CHAPITRE V
L'orpheline et Pélre.
Pétre Wyjiglune, dès le lendemain, fît ^ne visite à la famille de Romuald-Vikenttévîtch; il fut frappé de la misère d'un em« ployé respectable , d'un homme utile au service public. Une cuisine servait d'antichambre, suivie d'une seule chambre, coupée en deux par une cloison. Dans les meubles^ pfts un seul petit morceau d'acajou , de ce 1>ois aussi commun à Pétersbourg que le bouleau et le sapin. Des ch^ises et un sofa de j^î^ de tilleul teint en rouge , et couvert d'iin cuir grossier ; deux tables et une grande commode, un miroir suspeudu à un clou «outre la muraille ; un coffre bardé ^e fer, ârvec des dessins de couleur jaune: voibleut tmeublement. Des rideaux de calicot blanc, qui s'étendaient sur la partie mobile des fe»
' lï'étaf âiiftiicier de U pa4ivre*fifnï)le ne hnsdft pas ai»0r c^ue ^ é améTiorer seA»iblii^ ment : un xnofgasifi se' mit à eominamlîQt chaque semaine une foute dWvrages- dt broderie et de couture à madame Sbmîgaîlo, et le marchand lui dominait un tel prix di^ 4Hm travail qu'elle se faisaU un cas de coi> science dé prendre tant d'argent; mais cpiû faire , lorsqu'on kii répondaî't : « Nous tou* fons que TOUS travailliez pour notre maga« sin j nos pratiques font cas de tout ce qui dort de vos mains, et c'est bien le moinsque jcious en partagions avec vous lé bénéfice.»
D'une autre part , il se présenta chez Ro»
tnuald Yikentievitch un soi«-disant avocat, qui le pria de rédiger pour lui des papiers ^'affaires moyennant une rétribution. D'a^ bord y M. Shmigaïlo refusa cette offre, faiiM de loisir; mais enfin, pressé par son homme, considérant qu'il s'agissait d'un travail ia* eile, qui ne lui prendrait pas pli» de dèu< heures par jour, il consentit» Notre avocat était un homme sachant vivre; il payait géî»
néreusement et n'importunaitpoi» t M. ShaiL gaïlo. Celui-ci était si fort préocctipé dosai* £iires de l'administration qu'il ti^'eut |mU^
kl moifidre idée <)u'il y eût dn VyjîghiM dftns toute cette prospévité de leur loaison^ iLn^ fi4t pas de aaéiiied^AQiia; mais» naeli gré ses doutes nombreux, elle u'osa coutra?
riep le jeune homme , et s'abstint de touto question auprès de lui, pensant qu'avec eA premier soupçon de ses libéralités elle ai^ riverait bientôt à la certitude. Lise n'avait plus de vœux à former , et ce qui mettait le comble à son bonheur, c'est que Vyjighine^ fuyant les salons de Pétersbourg, venait tous les jours passer dans la famille de M. Shmigaïlo tout le temps libre qui lui res* tait après les devoirs de son service. Albaniœ était le seul qui vint aussi prendre part à la conversation. Après un laps de quel« ques mois, Yyjighine était traité comme un parent, et quant à lui, il n appelait Anna Mickbaïlovna autrement que maman , et Lise que ma chère sœur. Il se chargea lui* même d'enseigner la musique à Lise, dont les progrès furent rapides au point qu'eo fort peu de temps elle déchiffrait seule ., à la g^nde surprise d'Anna, des morceaiBi IbPrissés de difficultés pour une simple éco« itère* Yyjighine dioait presque tous les jouis
l32 PETRE IVAIÏOVITCH.
dans cette heureuse famille, et il assurait que personne ne savait faire les plats de son goût comme la maman et la bonne sœur, qui se chargeaient elles-mêmes d'apprêter les meilleurs. 11 avait su gagner si bien leur affection et leur confiance qu on ne songea pas même à trouver mauvais qu'il se mit à leur faire des envois de vins, de fruits, de friandises, et même de divers gibiers et volailles, dont, au reste, il allait manger sa part. Lesjoursoùîlyavait un bon spectacle, il mettait une loge à la disposition de la fa* mille; et, pour que son élève perfectionnât son goût en musique, il l'engageait à aller entendre les meilleurs concerts, pour lesquels il la pourvoyait de billets à lavance.
Ainsi avait changé le sort des pauvres Shmigaïlo du moment qu*ils eurent connu le bon et riche jeu ne homme, qui, pensera-t-on peut-élre, fut conduit à la bienfaisance par l'attrait irrésistible des pudiques regards de labeautéetde l'innocence; mais qu'importe, au fond , le genre d'occasion où un homme riche con^nence à pratiquer noblement la vertu! Vyjighine était, dans la maison de Shniigaïlo, un excellent ami, un frère, un
PRTRB IVANOVITCH. l35
fils, pour avoir le droit dëtre Fange gardien invisible de la famille. Bien rarement le riche et le pauvre se rapprochent sans motifs intéressés. Il n était personne dans la famille Shmigaïlo qui fît à Yyjighine de sa richesse une vertu ; mais tous laimaient, le chérissaient pour ses belles qualités, sans nullement songera l'utilité réelle de Taffection d'un tel homme. Anna et Romuald faisaient plus: j'Is regrettaient de voir que Vyjighine fut riche , en ce que la disproportion de fortune sépare malgré eux les hommes les plus faits pour se rapprocher. Lise jouissait d'un bien-être pur de toute réflexion ; il ne lui vint pas même à l'esprit qu'elle aimait son maître de musique et soi-disant frère, autant qu'une jeune fille sage et naïve peut aimer un homme; elle n'aspirait à rien de plus qu'à l'amitié constante, et à cet amour fraternel dont elle était l'objet.
