœur palpita et ses joues se couvrirent de rougeur, sans que la cause lui en fût connue. £n lisant dans fhistoire et dans quelques romans choisis les égaremens et même Jes crimes de famour, elle priait Dieu de l'exempter de cette passion dont elle reâoutait jus^qu^iu nom.

Roqiuald avait loué un logement dans le ^^tiarlier dit de la Colomna, au-delà du pont d'Alartcbine; c'était un rez-de-chaussée* Dans cette même maison vivait un miisicien de la chapelle de la cour; chez le musicien venait quelquefois un riche jeune homme qui se perfectionnait en prenant leçon de lui. Lise aimait beaucoup à regarder de sa ^nêtre les superbes chevaux et Télégante calèche du jeune homme , qu*un jour eHe remarqua lui-même, et qui lui paryt être admirable en beauté et en grâces. Plus tard, un matin, ce jeime homme rencontra Use au .pied de Tescalier, et quoiqu'il fôti très réservé par caractère^ il ouhlia les con«

ftl6 PETRE IVÂNOVITCH.

venances , et s'arrêta à regarder fixement l'aimable Lise; celle-ci rentra promptement tout étourdie de ce hasard qui la jetait dans un trouble indéfinissable. Depuis lors, le jeune homme, presque chaque jour et souvent deux, trois fois dans un jour, se rendit chez le musicien, ce qui ne put échapper à Lise. D'abord, il en vint à attendre une demi -heure, une heure, sur l'escalier, que la jeune personne parût, et quelquefois elle paraissait; bientôt ils se croisèrent in* failliblement au pied de Tescalier à chaque leçon de musique que venait prendre le jeune homme. Ce qui frappa encore Fattention de Lise, c'est que, si la rencontre n'avait pas lieu, l'équipage restait fort longtemps à la porte cochère; si elle avait lieu, le jeurie homme partait et peut-être même sans être entré chez le musicien. Dans les premières rencontres, il regardait Lise et passait, mais ensuite il ne manqua pas de la saluer, mais sans lui adresser un seul mot.

Lii chambre froide où l'on conservait les provisions s'ouvrait sur l'escalier; et comme le jeune'homme ordinairement venait après midi y Lise qui s'occupait du ménage en

concurrence avec Anna , devait aller clans rescaiieravant et après le dîner de Shmigaïlo. Plus tard, pendant les grands froids , Lise » attendrie sur le sort du pauvre cocher, allait au magasin des vivres sans y avoir besoin, parce qu'elle savait que le maître de 1 équipage après lavoir vue en passant, partirait sansaucun retard. Elle était sincèrement fort satisfaite de la réserve du jeune homme, et pourtant elle eût désiré entendre le son de sa Toix, qu'elle se figurait devoir être agréable* Mais il se bornait à regarder Lise, il la saluait et se retirait, par quoi l'on voit bien qu'il n'avait pas été élevé dans une de nos pensions françaises {d)^ ni ne s'était formé dans un régiment de nos hussards; là est enseignée une science particulière appelée:

(a) JVn demande bien pardon à rauieiir, mais à jugrr. les pensioii<i françaises élabiit^sen Russie dans les prein'èn'SiUinées de cesièrîe (Kainès lou'ps celles que j'ai connnesde 1810 à i83o« on n'a iwis du y eiiseit!ner-/'«iwoi/r à ia hussarde» Ctrlainsebefft d'insdiiilion uni pu a\oir A*'** torls , mais je ne sache pas qu'il se toit janiai<« trouvé en Hus^ie un seul Français qui ait Tait de sa ■laisou une école de prostitution pour ses élèves. Le Français en Russie est moral et reii^itu.i : de tous les élran}(er$.étal)!i$ eo Bussie, qui sont ceux qui doiuient le moins de scandale? je tedcnahde au gouvernement russ-, je le demande aux |)asti'Ui'S de ^é0li^e eatliolique..; Ce soiUies Français sans contredit.

( Note du Traducteur. )

1,1$ PBTRE lYAHOVITCH.

kJévclofipement de laj^unejiêe,, etla^u grande hardiesse de manières av^c ]m fêtâmes eo est .la, première sèg)e.

