PITRE IVANOVITCH
vitch, il n en faut faire qu'une fournée. À .quoi bon conserver tout ce monde-là ?
VTJ1GHINE.
"Non, frère, tuer l'homme désarmé qui demande grâce, c'est un péché , un affreux péché. Voyez déjà combien de morts !
UN PAYSAN
Et combien aussi ils ont tué des nôtres , les brigands qu'ils sont! Hachons-les tous pour la pâture des corbeaux.
plusieurs voix.
Qu'y a-t-il là à s'attendrir pour des damnés ? A mort! à mort! et tous, sans miséricorde! un français , à Pyjighine.
Ayez pitié de ces malheureux, monsieur, et sauvez-nous. Nous sommes assez cruellement punis d'être venus en Russie ! la faim, le froid , la fatigue , l'épuisement nous ont contraints à chercher notre subsistance en pillant. Que faire? quand personne à l'armée ne s'occupait de nous , et que le besoin nous mettait au supplice ! Entrez dans notre situation !
vyjighine, en lui-mime.
Les infortunés! combien ils sont à plaindre, en effet! (Aux paysans.) Ecoutez, cn- 3. 4
fer» : ces#ens4à sont imioce&svle seul ooo* pable, c'est Bonaparte , ileur dbrf, q«n les a conduits en Russie, lis lui devaient obéissance ; il est leur Gopoudur* ; M les a amenés ici, et il me les nourrit; pas,, il prétend 4ftt*ifel doivent vivre de pillage; voilà pourquoi fis exercent le brigandage. Nous les avons bat* tus., sous en battrons bien d'antres, mais souvenons-nous toujours que c'est «in péché que de frapper ceux qui se livrent sans armes à nos coups. Réfléchissez bien à ce que je vous dis. il faut que «mous leur Eussions grâce de la vie.
LE vifréRAW MMOMTCH.
Notre chef a raison , camarades ; ces genslà, pour ^tre Français , n'eu sont pas moins des hommes. Notre «Goçoudar nous ordonnerait de le suivre .au bout du monde , il faudrait aller au botrt du monde. Obéissance avant tout : on nous ordonne de pardonne* . k «ces pauvres gens , •et nous «devons pat1* donner.
PLUSIEURS VOIX
Mais que forons-nous d'eux?
vyiurwice.
Vous farondoiret «cowme étant vos pri-
sonniers à l'autorité , au chef-lieu ; de cette &çon-là, Fetapefieur connaîtra que ses sujets des villages défendent la Russie, et tofe se Ôenfcettt pas \es bras croisés. ïl sera fort sa* tfefaft et totts fcemerdterâ. Il à tine àttae angéftqtfe; ïl nVutoe pas à répatidre le sâtig. A veut absolument qu'on ne tue que ceux qui résistent, et ïùi-ibéme, il se plaît à gracier ttfùs tes attttès. ÛôùtfoîiS-ïui du plaisir , au lieu de te chagriner.
LE STÀROSTE.
fib bien! qu'il n'en soit plus parlé.... mais il faut lier, garrotter les damnés.
plusieurs voix.
Puisque le tsar le veut ainsi, qu'ils vivent donc > qu'ils vi ven 1 1
Mironitch! où est dôme la troupe fett*Ue*
t£ VETEAA.H.
A la besogne : W>yez4es faite* EUès «fit couru avec nous febimBfe la meute avec les
C'est toi qui es «* «fcfeti , «14i4ft$tè%? '
LE STAROSTE
Bonnes femmes, garrottez vite les mécréans.
une femme (en liant les bras d'un soldat).
Connais les gens de notre pays. Ne • va pas où tu n'es pas engagé, ne prends pas ce qui ne t'est pas servi.
une autre ( à un prisonnier ).
Ah! tu te mêles de voler? eh bien, voilà comme on arrange les voleurs chez nous.
une autre ( id. ).
Sois honnête, vilain, ou Ton te fera passer le goût du pain.
VYJIGHINE.
Enfans, allons vite ramasser nos blessés et nos morts ; nos blessés pour les guérir, nos morts pour les ensevelir av#c honneur, car ils ont péri pour une juste cause.
LE VÉTÉRAN
Comment? n'entendez-vous pas les cris de notre escadron femelle, là-bas! Elles ont déjà trouvé tous les leurs.