Vyjighine ne se dissimulait point la vraîô nature du sentiment qui l'entraînait vers Lise, et qui de jour en jour croissait davantage ; mais il ne se pressait ni de faire ni de provoquer des aveux : il semblait craindre d çveîUer les passions ^ de jeter le trouble
y^Sf^ PKtKE ivftfK>vri€ii!.
tfit letiiracitte dans tin cœur où régnaient ^ lâSrénité;, la candeur et Trnnocence. Tel qu^in vérhabile amateur d'arbustes retient ^ec effort son haleine devant la tendre fleur qii^îl contemple avec amour.
TJn jour, Romuald étaît encore à sa chan> ceTlerîe ; Anna "Mikhaîlovna se trouvait à la cuisine , occupée à préparer un des mets fevorîs deVyjîghîne; celuî-cî donnait à Lise nne leçon de clavecin. Après avoir joué environ nn*quart d'heure, Lise, fatiguée de déchiffrer, demanda à son maître la permission de se reposer un instant. Ils semi- Tcnl à causer.
— Mon frère , faites-moi la grâce de m*ciy
'pîîquer certaines dhoses qui échappent à
mon faible esprit. Souvent je vous entends
dire que toi morceau est plein d*îdées. Une
idée doit nécessairement exprimer queiqti^
chose de réel. Dans un livre, lauteur er*
'prime ses , idées, ses vues, son opinion
tat les choses; mais comment un compo-
âiteur admit il la même faculté? Le setr»
iitneiît, voiFà proprement son domaine /je
tlOnçois cela; en eflfet, une composition ma-
licale dispose rime à fa joie^ une autre à la
nélaHCdUe» w» tromèroe à k ^èm, à hr tamttir'9'ii la^pitié.** timis, en ¥érité, j'îgnM# Ge>qiie c'est quVne idée en miiflique*
•^Uiie idée, ma chère seour, ce sentiment qai pénètre le coroposîteirr^ el qu'il veut communiquer à ceux qui Tentendent, nail primitivement dans sa tête. Les tons du morceau se présentent à l'imagination dii composîlear comrme des êtres, comme dea réalites; avant de les jeter sur le papier, ou avant de les animer sur quelque instrument^ ces tons, cette mélodie subsistent dans rame du'musicien, ainsi que les ciinleurs subsistent dms la nature avant que de paraître sur \m fleur épanouie ou dans i'arc-en-ciel. Les idéeii^ sont Tharmonie ou la mélodie , mais renfer* mées encore dans Tâme et dans le cerveau créateur du musicien. Avec du zèle et de Yeierdce, un simple amateur parviendrai kmerpour réexécution avec un artiste» mais poor 'être im^artiste distingué, un vrai com^ pwiteur-f H faut émouvc»ir^les cteurs par «a esnpoaiticfn t»t par son jeu , il fout être AMiéipar kt nature âe k iacillté de saisir M de porter au fond de son âme Tharmonie réiMuadue dans la nature même. Ainsi, une
i36 prrRK ivakovitch.
idée musicale est la même chose que rinvên*.
tîon, en poésîe/en IJttérature,en peinture.
Un compositeur sans idées a , en mosiqtie, le sort des traducteurs en poésie: son travail peut bien être exact , pur, élégant, mais il ne va pas à 1 ame.
— Je comprends, mon frère : le plus ou le moins d'idées musicales répond au plus ou au moins de génie du compositeur, et ce dernier s'exprime par les tons, comme l'éctîvain par les mots.
— Ajoutez qu'il est compris par lésâmes douées du sentiment de fharmonie. Ma chère Lise, la nature a pour vous le plus doux charme, vous êtes ravie à l'aspect d'un arbre touffu, d'une fleura demî-éclose, d'une prairie verdoyante, d'un ruisseau qui mur« mure. Vous souvenez - vous du plaisir que vous avez eu dans les collines qui ceignent Largolova (a)? D'où vient qu'on s'y plaît? de ce que tous ces objets pittoresques sont en harmonie parfaite. Oui, ma sœur, l'univers entier est un vaste concert ! Rien de sublime comme l'harmonie, l'accord de (outes
{a) Endroit cbarmani silué à p6a àt distance d« Uctpîtate.
P£TIUE IVAKOVITCHl. ^iSj
les parties de la création! Parmi les iflées harmoniques, dans ce monde, ]a plus es« sentielle , celle qui avive toutes les autres^ c'est Tamour. ^^
— Oh ! sans doute ; et à commencer par les hommes, ils sont tous faits pour s'aimep les uns les autres. Moi, je ne crois pas qu'îU soient aussi haineux, aussi méchans qu^on les décrit dans les livres. Que je serais mal* heureuse s il me fallait haïr quelqu'un ! ohl î'aime tous les hommes!