JQans la première qulnzainede juin iSxi^ un littérateur, ami de .Eomuaid^ s'étaqt établi hors d^ia ville dans une maison de paysan, à llle de Krestosiky.,^ invita à vei^r prendre le thé et .passer ^ -soirée,. M. Shmi* gaïlo, sa femme «t Lise leur élève. Cemi9(â louèrent un bateau au quai de la^cour, -et&i m^ios d'une /demi- heure ils débavquèrjent 3ur la rivage gazenneux «de rîle.;'là,oemoie il était convenu, se trouva Thomme 4e lettres^ Fédor Yaciliévilch AlbaniniQ, 4fai proposa de les conduire au vill^^, dans. 4a isalèohe de l'un de ses amis qui était allé se promener dans l'île voisine^^ nommée Kaméniostrof^. M. Shmigaîlo fut enchanté de cette «ffpe, car'déjà »11 se ^Aispo^it à^shemitter trislemcht^nrecliM^rge^eson manteau et ^Bs deux enveloppes «eueCéea^de «es dames^ qcte la .pruAence arvait eid^ë qn^lsj^issenn^ pQw: «e pokrt ^jÙMiBbiiiwer ^ewietteâften t ^êl vm^eMnt àe tictft 'partira.

t7â{uipi|ge dont il s*agit était 4es pl^Sr beaux, ilirâ <Aie¥eiiK «iipei^es, le^iee^ Je

j^OftttUûn fel le kqoiais vêtus richemeni; àmni MikhAÎloviia remarqua une rougeur aoudaioe sur le visage de liserUiaiSy au lieu d*eji demauder ia cause , elle se persuada que lise rougissait de plaisir, tandis qu/e c'était die surprise à la vue du cocher. Ce cocher était Le jGDéfue qu'elle voyait tous les jours de .sa ieuétre. Eu arrivaat^ Fédor Va* ciliéviiclat, qui était célibataire, pria Anua de icouloir bien faire les honneurs du logis, et bii i^mit les cle& des armoires où se trou* valent le thé,. le siicre, les biscuits, les fruits^ les gâteaux, le ru m et quelques bouteilles 4ëïlMD vin.

Ce|;^Bdant le valet du littérateur souiEûl ^bns ia cour auXujer de la houiUoire près 4!uae villageoise ^ maîtresse de la naaisou^ qiûjflumaitilesipoukts etépluchait la salade pourla souder. Aihaniue^assisté de Romuald Shmigaïb» ouvrait les fenêtres^ donnait la^ chasse aux mouches alléchées pskt le p$sp^ fium deis ^ovisions de bouche. Quand .la hmiillrjjce tut ,posée sur la table et la théière fiaeée dessus '^ Lise»,qui essmrait les. tassf^ ^iSiUM Mikhaûlovna^ qui se. déposait h iMcser 4e. th4i virent les.fiemière&uaîeiJM

SflO FETRE^ IVAWOVITCH.

homme qui entrait dans la chambre. Celniei salua poliment les dames et Romuald Yi* kentiévitch, puis il pressa affectueusement la main d'Albanine leur bote, qui le recommanda à ses conviés comme un jeune favori des Muses et comme son élève en poésie.

II ajouta: Mon jeune ami se nomme Pétre Ivanovitch Vyjighine. Lise pensa briser plusieurs tasses en voyant que Pélre Ivanovitch la reconnaissait, et son visage en fut un instant rouge comme le feu de la bouilloire qui était devant elle, comme le soleil du Soir qui venait briller sur les longs cils de sa paupière à demi baissée. Fédor tVaciliévitch dit à Pétre qu'il avait amené ses conviés dans son équipage; M. Shmigaïlo et sa femme sVmpressèrent de remercier le maître de la calèche. La modestie du jeune homme, et même Tair timide qu'il avait alors, donnèrent du cœur à Romuald .Vikentiévitch , qui depuis quelque temps était devenu très réservé, très froid, très circonspect avec les riches et avec les grands.

Anna, qui avait passé sa jeunesse dans la plus baute société, fut surtout frappée de cette tiiniditéyde cette décence d*un jeune homme

opulent, et dès cette première entrevue elle conçut de lui l'idée la plus avantageuse.

Lise, qui avait aussi une opinion très favo* rable, n'osait pourtant lever les yeux.

— Permettez-moi de vous adresser une demande^ dit Anna Mikhaïlovna à Pétre Vyjighine; n'auriez-vous pas quelque rap^ port de parenté avec un Vyjighine, Vyjighine^ attendez: Ivan... Ivanovitch, je crois... qui eut pour femme Olga Alexandrovna '• Ouralsky, mon amie d'enfance? Les parens d'Olga et les miens habitaient une même maison. Lorsqu'elle eut perdu sa mère, nous ne nous revîmes plus, et j'ai ouï-dire seule* ment qu'elle a épousé un homme riche, qui porte le même nom que vous.

— Eh quoi! madame, vous avez été liée d'amitié avec ma défunte mère? s'écria Vyjighine ; et il s'inclina pour baiser respectueusement la main d'Auna Mikhaïlovna/ qui fondit en larmes et baisa affectueusement le front du bon jeune homme, dont les yeux s'humectaient de pleurs au souvenir de sa' mère ; maïs Lise sortit promptement de la chambre, éprouvant une émotion, un atten* drissementy un saisissement de cœur et une

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