‹ Pétre Ivanovitch, suite du Gilblas russeChapitre 38 sur 67 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les égoïstes.

"Vyjighine déjeunait chez lui avec quelques officiers, quand tout-à-coup il entra dans l'appartement un des aides de camp de l'état-major. Celui-ci, en entrant, jeta sur le parquet son épée et sa casquette en s'écriant :

— C'en est fait ! Moscou va être livrée à l'ennemi !

— Moscou? impossible! Ne te trompestu pas? dirent tous les officiers en sautant /de leurs sièges.

— C'est une affaire résolue. Il y a eu dans le village de Fili un conseil de guerre convoqué par le prince Koutoûzof. On a beaucoup parlé, délibéré, discuté, et à la fin, il

PETRE IVÀHOV1TCH. l65

a été arrêté qu'on se retirerait derrière Moscou , et qu'on laisserait tomber la ville au pouvoir de l'ennemi.

— Bon Dieu ! dit un officier, abandonner Moscou à l'ennemi! la Russie pourra-t-elle vivre encore quand on lui aura laissé arracher le cœur? C'est à n'y plus rien comprendre ! Moscou n'est-elle donc pasla pierre angulaire de notre existence nationale ! Koutoûzof , lui , était— il d'avis de livrer Moscou?

— Oui, et c'est Routoûzof qui l'a ouvert : — Moscou, dit-il, n'est pas la Russie. Si nous hasardons une grande bataille sous Moscou, avec un ennemi par trop fort, et dans des positions désavantageuses, nors jouerons imprudemment le sort de l'armée et de toute la Russie à la fois. Dans le cas d'une déroute , nos troupes s'enfuiront dans une ville immense où il n'y aura aucun moyen de les rassembler. Défendre Moscou est la chose impossible. Nous irions, elle et nous, à notre perte, par la nécessité de diviser nos forces , et partant de n'avoir plus un même centre d'opérations. En franchissant Moscou, tout au contraire, nous ayons derrière nous des provinces fertiles, et

dffi6 sshb air vurovivQrH.

fempise. (De ^ous-côtés al*rs noua YtsevNi

des renforts en hommes -et »enidenré«/taiidi&que*l?ennenri <A«t se fondre dansïTimmense capitale jprivée de tous sues mourniciôw.— - En «un .mot , Koutoûzof tient À ce >qi« Ma»* 40U *aoit -livrée.

— Koutoûzof! «'écria un officier. -ôubliei-il que la perte de Moscou va jeter la&usaie dans le découragement, lui -ôter toutes i&ei espérances, toute sa force d'ârae? C'est inexplicable!

— Kôiîtoûzdf ne oesse *de répéter: — Moscou n'est pas ila Jftusste.; la ftuaaie aujourd'hui est là, où aontl'aiiméeTuase et la volonté du tsar russe.

'Quelques officiers ne purent retenir leui» larmes, et tous éprouvaient un malaise indicible.

— Le sang russe est .glacé sans doute idansles veines de ceux qui ont donné ce conseil , dit un des officiers. Voici bien une occasion où nous devrions montrer que nous savons aimer la patrie et mourir pour dki défendre ! J'ai vu à l'arsenal plus de trente

jfcsiis >«t une quantité de canons. /H

Wlait amierlfetpeuple, tout ranger en savant de Moscou,, -combattre jusque la dcnuève goutte de sang, combattre comme à Baroclino., et si l'on n'eût pu culbuter, écraser L'ennemi* mourir tous jusqu'au dernier, .et rester ensevelis sous les ruines de notre ancienne capitale !....

— C'est bien alors que périrait la Russie! dit Vyjighine. Messieurs, moi je dis avec Keutouzof : Non , Moscou n'est pas la Russie. Moftceu livrée , n'est pas l'abandon , la ruine de >la patrie...