— - Tous également, ma sœur?
— Non , ceux que j'aime le plus, c'est maman , c'est papa , et c'est vous. .
— Vous m'aimez , Lise? oh ! non , si vous m'aimiez, vous ne l'auriez pas dit avec tant de sang-froid.
— Comment! jusqu'aujourd'hui vous n'avez pas su que je vous aime, autant. . .
oui , presque autant que mon père et que ma mère ?
— Cela ne suffit pas pour mon bonheur^ Lise ! Je voudrais que vous m'aimassiez comme je vous aime. Je vous aime plus que tout au monde, plus que l'existence , plus
^foemwi propre iMnbeor* Yaiis êtes tout pour moi, vie, espécance^ féliché...!
Les ycnx de Vyjrgiimebrinèreïir,ses}oti« devinrent comme embrasées; il saisit la maîtt ideLîse et la pressa ooretre ses lèrres ardentes. %Âêe (ut iràjpipèê du langage et de Tétat dà •e» ami : scm^ oiMir battit arec £offce;dk iroulut parier^ et, ns tisoitvamt point de tctr* mw, ett» gffrda kr silence ; sesyeux seieo»* plireiiit diS' kunme$.
— Oui , Lise , si votrs ne m*aimt*r pa* Ai même amoar dont mon cœat hm\û pour Tods , je^eraî Inen malheureux, je sens que j'en mourrai.
•^ £h l mon'Dieii ! coimiKHMtt pourrais^je TOI» aimer plus qrie je nefais? Je vous aime aussi plus que la vie , je vous aime antaiift ^u'on peut aimer. Mou ami, s!il £aH«it me séparer d'avec vous^ sans doute , sans douta je ne survivrais pas à ce malheur.
— Lise ! ma chère Lise ! s'écria Famanfe tiampoi^é de jofd«
^fil Lise élaii^ dans ses bras avec !& méois ciUifiBiicie^fiiéiiieiiMiocoiice de cœurqii'im
ri
MniB i¥â5fof non. iSg
^^fB» imprima le premier baiser iFamoar iMir les liètree vyrgioales de son amante.
— Jttve^moi , Ltse^ que dès ce moment la #s à moi » à moi seo) pour toujours.
«---Mon frère, mon efaerPétre^mon ami!
4Nri, je mis à toi.*, femme ou sœur, je suis 4lot... Son , je ne pourrai jamwi donner à %m 9m%re ce cosur... il t'appartient, il eas à toi , à toi seul pour la vie I
£» ce moment on entendit une porte Couvrit t puis se refermer arec bruit.
Lee deooL amans se tei^rent. Lise , pour «aeher son troul>te, anrpangea ses notes; ITyjigèÂne ee mit au eiareci», et fit quelquM accords^ qui se ressemaient de son agitation. HMnuald Tenait de ren^trer. Anna cria de la salle à manger :
'~>Mes^ enfens> le dtner, le dîner I
If. Sbmigaïlo étaîtsifetigué deses travaua:
dbchaAcelferiequ'ii ne remarqua rien; inaia Jinna vit du trouble dans k regnrd et danà iealrail»4e Lise , elle obeerra une 4EerUitnt ciHÉtraineedafns see manières. Vyji^ioe n^ tait phni Je mémef il parlait, a^acdievait pa% iMÂaft rfana la réyecter, paia,T^ren|mt i« parolbyll idmdbait ce qn^ avait miidu'di»^
l40 PETRB IVANOVITCH.
regardait Lise, souriait^ et des larmes baignaient ses yeux. Anna Mikhaïlovna recoo* Bnt qu'il avait dû se passer quelque chose d'extraordinaire à la leçon de musique. Le di^ ner ûni^Vyjighine partit,Roiuuald retourna à ses fonctions, et Anna, restant seule avec Lise, lui demanda sur quel sujet elle s'était entretenue avec Vyjighiue. Lise raconta avec la plus parfaite ingénuité ce qui s'était passé. Alors seulement Anna Mikhaïlovna aperçut le précipice au bord duquel elle avait conduit Lise par sa faiblesse et son excessive confiance. Comme il arrive à tous les caractères faibles, Anna, à la vue du dau-» ger, passa d'un extrême à l'autre. Elle em* ploya toute son élocpience à charger de noir tous les rêves, toutes les espérances qui se glissaient dans le cœiu* de Lise ; elle épouvanta tellement U pauvre fille, lui représenta sous un point de vue si adreux sok tendre aveu et le baiser reçu , que Lise ea frt'mit de tous ses membres,et Anna ajoutant que ce baiser bii avait ôté l'honneur, elle pensa tomber évanouie. £n vain Lise assur rait qu'elle n avait pas eu assez de volonté pour refuser le baiser de celui qu'elle re^^
FETES XVAITOVITCH. l4l
gardait comme son frère , même si l'idée lui fût venue de iaire des façons avec lui; cett« apdiogie naïve donna lieu à madame Shmigaïlo de la trouver d'autant plus coupable.