VYJIGH1NE.
A merveille ! mais , déchargez quelques chariots, et mettons les morts dans les uns, les blessés dans les autres.
PETRE IVAHOVITCH. Ifi
LE VETERAN
Vous entendez , enfans ; à bas les sacs de ces télègues ! et nous autres allons trouver les blessés.
Le staroste, voyant un paysan baigné dans son sang, dit : Quel homme est-ce là? un des nôtres... oui, c'est un Russe ! Mais, voyez donc, c'est le voiturier Michka' Gorboûnof. Voilà celui qui nous a envoyé un jeune garçon et nous a tenu parole en indiquant
cet endroit De l'eau-de-vie ! quia de
Veau-de-vie ?
Les paysans se mettent aussitôt à frotter d'eau-de-vie les veines de Gorboûnof et à lui en verser dans la bouche, ce qui en peu d'instans lui rend sa connaissance.
Gorboûnof eut à peine les yeux ouverts qu'il dit d'une voix expirante : Gloire à Dieu ! nous l'emportons. Et après s'être recueilli un moment il ajouta: Les brigands m'ont sabré, mais je les conduisais à leur ruine. Merci, frères, merci.... la tête me
tourne ; le cœur adieu , je me meurs.....
priez pour moi.... Et il expira.
LE. STAROSTE
Mon Dieu , prends soin de son âme !
Ifi PETRE IVAWOVITCH.
Tous les paysans se signent.
VtJiGâiNE , regardant fiixèment tun des prisonniers , crut reconnaître un homme qifâ aurait vu quelque part, et lui dit en français :
— tjui es-tu ?
Le prisonnier répondit en un jargon mipolonais, mi-russe:
— ïe comprends peu le français, je suis Polonais, je suis le domestique d*un t>ffi cîer....
VYJIGHINE.
Bah! c'est singulier que je ne t'aie pas reconnu au premier coup d'oeil. Enfans* cet "homme est le valet de l'officier polonais qui m'a sauvé de la captivité et de la mort. Casimir se jetant aux pieds de Vyjighine : — Pane , ayez pitié de moi ; Pane, je suis un misérable , je suis venu sans armes , et je cherchais seulement du fourrage pour les chevaux de Pane Adolphe.
VTJiOfllWE.
Otez-lui ces liens.
Ilfc'èûïra, lé damné!
WPTRÏ tVÀUOVTTCH. 2fo
VYJlGfflNE.
fi m*a servi dans ma captivité ; il savait qtn je sais et ne m'a pas trahi. (Test beau de la part d'un valet; il mérite donc de bons Traitemens. Tonte bonne action doit avoïr sa récompense.
plusieurs voix.
Qu'on le défie !
VTJtGHtinB.
Adolphe est-il en bonne santé?
CAsmiR.
Ooi y Pane ; mais la faim est plus impitoyable qne les balles ! Il est devenu maigre, maigre.... Cette jolie Panotchka* qui était à Wilira chez le père de Pane Adolphe est anssi au camp.
— Qui ? Elisabeth Stensky ?
— Justement.
Avec qtii ?
— Avec un Pane français, un docteur.
— Avec un médecin de l'armée ? Imposable ! tn te trompes.
— Je vous le jure. !« Pane médecin français est arrivé en voiture de "Wflaa avec ertte même Panotchka russe, oui, avec Vanna Lmbéfha , comme tous l'appelez. Ce
ffi PETRE IVÀN0V1TCH.
Pane docteur se trouve aux bagages, et deux fois Pane Adolphe est allé le chercher, le voir, et moi je l'y ai suivi , et j'ai vu dejax fois la jolie Panotchka.
— C'est inconcevable! Et n'y a-t-H pas aussi un monsieur russe et une dame avec elle?
— Pardon f j'oubliais ; oui , elle , est avec une dame russe ; mais pas de monsieur.
— L âge de la dame?
— Elle n'est ni jeune ni vieille ; quelque quarante ans, peut-être. Je l'ai moi-même entendue parler français au médecin. et russe à Pana Lisabétha. La . jolie Pana appelait l'autre maménka (maman).