— "Si, après avoir lutté à Borodino contre les forces supérieures de l'ennemi, nous avons dû céder du terrain uniquement parce q&e inotre 'pette nous rendait encore plus faible», 'ici le soulèvement national rempli* rait«osrai)gs, et de reste. À la vue descrofac et'des» coupoles, au carillon des clochers de nas antiques églises, les Russes auraient redoublé de bravoure, de cette bravoure qui est admiréedenos ennemis. La seule pensée gue 4&acun de nos pas dans une retraite amènerait, l'ennemi dans Moscou la Sainte , au palais de nos tsars, eût donné à .chaque

l68 PCTRE IVÀNOVITCH.

guerrier une force surnaturelle. Nous les aurions, culbutés, massacrés, étouffés...

- — Messieurs, dit l'aidé de camp, il ne fc'agit pas de délibérer , mais de déguerpir. Déjà nos troupes entrent dans la ville , déjà une partie la traverse et en sort; sortons* en donc aussi, et résignons-nous en attendant mieux.

— Eh bien! qu'il ne reste donc rien pour les Français ! s'écria Vyjîghine. Holà! valets... apportez ici tout ce qu'il y a de mieux dans la cave , jetez toutes les denrées, détruisezles... Les Français viennent à Moscou... Que tout périsse ! et puissent-ils être affamés au centre même de l'abondance du pays !

Les officiers aidèrent Vyjighine à jeter par les fenêtres des bouteilles d'un vin précieux , et une riche vaisselle de porcelaine; après quoi , Pétre embrassa ses camarades , leur dit adieu, monta à cheval, et sortit; suivi de Mironitch.

Tout Moscou était en mouvement. - Le peuple affluait dans les rues que traversait l'armée, et tous demandaient aux soldats et aux officiers où ils allaient.

PETRK IVÀNOVITCH. I69

— Vous voyez; au-delà de Moscou, ré* pondaient les soldats.

— Et que va devenir Moscou ?

A cette question, point de réponse. Mais les regards consternés des guerriers laissaient lire le sort réservé à l'ancienne capitale.

Plusieurs officiers, déplorant le sort des habitans , ne leur cachèrent point le malheur qui les attendait. Le peuple, bien qu'ils confirmassent par leur parole d'honneur que Moscou était abandonnée aux Français, n'en voulait point croire ces officiers. Les gens plus instruits , et beaucoup de marchands, voyaient le danger imminent , et se hâtaient de quitter Moscou, afin de ne point tomber entre les mains des Français. La plupart des boutiques étaient fermées ; tous les habitans couraient aux informations , arrêtaient les passans, questionnaient leurs amis, et même des gens à eux inconnus , demandant conseil sur ce qu'ils feraient dans cette conjonc* ture ; et de tous côtés on entendait crier : — L'armée nous abandonne, il faut fuir de Moscou! Et chacun regagnait son logis , ras* semblait ce qu'il avait de plus précieux eq, 3. a5

I7A> PJEXHE LV,AJ\OVlXCH«.

fait de meubles portatifs , et sortait aussitôt avec sa famille. Ceux qui n'avaient pa* de : chevaux tâchaient ou d'en louer ou d'en acheter; mais il fallut, faute de chevaux, que les sept- huitièmes des habitans se traînassent à pied avec leurs fardeaux à la suite ; desrégimens. Des vieillards décrépits cheminaient en sanglotant, environnés de leurs brus, de leurs nièces, et de leurs petits-fils. Les mères portaient sur leur bras desenfans au maillot , et rassemblaient les autres avec une peine infinie dans la marche, craignant à chaque pas d'en perdre quelqu'un dans la foule* Des malades se faisaient emporter sur les épaules de leurs gens ou de leurs voisinspauvres. Dans tous les groupes retentissaient. les sanglots et la plainte. L'armée restait morne. Lessoldatsmarchaient la tête baissée: comme s'ils eussent eu à rougir en regafr dont leurs concitoyens abandonnés à la dis-, crétion de l'ennemi.