Lise ne comprenait pas pourquoi elle n'au* rait pas dit la vérité sur la question de Vyjighine démandant si elle l'aimait ou non^ni pourquoi il ne pourrait pas être son mari dès demain , malgré ce que prétendait Anna Mi^haïlovna que sa richesse était un obstacle. Quel obstacle cela peut-il être? Ahl bonne Lise, que tu es loin de connaître le monde ! Tu ne veux pas croire que les hommes préfèrent l'argent aux meilleures qua« lités morales d'une vierge. Je regrette beaucoup, oh ! beaucoup, que le monde ne soit pas fait comme se le figurent les bonnes jeunes filles de dix -sept ans, telles que Lise.
Il est inutile de dire que Lise passa une nuit détestable : Anna Mikhaïlovna venait de lui intimer la défense de paraître devant Vyjighine.
— Faut-il donc que je me voie ainsi séparée de lui pour toujours ? pensait Lise. .
£t cette pensée enflammait le sang dans
nés veines. Le leDd^emai», le hoa RomtMiU fut effrayé à fe VHe-^e sa chère pupille. 8m y evac étaient éekaulfês^ei son TÎSHgeentvètt^ ment bféme^ Elle ppétentd im fott miA (i^ Xéte; Romuftlâ "TOiilaH courir chea leméda^ ^dtt du: vcHSiiiage. Il fàftliit te retenir par foret •et lui répéter cent fois qm le soir il seeiit eneore temps , au bêsoiii ^, de recourir Bm> soms d\es atttraa.
Ters deiffs heiHea ap»ès midi parut V^jf- ^hiiie ; it fiit éMoné de n^avoir vu iisMi m à h. fenêtre se tmtr aux aguets^^ ni t^alerà sa rencontre ^ne (» ckweibfpe #eiilrée. Soo <H}eur se serra àTidée qiiepeut^étm>eHe étsit maladie. CTéfait Amhia Mîkbaikainia ettcMn^oM «quihii avait onvertlapotsCOr-ot qui^TiiilM»
disait (fun e manière 4 nnsiiéew
•^ Goinm^nir se , porie iLise? dcManda lA* Teraent Vyjighine. . .
— Pae biem
— 'Per4Hettea«mol 4ke Ja votr^ ma^lafl^ *pei»t être lfrii«#«iiaadbr fe mMedn ; je avmk lerai de ce pas...
-^ Je- voua prie ^'catitjoan dana ma chambre , Pélre bNuioviteli , )\il avant foart à MT^vec vouit jKl^iuia MiUMipilwrtui ^
dtabord fit comprendre à Yyjighine que Lise •varit conté à: sa bienfaitrice la scène de ia TeiUe. Sans répondre un mot, il suitit madame Siimigaïlo. Gelle-ci prît place sur un caiiapé, y fit asseoir auâsi Vyjigbine^ et tpris quelques moroens d'hésitation elle faîtdtt:
«^ INTous vous avons reçu chez noua, Pétri Iwiovitcli, comme on reçoit un parent.
-^De mon côté, je vous aime comme on ame de bous ^ d'excellens parens ^ répondit Vjjighine.
^'«^Lfse est une pauvre fille, une mal*faeareuse enfant» Il vous convient peu, à vous, à un homme de votre caract^i dJaliuser de son inexpérience, de sa cao* ^ur.«.. Je sais tout!
'^ Pardon, Anna Mikhaïlovna, je n*ai poiot abusé, je n'abtiserai jamais de la coufiMftce^M de l'inexpérienee de personne; l^ûn 4e moi de pareils sen^men&! Hier, en e£fett /li provoqué , j'ai obtenu tua aveu de sa è^urbe, j!ai cédé au transport que cet avem mm causa. £h bien 1 j'aime Ltee, oui, je Ibinae; je le sens, je Favotie; mais en tout ^Haféâ frâce, oà est le cvime?
i4i PKTRE IVANOVrrCH.
— Je vous le répète, Lise est pauvre^ malheureuse y orpheliue : vous ne sauriez avoir la pensée de l'épouser ; vous savez bien d'ailleurs que, le voulussiez - vous , votre père n*y consentirait jamais; il tient aux grands noms, aux titres imposans; peut-être n'a-t-il pas tort, et c'est là en effet qu'il vousappartientde chercher une épouse.
Si vous aimiez Lise en homme d'honneur, vous deviez respecter son malheur et son innocence, vous deviez la fuir, et non pas éveiller dans son cœur un amour qui peut dès à présent faire le tourment de sa vie. . • ' — Fuir Lise ! eh ! le pourrais-je ? Mais, elle est, dites -vous, malheureuse, et le sera plus encore de cet amour qu'elle a pour moi ! Non ! Anna Mtkhaïlovna ; je vous l'ai dit, je l'aime; je l'adore maintenant plus que jamais. Peu m'importe donc sa naisr sauce ; elle n'a aucun besoin de fortune^ je suis riche assez pour elle et pour moi»
Mon père... mais il me chérit; les malhetiES de Lise sont une félicité, comparés à.oe qu'il a éprouvé lui-même dans son enfance^ et comme vous savez , il ne peut pas se le^ ulr fort contre moi de Tillustre origine de
PETAÈ IVATTOVITCH. S%S
celle qui fut sa femme, de feu mon adora* ble mère. Mon père est un vrai philosophe, car il joint une longue et terrible expé-, rience à la sagesse; je le regarde comme inaccessible au préjugé. 3*épouseraî Lîseif u'ayez donc plus avec un ami toujours digne de vous ce ton froid et réservé qui me déchire le cœur ; soyez la messagère et le t)reroier témoin de notre bonheur; bénissez-nous pomme vos enfans. Je jure par Dieu qui m*eutend et par l'honneur qui OT^éclaire, que rien ne pourra me séparer de Lise que la mort ! Que la malédiction du cîel éclate sur ma tèle si je trahis mon serment!