— Ceci est étrange ! O mon Dieu, inspiremoi la fermeté dont j'ai besoin ! dit Vyjighine en lui-même , et s'adressant aux paysans : — Enfans tout est-il prêt ? retournons-nous au village?
PLUSIEURS VOIX
Il est temps ; nous sommes prêts; partons, Votre Noblesse.
Vyjighine divisa sa troupe en quatre- parties afin d'avoir une arrière-garde et uae avant-garde et de couvrir les flancs du
PETRK IVÀNOVITCH. 49
convoi. Les prisonniers cheminèrent au milieu des télègues, divisées en deux parties pour cet effet. On couvrit les morts avec des manteaux français; les blessés étaient pansés tant bien que mal , et Ton se mit en marche. Tous étaient silencieux; Vyjighine était morne et triste. La nouvelle qu'il venait d'apprendre lui pesait. Il se perdait en conjectures; la curiosité, la jalousie le poignaient.
En rentrant au village la caravane fut accueillie par tous les habitans qui y étaient restés. Les acclamations de joie étaient couvertes par les cris des femmes que cette journée venait de rendre veuves ou orphelines. On déposa pour la nuit les morts dans l'église et Ton dépêcha dans les villages voisins pour que les habitans vinssent reprendre leur bétail , leurs chevaux , leurs vivres et leurs effets repris aux maraudeurs. Vyjighine aposta des sentinelles autour du village , fit allumer des feux, et se rendit , sur l'invitation du prêtre, dans la maison de ce dernier pour se reposer. Il emmena avec lui Casimir.
' Le lendemain au soir, une multitude de 3 5
50 PETJUE îVÀ^ovrw».
villageois ides hameaux voisins accourt** newt , et tous se réunifient a*a* feahîtans dans l'église où reposaient les paorts.
Après leurs masses funèbres , les paysan* prirent sur leurs épaules les cercueils et tas portèrent au cimetière. Le vieux prêtre en costume noir ouvrait la marche. Les ((mes étaient déjà creusées , et alentour se tenaient le6 femmes et les enfàns qui pleuraient et poussaient des sanglots. En arri* Tant au milieu du cimetière, le prêtre ^arrêta , et dit en s'ndressant au peuple : t Le Seigneur vous a fait triompher de vrenoeoM? £t a daigné recevoir dans son » sein quelques uns des fidè&es en fans de » l'église. Ne pleurez point , «ais réjouissez* » vous de leur fin bienheureuse : en mourant •pour la foi , le tsar et la patrie , ils ont sa» » cheté leurs péchés. Tel est le but de la vie, •citaétiens orthodoxes4. Us vous oat légué • leur foi, leur fidélité au trô^e, leur amour •de la sainte BLussie et Jewr intrépidité « •corabattne les «aécréaas. Le devpir d«n » pasteur est d'inspker à é^stfwwiHes Ja oha? » rite envers tous les chrétiens ; W^M 4m
PETK lYjUfOVirC*. Si
h crainte de Dieu > vont se livrer à la des* traction des églises , au pillage et an roeur* Ire, afcars Dieu permet de repousier la force par ta force. Les Français ont ameuté V&irope -contre sous et pensent nous aster* vir.^tnaâs, à l'appel de l'oint du Seigneur, la itasoie orthodoxe s'est soulevée en arme*, et ue se reposera plus qu'elle nait cbaasé hors desesltmitesl&impîesquiladésoleiit.
Qa'esfece que la mort ai l'on songe à l'inûitxàe d'un joug étranger ! La mort est un droit que toi ou tard il faut payer à la sature; ma» «quelle serait: notre vie , lorsiju'xra capace étranger «ous tiendrait sous ses kdsi Nous verrions les temples du Dieu russe . dépouillés , déserts, et tombant en ruines, motue foi orthodoxe s'affaiblir, notre langue russe traitée avec mépris, les fcuôs <de nos travaux devenus le bien de gens io<coumi&.Qooi ! U n'y aurait plus <le Russie! Non f *grand Dieu» tu ne souffriras pas que la Jtoasse orthodoxe soit effacée de la terre. Menant anrtivrions pas i cette effroyable catastrophe, et nous serions tous ensevelis *m*le*rume»iîe nos maisons, ou mieux, me* irères^oud mourrons en rompant Je*
5l PETEE IVAN0V1TCH.