Les, églises étaient ouvertes. Vyjighine, entra dansj l'une d'elles* afin, d'invoquée 1& ciel, pour, 1» malheureuse? capitale» Le. peupla^ prosterné sur. le parvis , , pleurait , san»gjmoit,f<».qui, sl eœpêcbaifcpas qu'on nfeu-

potrf ivAwovrre» : 1^J«

fendit fort distinctementlIèsparoîésitfùpré' tre. Des soldats quittaient leurs rangs -, en^ traient dans le temple, priaient ; sortaient, et d'autres leur succédaient sans cesse.' "r

Enfin , le prêtre sortit de la porte à deur battans qui , dans le rite grec , est srtatâcf entre deux petites portes d'une cloison placée entre l'autel et une balustrade; il sortitj disons* nous , par la porte césarienne ; et, fer croix à la main, se tenant près dit seuil, il' dit aux fidèles:

« C'est ainsi qu'autrefois , captifs à Ba- » bylone , pleurèrent tes peuples de Sion pour » avoir oublié la crainte du Seigneur ; mais y nous aujourd'hui nous ne pleurerons pa* f en livrant aux mains de l'ennemi l'anti- »que* métropole des villes russes. Notm

• malheur est grand sans doute , notrtf

• châtiment terrible, oui, mais Ut voies dû » Seigneur sont incompréhensibles, et il n'y a «point de bornes à sa miséricorde; Si no* » crimes sont aussi grands que lefurentcrax rdé ces Juifs livrés' au jotrg- dès Gentils-, dit » moins notre* foi ne s'&Hène pas- ccnmÉè »-s*àltérait alors celle dit peuple- élu d& •©Seu*,- peuple feiblè et charnel] peopto

IJ2 PJSTRE IVANOVITCH.

•.contempteur. Non, nous ne nous répan-

• drpns pas comme eux en murmures;

• nous nous tournerons avec componction •vers le trône de la gloire divine, et le

• Seigneur nous délivrera de C invasion comme •jadis il a déliyré son peuple de la terre » d'Egypte , et ensuite lui donna la terre

• promise. Souvenez-vous, chrétiens ortho- » doxes, qu'Israël , captif à Babylone, gémis- » sait, se plaignant de n'avoir ni roi ni pas- >teur; mais pour nous, dans la personne » de son oint , le Très-Haut nous a donné un

• roi, un tsar fort d'esprit et tendre de

• cœur. Nous possédons encore une armée

• pleine de vaillance, dont l'Archistrate

• ayant pour patron céleste le puissant Ar- » change Michel, s'est signalé naguère

• sous les enseignes de l'illustre Ârchistrate

• Souvôrof , si favorisé du ciel.

» La Russie est grande ; elle a assez de

• champs pour les batailles et pour les

• cadavres de tous les ennemis. Fortifiez- » vous , vrais fils de l'église , et prenez pour

• exemple de fermeté notre empereur or-

• thodoxe. Il est cruel à son cœur de voir ê cette ancienne capitale, cette première cité

petre ivAJrovrrcH. 173

• tomber au pouvoir de l'étranger ; mais , t comme Abraham offrit jadis en sacrifice » son fils unique, il fait offrande à Dieu de » Moscou , en victime expiatoire, à la juste » colère de Dieu , non pour ses crimes à

• lui, mais pour les nôtres; et l'humilité » d'un homme puissant parmi les dominateurs terrestres ne demeurera pas sans » récompense: toute offrande présentée avec » humilité de cœur est agréable à Dieu.

» Moscou plus d une fois a été la tombe » d'injustes envahisseurs. Ici 9 dans cette terre » sacrée, sont ensevelis des milliers deTatars

• et de Polonais , qui avaient osé apporter le

• joug et l'esclavage au tsarat de Russie ! Ici,

• de même, le moderne Nabuchodonosoi*, » Napoléon Bonaparte, sebrisera sur la pierre » de notre foi , et bientôt les cloches des » saintes églises de Moscou annonceront ta

• ruine du mécréant et la gloire de nos

• armes, car le Seigneur met des bornes à *sa colère, et ne sévit pas éternellement.