'Vyjighine était sincère; l'accent de son langage ne laissait aucun doute sur sa loyauté; il pressa dans ses mains celles d'An.na Mikhaïlovna , qui , dans son émotipçu s'écria: — Eh bien, mes enfans, que Die»
répande sur vous ses grâces! Vyjighiiie s'arracha des bras d'Anna et se jeta précipitamment dans la chambre de Lise. £He éteit assise sous l'image sainte, dans Fattfc. tucle de la douleur. Il la prit par la maîn^, et, sans prononcer un mot, l'amena dans la
iibainbccude rmadame .Shcaigaïla^ qpe lÀ&e jUiU/MAsattÀt pi^es^r contre ^cm seiu.
. -««^J^iâMeiUilâs^pleuc&gue.tu rçpaDrlsétre ioft rderniers^ ana chère Xise! Dieu sera uon ji|^ : je. n'ai pas assez de force pour AU^pendrj&run seul moment votre bonheur»
^ous .vous -aimez i'un Tautre, mes eufans., ^htbiea^ je désire que votre amour dure jutttant .que votre vie. Comme votre amie , je .vous . dx>nne ma bénédiction, ce sera à î'^iise de ^consacrer vos vœux et vojtri^ union, quand le temps eu sera venu..P.étre lyanovitçh , respectez, la candeur de votre future épopse;et vous, Elisabeth^ honorez *celui qui jure d'être votre époux.
Quiconque a aimé , sait qu'il est sur la 'terre des instans délicieux.
ïtômuald Vikentiévitch, en rentrant, fut léffrayé de la nodvelfe que Itii donna sa ^i^hlt^e deà sét*nien6 réciproques de nos uteùX jeuqoâ gens. CK^cppé depuis Tenfence ^ ilr^yaux <le liur^au^ n'ayant qiie jdes 4(|éds ^cpofH&es des choses dé la société » Il ^ililîtd^ii:,enu.peu.pn>pDe à concavoirles j(f- ^iîns^.étraa^ènes à IVidrotnistratian. Il avait jSh £»jg^i% w^twpU mais toutes ses fecttlHti
•mentales, *par 'siiMe et la 9mle -m <nlme -cppircation <^'ilien iaiMùt inoeMummeilt, <9?éiaîei»t emiordes^ ttt ive: j^mivaieitt recevoir -aucHne des impressioTts ^sortant du «nèfe ^4k ses occupation&habttciellw. Sa tête était ^.pleine de éoriDules administratives, et \e :Beul effort d'espnrit qui lui'fôt familier était .de rcnifklfr les blancs, ou la partie variaUe rdes ^papiers , en y énonçant avec clarté , tt dans le style périodique convenu , la subs- .tance des af£aiines. C'était, si l'on veut, une .fort bonne machine de chancellerie q^ie M. Shmigaiilo; seulement, la £iim et le ^besoin de somoieîl lui inopHniaient uti i^mouveonent de -sortie hors des bureaux à 'betires fixes. Ce nW qu^à cette sortie et par •Feffet du ^andarr qtre le cœur de M. Shini* ^ipilo se TécfaauGfaît peu à peu à la pensée «de sa femme et de sa pupille, qui l'alti^- «idaieiit pour le rappeler aux douceurs du ^anékKi^Jll vivait donc de la vieulel^omme i^pfitques lièur<%^ chaque jour. à ki maison, |»>Aîs <«teiiiouveau il renfermait son corar «t is^roeftait ^en activité m téte-macbine , ■il^aà «Dftaient un novnbre infini de payioni<i{ui passaient dcl^tersbouvg à toutes
t4S PKTBE IVANOVITCH.
les parties de rimmense empire. Les manières, le langage, et jusqu'à la physio- Bomie de M. Shuoigaïlo, avaient quelque chose de particulier. 11 paraît qu'il regardait le monde comme une chancellerie divisée en une infinité de sections diverses, car il s exprimait communément en termes dé chancellerie, et semblait, en s'adressant, n'importe à quels hommes, parler à des fonction naires ou à des employés , traitant lés uns en supérieurs, les autres en égaux, et d'autres encore en employés subalternes, selon le rang présumé de son interlocuteur.