• rangs de nos ennemis. Telles sont les pen-
• sées qui doivent nous occuper en rendant » les derniers honneurs à ces héros dont voici
• les dépouilles mortelles ! En déposant ces «tristes restes dans la terre qui les réclame , » ne songeons point à pleurer, mais à mériter » comme eux la palme du martyre en périssant pour la Russie notre mère, en proie » aux fureurs de l'ambitieux étranger.»
— Nous mourrons tous s'il le faut, s'écria la foule, pour la foi et pour le tsar! La Russie sainte ne sera point livrée!
Le prêtre fit descendre les cercueils dans les fosses, et après avoir lu les dernières prières et béni rassemblée , il se retira. Les paysans , lès veuves et les orphelins se signèrent et s'agenouillèrent à plusieurs reprises. Les parens n'osaient pleurer; ils avaient compris ce qu'il y a de beau à mourir pour son pays! et un tel sort leur paraissait plus digne d'envie encore que de pitié.
Vyjighine dèclaraqu'il voulait partir surle-champ pour l'armée. Les habitans résolurent de lui donner pour guides les deux plus intelligens et les plus bravés garçons du village, de les pourvoir de chevaux et de
tout ce qui leur serait nécessaire pour la route. Ils firent une collecte et offrirent mille roubles à Vyjighine,qui les refusa, en disant qu'au temps où Ton vivait on avait besoin d'armes en Russie, et non pas d'argent. Il pria les habitans de vouloir bien, à sa considération, rendre à Casimir la liberté, et distribuer aux femmes et aux enfans des morts la somme qu'ils avaient recueillie. Tout fut accordé ; Casimir fut reconduit en vue de l'arrière-garde française. Tous les autres prisonniers furent menés à la ville prochaine. 'Vyjighine remercia les paysans de leur hospitalité ; il loua leur bravoure , et leur conseilla de combattre jusqu'à la dernière goutte de leur sang , ajoutant que , si les Français se montraient en force, ils (levaient, eux, se retirer avec toutes leurs subsistances, afin que l'ennemi ne trouvât nulle part de quoi se sustenter. 11 donna des instructions au staroste sur la distribution de sentinelles et sur les patrouilles à envoyer en diverses directions, pour ne pas avoir à craindre les attaques imprévues. Il ordonna à Mironitch d'enseigner aux paysans à combattre par masses et par divi-
54 tfrr&i? iTANoviTcir.
sions. Enfi», accompagné des bénécfc étions de* toi^t le viHage, Vyjighine partrff se dirigeant par k$ chemins de traverse du côté de Viazma.
lorsqu'il eut fait quarante verstes , il ^arrêta dans un village dont les habitais s'assemblaient en tumulte pour marcber contre l'ennemi. Vyjighine tomba là encore comme un envoyé de la Providence; il assembla les paysans , leur dit comment ils pourraient réussir à repousser et à vaincre les founrageurs, surtout en les attirant dans les bote, dans les lieux impraticables, et en dissimulant leur propre force jusqu'à l'occasion d'en faire usage. De ce village à Viazraa , il n'y avait que vingt verstes au plus, mais on ne savait aiix environs dans les mains de qui était cette vitte. Les paysans dirent à Vyjighine qu'ils attendaient Tordre d'aller en masse sous les murs de Moscou , pour défendre la mère des villes russes4. Tous le pensaient , et Vyjighine partageait cette opinion, croyant que là, au cœur de l'empire, commencerait la défense véritable, et avec un insigne avantage pour la Russie. Les paysans ne concevaient rien à la retraite
méthodique des Russes. ïh entouraient Vypçbine et ^accablaient de questions.
— Dis-fionscfonc, Votre Noblesse , pourquoi les capitaines mènent notre armée à recalons ? dît un vieillard. Ne sommes-nous pas de force à tenir contre les mécréans? M'est avis que si tout le peuple se soulevai*, priait Dieu et fondait sur les cfamnés, Fafcfaire serait bientôt décidée. Mais il court le brait, soit dit sans vous offenser, que tout ne va pas comme il en devrait aller. Nous ne sommes que des moujiks 5, des hommes ignorons , nous ne savons comment les supérieurs dirigent les affaires, mais on dit que certains généraux, qui sont Allemands, trahissent les intérêt de la Russie et de notre bon Goçoudar.
