Il
sorte de malaise qui la laissèrent quelques minutes fort en .peine de la contenance qu'elle allait faire en reparaissant;, si Von venait à regarder ses yeux«
^^ Ainsi 9 elle n'est plus ! dit Anna Mi»
Ifhaïlovna ; ah ! Pétre Ivanovitch, je ne puis vous taire combien m*est agréable cette rencontre d'un fils de l'amie démon enfance!
Au premier coup-d'œîl que j'ai porté suir vous, j'avais deviné que vous avez eu une bonne mère et que vous êtes un bon fifs« Aisseyez-vous ici, et prenons le thé; c'est sdnsi que nous prenions le thé, à la même table, votre mère et moi... Lise! Lise! où e^-tu? viens ici, ma bonne amiêl Maii^ asseyez-vous donc , Pétre Ivanovitch.
Lise rentra, et fut obligée de s'asseoir prèft de Vyjighine , ce qui lui rendit une partie du trouble qu'elle venait de dissiper au grand air. Mais bientôt elle fut distraite pat la conversation générale, L'amabHité^ TiM bandoUt l'esprit ouvert 'du jeune ho m mo^ mit dans l'entretien une familiarité char* mante ; au botit d'une, heure de causerie.^ Romuaïdt et Anna avaient à l'égard de Pétm
les manières qu'on ne prend qu^entre an^ ciennes connaissances.
Albanine proposa une promenade à ICâméni-Ostrof; on pense bien que Vyjigbîne^ pour son compte, n'eut gardederefuser.Tous ensemble passèrent Teau dans une barque, et ils suivirent machinalement les allées dans lesquelles le hasard les conduisait. Cest là que "Vjjighine pour la première fois s'entretint avec Lise ; mais de quoi lui parla-til?... delà beauté de la journée, des fleurs , des agrémens de la promenade du soir hors èe la ville. Lise répondit avec une naïveté enfantine, et sans le moindre embarras. Les manières de Vyjîghine nlnspiraient aucune crainte à son jeune cœur; elle était étonnée de sa propre hardiesse ; elle se voulait du bien de respirer enfin plus librement.
Incapable du moindre déguisement, se sea* tant pleinement heureuse, elle fut méipe plas jgaie et plus expansive que jamais. .Après s'être bien promenée , la sociéférentra^ur iaire honneur an souper d'Albahioe,iet Lise, sans hésiter , accepta le siège qu'on lui désignait à table près de Vyjig^ine ; chacun aurait pu lire dans ses regards que celt#
place lui était fort agréable. L*aîmable et innocente enfant! elle ignorait encore que dans le monde il faut savoir dissimuler presque tous les mouvemens du cœur et de Vesprit. Personne ne remarqua sa joie; et d'ailleurs elle était dans un petit cercle de vrais amis.
Le bon vin réjouit le bon Shmîgaïlo ; il oublia ses chngrins, il oublia une liasse de papiers d'affaires à traiter; il était tout au plaisir. Minuit sonna ; tous furent surpris que le temps eût pu fuir si rapidement M. Shmîgaïlo , se souvenant alors du rap^ port qu'il avait à présenter le lendemain , pria Fédor Vaciliévitch d'envoyer arrêter un bateau. Vyjighine proposa son équipage; son offre fut reçue avec reconnaissance,
Après avoir remercié leur hôte» M. Shmi- 'gaïlo et sa famille montèrent dans la calèche; ,Pétre, après avoir fait placer les dames surles
coussins du fond, se tenait debout contre .la yoitiire, et contemplait dans un entier
oubli de lui-même l'angélique figure de Lise. ' — Auriez-rvous l'intention de ne point
venir avec nous? dit Anna Mikhaïlovna.
~Je craindrais de vous incorampd^rt
PETRJB IVANOVITCH. l'iS
Noiif pardon; je trouverai à cent pas d*ici le moyen de me faire transporter en ville.
— De grâce,PélreIvanovitclit reprit Annai ne nous privez pas de votre compagnie, quand nous pouvons en jouir une heure de plus. Puis, en nous accompagnant, vous saurez où nous logeons, et j'ose me flatter de l'espoir qtie vous n'oublierez pas entièrement Tamie de feu votre mère; vous la verrez dans un bien humble gtte, mais^'est, je puis le dire, l'asile de Thonneur et de la
ver(u.
Eu achevant ces mots, Anna regardait son
mari, raaiscelui-ci n'avait rien entendu;déjà il oubliait la calèche où il était assis, le maître de la calèche et le monde entier, occupé qu'il étaitàméditer son rapport dulenderoain.Lise fut ravie de ridée que Vyjighineconsentît à les accompagner; elle avait été sur le point de dire: Monsieur sait où nous demeurons; mais elle se retint, craignant que cela ne changeât les dispositions d'Anna Mikhailovna, qui insistait auprès de Pétre, tandis (|ue lui, regardant Lise, était en extase et se transportait par l'imagination dans un monde idéal de félicité terrestre. J^e calme de la nuit, un
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ciel sans nuages «,1a clarté pure de la lune et b vue de la beauté qui durant tout Pbi vee avait fait battre son cœur» toutes ces choses réunies faisaient une impression délicieuse sur !é cœur de yyjighine. Il était hors de lui, son âme en délire rêvait les joies du ciel. Anna remarqua des larmes qui s'échappaient de ses yeux^ tandis que la voiture les emportait vers la ville. Lise devint triste à mesure qu'ils approchaient de son paisible asile^Anna ne voulut pas interrompre les rêveries de Vyjighine. Tons gardaient le silence, et enfin la calèche s'arrêta devant la maison qu'habitait M. Shmigaïio. Yyjighine conduisit les dames à la porte cochère , il pressa la main de Romuald Yikentiévitch, et par une simple inclination de tête il ré* pondit à la nouvelle invitation que lui adressa madame Shmigaïlo de venir la voir quelquefois. La calèche s'éloigna lentement de la porte, et dans le même instant où Vyjighine jetait les yeux sur les fenêtres, Lise arrangeait les rideaux, qui, pour le dire en passant y n avaient nul besoin d'être arraugésf i^ulremettt qu'il n'étaient.