Maiscomme, dans les usages du service, les égaux et les subalternes obtiennent des égards particuliers de leurs camarades et de leurs cliefs s'ils sont parens du chef, ou fortement recommandés, ou fort riches, et partant fort superbes, M. Shmigaïlo faisait aux hon»mes en général l'application de ce principe. £n conséquence, il traitait sa femme comme un employé qui lui aurait été égal dans lé service, Lise comme un aimable subordonné sans protection, Vyjigfaine, comme lin inférieur, mais un inierieur fils d'un directeur générai de chancellerie*
PRTRE ivAiroviTcir; fSf^
, Accoutumé à considérer l'argent de làcouronne comme cbose sacrée 9 lui quiinscrivait jusqu^à la moindre fraction de copeck clans un énorme livre de comptes re-' vêtu du sceau, lui qui, au bureau, n'approchait du coffre bardé de fer et gardé par une sentinelle qu avec un frémissement de respect , il se sentait moins d'amour que de vénération pour l'argent, comme les sectateurs de l'Islamisme pour les talismans.
Dans la carrière du service, il ne voyait que les plus hauts fonctionnaires disposer des sommes allouées par l'état, selon ce que bon leur semblait. Par suite de cette remarque, il honorait quiconque pouvait disposer à son gré de beaucoup d'argent appartenantà lui ou à autrui.
Aussi , malgré la politesse et même la déférence de Vyjighine envers M. Shmigaïlo, celui-ci nepouvaitse défendre d'une certaine contrainte auprès de ce jeune homme, bien qu'il fut chez lui comme un membre de la Êimille. Les brillantes et nobles qualités de Pétre n'entraient pour rien dans l'embarras de Romuald, mais l'article de l'argent le préoccupait avec force. Jusque dans les couver-
sitiooA tutimee efci Km ef&isioB&« de oûMr^ llwHigtiiatioR'id» Mi Slunigaito lui rtipréMO» lait adatpM&dfecajeune bomme wi graod ootCfret bardé, de fiea^, scetlé des sceaux du tré# sarf.ûvec IftfSetttânéUe: dd:)oat, F-anne ao bras, puis, toutes les formalités à remplie piOiir ouvrir et refermer ce coffre ; etlar pen*» sée que YyjighUie pouvait avoir uu irésot à hû , el l'ouvrir et le fermer cent foi* à» vo* l^uték. cette pensée, dis^je, glaçait de vé^ uéralion le boa et simple Romuald. Qnand la cœur de ce dernier était sur le pouit de alépaneher dans celui de son jeune ami , le coffre, le maudit coffre était là qui conte* naît les élans de M. Shmigailo. Toutefoist^ il aimait Yyjighine comme un père son ei>»
faut. S'il a pris l'épouvante à la nouvelle que lui donnait sa femme, c'est que,sachani la fortune colossale du père de Vyjt* gUine, il ne pouvait uuUeroeot croire, d'aprèa: les principes de la hiérarchie* ba<» t0aucralik|ue , qu'un tel père con6enlit> j^ Wiij» à recevoir dans sa latuillev c'est à>dire'fl wconttditre pottr^son é^le -une pauvre Bïté aans; pareusu. Quand Yyjiglisne lui eut a^ 64tré quet sou père: coiiseottrait aécesaaîre^
ment à ce mariage , RbmualH^ hodia'la'fêw^ ci'dîn
— C*psrmîc affaînr-graver , qnf exige*«ni mtfr-examen détonteslescîrconstèifïces', une •qtiestlbnimportèinte, siirlaqnellè vous pnôKnoncez prérnatiirémenr. Personnes, dit I^ixiome, ne peut êtrejirge dans sa propre cAnse; tt^iutdnt moins là loi admettra-teHe Uû mnourenT, qtii dans^sa passion ne reconnaît d'antre Ibî' que l'intérêt qui Inoccupé, s^nmblablc en cela au magistrat concussionnaire.
Au reste, je souhaite de toutmon cœurqoe monsieur -votre père veuille bien dérogwîsi cela peut faire votre bonheur. Pour ma pieMrt!, mes enfens, vous n*âvezpas à craindre une objection depHis, etjè vous bénis d» m«*il-:
lènndè mon âme.
Cependant, Ivan IVanovîrcH- Vyjïghîile était arrfvé'de'Môsconà Pétërshourg";-!^ tre voulut laisser pa^er une quinznine de jours avant' de parler à son» père' de* son ÉîîsaI>etH , de son amour pour elle -et de #a résolution dé^îVpouser, et e^est^d^ns ce^laps de temps que Pétre ftirfrappé'd*là' propdfsMon queHrffît son'père'd'éi^otiserk princesse P4alffr^ KourdÂkof^ liorsinême qirtl
j|jS;i PBTRE. IVANOVITGH.
^n'aurait.pas, été engagea Lise par rhonneur, lors même que son cœur eût encore été cyitièrenpent. libre, son père ne serait jajnais parvenu à lui faire changer de sentiment sur lalliance des Kourdùkof. Maintenant, amoureux, éperduement amoureux, il •ne veut pas même entendre parier de calculs d'ambition. Mais le voilà dans une position fâcheuse ; il n'ose avouer son amour pour une orpheline; il ne veut point affliger Lise et ses bienfaiteurs en leur communiquant les projets de son père. Il s'était dit malade à dessein ;ii le devint effectivement .par. suite de son chagrin, de son abattement d'esprit et de l'irritation de ses nerfs. Ivfin Ivanovitch, quoique fâché contre Lébédenko , sachant bien Tentière confiance qu'avait en lui son fils, résohit d'aller prier -le, docteur de se porter médiateur entre •Pétre et lui , le conjurant par tout ce qu'il y a de plus saint sur la terre de persuader bien au jeune homme que de son obéis* aance dépendait, non seulement le bonheur , mais la vie de son père.