• L'année des épreuves passera , et le soleil, > en faisant reluire les croix d'or des temples

• de l'antique Kremlin , éclairera un jour les «tombes innombrables des étrangers.

11^4 IBWfcK iWAA'OVlTCH.

*# ^O pendant, éloignez-vous de césiums ,

^•ritfeiUardç, femmes'et enfans, -qui ne pou-

4hve%i*outemr le poids des armes; dernière

**les ifcngs serrés * des guerriers russes vous

^•attend un sûr asile. Que quiconque res-

;*jfeerâ à Moscou se défende de croire aux

^promesses «de nos meurtriers, mais qu'il

preste jusqu'à son dernier soupir fidèle à

«9 église et à la patrie; qu'il sacrifie tout,

» même sa propre vie, pour le salut du pays ,

^fctpour que la trace des ennemis soit effa-

cy^céede dessus nosguérets.

>.ir» :Quant à nous autres serviteurs des

■-4 autels du Seigneur, nous resterons ici

• près des reliques salutaires des élus de

*Dieu, et tant que l'intrus n'aura pas ren-

-♦versé de leur fondement les saintes catfaé-

>drales, nous offrirons incessamment de

«pures victimes au ciel vengeur, pour le

>.salut de notre tsar, de notre pieuse ar-

<*»aée.; et pour vous tous, vrais- croyans, en

•fléchissant jour et nuit les genoux devant

. »rles images miraculeuses , nous prierons

«••avec» ferveur et avec larmes le Tout*Puis-

f**adit; «t Dieu sera ressuscité et ses en-

» nemis idigper&és. Amen. »

^Qii&nd le pasteur eut fini son toomflfe ,

le peuple se leva cft fit ses prières. ïte

'prêtre rentra clans 1 enceinte lie l'aittel,

-puis il revint awc un diacre et commença

l'office.

^yjighine sortit alors et s'arrêta surîés degrés du temple. Le bruit, le tumulte s'était accru dans les rues; il eût été difficile de traverser parmi les équipages , les chariots, les télègues, les cavaliers et les piétons éperdus. Tous se précipitaient vert les barrières qui sont opposées à celle dite Dragomiloska, et hâtaient leurs pas en regardant ça et là avec inquiétude. "Mais dans le faême temps qu'ils fuyaient ainsi , ils ne 6e tenaient pas encore bien assurés que le bruit public fût la vérité; beaucoup criaient: — - Où courez-vous? effarés, irréfléchis que ■vous êtes ! l'ennemi n'osera entrer dans Moscou ! comment pourrait-il s'emparer de notre sainte capitale? vous prenez mal à'propos 1 épouvante; il n'y a qu'une partie de l'armée qui passe de l'autre côté de Moscou! revenez donc, revenez! Mais ht multitude des familles sortant de la ville

1^6 PETRE IVAWOVITCH.

augmentait à chaque instant, et les maisons demeuraient désertes.

Tout-à-coup retentirent les sons de la musique militaire , et l'armée vit avec étonnement la garnison de Moscou sortant comme en triomphe , enseignes déployées.

Les cris du mécontentement des masses étouffèrent la musique , et les troupes en Snarche reprirent l'aspect triste et morne d'un convoi funèbre. Vyjighine et son compagnon, tous deux à cheval, parvinrent enfin à franchir la barrière et à cheminer un peu plus librement sur la route de Rézan.