— Ce sont des méchans contes que Ton vous fait, répondit Vyjighine; le tsar russe n'a point de généraux allemands. Quiconque le sert est Russe , et il sait où placer sa confiance. H n'y a point ici de trahison ; les nôtres se retirent sagement, parce que l'ennemi est très fort, et que nos chefs ne veulent pas briser nos forces contre un ennemi qui ne cesse de s'affaiblir en marchant. La
56 ÏETBE IYANOVITCH.
Traie Russie ne commence qu'à Smolensk.
Avant Smolensk, c'était un autre peuple, mou , craintif, qui fuyait dans les forêts, et ne savait pas comme vous attaquer le Français avec la hache , le gourdin et la fourche ; ici nous sommes tout prêts à mourir pour la foi , le tsar et la Russie orthodoxe, notre patrie. On n'avait pu avec l'armée seule arrêter le Français, eh bien , on a reculé en le trompant chaque jour, et l'attirant à nous comme le loup au trébuchet.j. . Mais c'est ici sûrement que nous lui porterons de tels coups qu'il sera bien certainement obligé de lâcher pied.
— Il paraît en effet qu'il doit en être ainsi, mon père nourricier, dit le vieillard ; mais, en attendant l'impie brûle nos villages et nos villes; on dit qu'à Smolensk il n'a pas laissé pierre sur pierre.
— Frères , quand une maison brûle , ce n'est pas un malheur qu'on eu brise le toit afin de sauver le reste. Notre Goçoudar est généreux ; il aidera ceux qui auront souffert de la guerre, et il ne faut pas perdre du monde à défendre des murs quand toute la Russie est en danger.. Comptez sur Dieu et
PETRS 1TAJÏ0VITCH. 5j
$wr le tsar. Dieu ne nous abandonnera pas; et le tsar ne néglige ni soins, ni efforts , pour nous sauver.
— Que Dieu nous le conserve ! s'écria la foule.
— Mais le mal est qu'on crie partout à la trahison , dit un paysan.
— Qui crie ? ceux qui n y entendent rien: les uns crientdepeur, d'autres d'impatience, et d'autres de dépit. Je vous le répète, remettez-vous-en aux choix que fait l'empereur.
— C'est que parmi les Allemands, dit un paysan en se grattant la tête, il y a de toutes gens, il en est qu'on a pu suborner.
— Vous dites des folies, mesenfans! Etesvous allés quelquefois à Riga ou à Revel?
— Eh certainement , Votre Noblesse , dit un paysan ; nous y sommes allés avec des marchandises. Les seigneurs de ces pays-là, ou, comme ils disent, leursmyznikê6 et leurs marchands, sont un peuple allemand, et un peuple, il faut l'avouer, sage, honnête et poli ; leurs paysans sont ou latyches 7 ou tchouhnes8 : les latyches vivent bien et sont amis de la propreté ; mais les tchouhnes ,
5*8 M3PKK WklffOYtïCVÊ.
Diète me pardonne, ne sont pas des hommes.
— £b bien, ce pays-là appartient à ht Russie depuis long-temps, et est atfâehé aux Russes. Le» seigneurs servent fidèlement notre bon Goçoudar, en concurrence avec nous, dans le service militaire et dans l'administration ; ainsi que nous , pour leur fidélité et leur dévouement, ils reçoivent des rangs , des distinctions , et finissent par devenir généraux et sénateurs. Ils sont Allemands par la langne , Russes par le cera* , et servent parfaitement la patrie commune, quife n'ont jamais trahie et qu'ils aiment Autant que nous-mêmes. Les Français et les Allemands, en ce moment, sont sous Riga; mais nos Allemands à nous, au lieu de se réunir à eux contre nous , ou du moins et ouvrir leurs portes, se sont renfermés dans la ville , où ils ont résolu de se défendre jusqu'à la mort du dernier d'entre eux. Chez eux comme ici, les paysans commencent à se soulever pour frapper les impies. Soyez donc tranquilles, enfans, et ne craignez plus que nous soyons trahis.
— Voilà qui soulage le cœur, dit te vieillard ; grand merci , Barinç , de nous avoir