Le docteur Lébédenko consentit à voir Pétre Ivanovitch, mais il déclara sa ferme
P£TRE IVAirOVITCH. l53
volonté de ne point parier contre sa couscience et d'observer la plus stricte neutralité dans cette affaire, promet tant seulement de rapporter fidèlement au père tout ce dont le fils jugerait à propos de le cha^ ger.
Un soir, Ivan Ivanovitch, après avoir donné d'amples instructions au docteur, le prit dans sa voiture , le conduisit à la demeure de son fils, et rentra seul à la maison. Le lendemain , Lébédenko devait venir diner chez le vieillard et lui rendre compte du succès de son ambassade.
Pétre Ivanovitch était à demi-couché sur son divan; devant lui se trouvait une petite table couverte de livres ; il les prenait à la main tour à tour, et en parcourait quelques pages; aucun ne pouvait fixer son attention distraite; tous lui semblaient insipides, mal pensés, mal écrits. Lébédenko parut; Vyjighine s'élança à sa rencontre, le prit par la main , le fit asseoir sur le divan , et dit:
— Vous avez été témoin de la dernière entrevue que j'ai eue avec mon père. Ditesmoi en quoi j ai mérité sa colère. Il ne veut donc pas me voir? J'en ai bien du regret,
r54 «nmK imiiroTTreH;
mais ma conscieirreiieme reprochanfrlfetr, iè supportCTai ce malheur avec fermefft
Le docteur, avant de répondre, prit (è bras de Vyjighine , lui tata le pouls, lui regarda rapidement les yeux , et lui dit :
— Votre san^est dans un état de fièvre, et par sa circulation irrégulière il jette le trou* ble dans tout votre organisme. Je vous coor seille de calmer ce tumulte de vos sens ,.de prendre une infusion de crème de tartre, de ne point souper , de vous coucher de bonne lieure et de ne penser à, rien...
— De grâce , dites-moi comment je 'potnr* rais être calme lorsqu'il s'agit déplus^ que de ma vie?
— Non pas; il n'y a rien, après la |>iiret6 de notre âme immortelle , qui soit plus précieux que la santé et que la vie, mon cber Pétre Ivanovitch; prenez soin de votre santé, qirant^ à votre vie, personne ne songe à y porter atteinte...
— Docteur, est-ceqiie vous vous rangeriez a Tavis de roonpère? est-ce qpc vous penseriez que je pusse être heureirs, que je passe vivre , ayant pour femme cette rose artifl-
cîtH^*d(^ pebut^cpi^on appelle la jetme prim
.~ Je" ne me mêle pas des nesnres clé ▼olrepère, je nesais^i vous auriez beaucoup d^pkiiftir avec la princesse Rourdùkof pour épouse; mais encore pourriez -vous vivre éraot.avec elle; on vit bien avec la goutte el; le catarrhe.
•» • Grand merci !
— C*est une chose qui dépend de vous.
— Et qui par conséquent ne sera jamais.
— Comme vous voudrez, encore une lois.
Mais prenez-y garde, voire père persiste à dire que par vos refus obstinés vous lui donnerez la mort.
— Que dites*vous, Sémène Nîcéphoro* TÎtch! mon père est un homme plein déjugeaient, dVsprit et d'expérience du monde ; oonmeot pourrait -il à ce point s'attacher aux misères de la vanité, et faire dépendre de sottises pareilles , sa tranquillité , notre bon^ lieur de famille, et même sa vie p II y a dans tout ceci des choses- que je ne saurais expliquer; dites- moi, dites ce qui se passe dSInscrespritde-mo» père^
— Gela est asses ' difficile à démêler. Té
l56 P£TR£ IVAltOViTGHé
me bornerai à vous dire que les choses qui sont (lu domaine de la saine raison trou*blent rarenaent l'esprit de Thomme sage , et jamais ne le font agir comme en sot; mais les misères de la vanité , les bagatelles , les idées les plus futiles d:^routent cet esprit sensé, qui, accoutumé à voir en grand, attache quelquefois un grand prix à ces baga« telles. La plupart des hommes paient une seule folie de leur vie et de leur félicité , et ce n'est jamais en vain qu'un homme d'esprit se laisse prendre aux pièges des fous. Tel est le monde aujourdUuii , tel il sera tant qu'il y aura des passions sur la terre, tant que le prix des choses sera taxé par les préjugés et payé parleurs dupes, tant que les sages mêmes auront des faiblesses et feront consister leur bonheur dans des objets proclamés excellens de par les fiévreux privilégiés. Quant à ce qui concerne votre père^ je n'en dirai rien, s'il vous plaît.
— Entre nous, docteur, ce mariage , dont.
mou père se trouve entiché , ne saiu*ait être sa pensée à lui, et vous y reconnaissez comme moi , je pense , une suggestion étrangère^ Tout cela s;e dissipera du cerveau de mon
PRRB nrATCOVITCH. 15^
père dès qu-il aura pu se remettre de là séduction. Maïs pour renverser en un coup toutes les espérances chimériques dont il voudrait me faire partager l'erreur, dites-lui bien , je vous prie, que pour rien au monde je ne consentirai à lui abandonner le choix de ma femme; ajoutez que je ne suis plus le maître ni de mon cœur ni de ma main. Diteslui que j*aîme une demoiselle pauvre, sans naissance, mais jeune, belle, sage, vertueuse et simple , dont je suis aimé, à qui j'ai fait serment d'être son époux; dites que je resterai fidèle à ma parole, à Thonneur, <lût-il m'en coûter le sacrifice de mon emploi , de mon bien , de ma vie. Répéiez-lui cent fois que je ne peux plus disposer de .
moi....
Les yeux de Vyjighîne brillaient comme des éclairs tandis qu'il parlait ainsi.
— Pour l'amour de Dieu, modérez ces élans de votre passion. Votre sang manifestement afflue au cœur et à la tête ; cela met votre santé en péril; vous êtes sanguin; prenez garde. Hé ! quelqu'un ! un verre d'eau fraîche; n'y aurait-il pas ici de la crème de tartre?... non, ebbien, du sucre en
aS8 MMkB êyukm^vnmmm
poudre.** ;prei]€z,, prenez ati moHisofei ¥€ire 4l*eau sucrée^ ^Pétre/l¥aiiovit3ck !
— C'est rânae ^ et non le co^ps ^ qui<sou(^ fre» mon vénérable 4ifHÎ*
' — Ta»t qiie râoie e&t unie au corpa. Us fissent lun ^ur Fautne; tâchons toujotiis ide xulnier.Ie corps, qui offre plus deprifie. Je T0116 le dis , cet écliauffement de ^TtUre »sai^peut vous jouer- vn mauvais tour*..
— Guérissez mon âme , cher dcNCteur^ ^iez,,persuadez«lui de renoncer à ses.pen»
^eç ambitieuses «txle consentir à racxjuittemenX de ma libre parole, la seule cfao&eau juonde dont je puisse être esclav^e^enfiOià ^XDon bonheur et à celui de ma bien-raiœéQ^ jdites4ui bien....
— Non , non , non , non , je ne me chaque jp^nt de tout cela; votre père aussi souffre
de râme« et ne veut pas guérir; lesjpaliiatHs ^t les curatifs les^plus.puissans y^penlraient leurcréilijt; moi^Je n'en tends, rien aux ^eoK- «occismes ^ .^ûou^qtiemment je Me :saunîs TQUS.étre utile. Çai i'ai pour tant^eocore use jcecommandatiou it vous rfaire de la ;jNHrt Jlvan Jvauovitcbi^ ilexige^^iievous ^totis Jbrouviez.au i>al^^|ue donnem^dans ^uel^iMS
BEXBS JYAlfOVITCfl. I^j^
^ur&le priDce£ourdûkof. C*est la première idause de .tout traité de réconciliation entre lui let vous.
— Quel rôle Jouerai 'je dans un bal, Fait xomme je 6iiis?1VIais qu'il en soit ainsi :puis-
'il le désire ,, j'irai au bal.
— JSh bien , demain , à deux heures aprèsjxûdi^ veuillez vous rendre chez votre père.
— A la bonne heure.
— Ecoutez^ Pétre Ivanovitéh.; îl me semble que, pour lejprésent, il est toutràfait inutile d'informer votre père de Tamour ^uevous avez conçu pour cette jeune demoiselle orpheline et pauvre. Où est la nécessité qu'il sache cela? Une telle déclaration ne ferait que Tirrîter , et peut-être attirerait des dés^rémens à Totre maîtresse.
r — Mon ,père assurément ri*a pas oùbifé coroment lui-même s*est marié; il sait que Fange consolateur dont il a fait sa femme n'était pas une princesse; il se rappelle la vie infortunée qu'il mena jusqu'au temps où il connut ma défunte mère, et le bonheur dont il a joui par elle à cause de sa douceur et de sa modestie; ce sont là des choses qu'il
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nous a contées cent fois. Et moi aussi je Tcux que , dans le choix de ma femme , mon cœur seul soit consulté et non pas Talma* nach ; je veux une épouse qui ait une âme, et non une sorte de pierre de touche sur laquelle doive passer à 1 épreuve tout l'or que me destine mon père , et que d'autres attendent. Au reste, mon respectable père ne saura point quelle est celle qui a reçu ma foi tant qu'il n^aura pas renoncé complètement à son dessein.
. — £h bien! adieu, Pétre Ivanovitch. Demain nous nous reverrons. Je tâcherai d'être là comme une sorte de paratonnerre, persuadé que les pourparlers de demain ne se passeront pas sans orage : préparez-vous-y, mon cher Vyjighîne. Tenez, je vous conseille sérieusement de prendre demain de grand matin une petite dose de magnésie.
Au revoir.