Néanmoins le peuple, semblable à une mer agitée, s écoulait en flots sur les deux côtés de la route par où passait l'armée plongée dans la douleur. Le peuple mettait le désordre dans la marche des soldats, et par des clameurs et des gémissemens couvrait la voix des officiers. Et tous détournaient leurs regards vers Moscou , et les larmes aux yeux faisaient leurs adieux à leur ville natale. A une verste de la barrière se trouvaient alors une foule d'officiers de Pétat-major , et de l'autre côté de la route

PETRE IVAKOVITCH. ] JJ

était arrêté un drochky couvert. Vyjighine regarda cet équipage, et il y reconnut le prince Koutoûzof.

Le vénérable vieillard , appuyé sur son bras droit, regardait fixement la ville, que , sous cinq règnes consécutifs , et pendant quarante années d'une carrière et de services toujours utiles, et toujours brillans,il avait vue intacte , inaccessible aux ennemis. Le vent agitait ses cheveux blancs comme l'ivoire, et dans les traits du vieux guerrier se peignait un calme qui contrastait avec tout ce qui l'environnait. Le mécontentement de l'armée et du peuple abandonnant la capitale s'était changé en désespoir. Du milieu des soldats et des foules du peuple, s'élevaient des exclamations insultantes. Le grand capitaine qui, dans ces terribles conjonctures, ne respirait que pour le salut de la patrie, s'entendait accuser de trahison et de perfidie. Ces cris insensés semblables à des flèches empoisonnées, ulcéraient son cœur, mais ils ne changeaient point son visage, et son regard ne se détournait point de Moscou. 11 plaignait l'aveuglement et l'audace de ceux qui le maudissaient ainsi , et il leur

M^8 PETKE ^IVANOVITCH.

pardonnait sincèrenaent, persuade qme'dfe •n'était pas la méchanceté , mais le patriotisme qui excitait dans :le peuple ces h>justes soupçons. Ces cris se multipliaient 'de plus en plus , et des masses de peuple «^accumulaient autour de Koutoûsof, mais le prince était tranquille, et, semblable à un rocher au milieu des vagues soulevées par la tempête, demeurait ferme, inébranlable dans le soulèvement général des esprits. Moscou était devant lui; il ne pouvait s'arracher à ce spectacle, il ne pouvait s'éloigner de Moscou, et après avoir invariablement résolu de la sacrifier pour sauver la patrie, il éprouvait encore une lutte aû-dedans de lui-même ; le sentiment pesait au génie.

A la fin il ordonna au cocher de tourner, et il suivit lentement les troupes. Il était silencieux ; et, contre son ordinaire , il n'adressa pas un seul mot aux soldats en passant à côté de leurs rangs.

Cependant des officiers, s*étant arrêtés, regardaient tristement la ville et conversaient entre eux. L'un des interlocuteurs, montrant du doigt le palais Kolomensky,

P»IHE XVÀNOVLTCH. JJ}$

«dit: — 'Voici Je bercaau de Pierre-le-Grand., .du créateur de l'empire ! C'est ici que dans j& pensée se forma le projet de régénérer la patrie ; c'est ici que souvent il instruisait les premiers soldats disciplinés , les ancêtres de ceux qui, de Tornéo aux Alpes, ont promené leurs aigles triomphantes...,. i8t nous livrons ce sanctuaire national en proie aux outrages de hardis étrangers. Nous livrons le Kremlin , le capitale russe , témoin de la gloire et de la puissance de

'la Russie, berceau dq . sa grandeur et

nou6 la livrons sans combat! Mon cœur est jnondé de sang ! L'officier ne put poursuivre : ses sanglots lui ôtèrent la voix.

— Messieurs, dit Vyjighine, il est cruel pour tout cœur russe de livrer Moscou aux ennemis ; mais ce même sentiment d'une douleur générale , du désespoir publie , me frappe : il fait naître en moi l'es*pérance que cette guerre, loin définir à Moscou , se terminera par de longues et terribles engeances sur les envahisseurs de Moscou, sur les violateurs du sanctuaire de la patrie. Jamais enfans pardonnèrent-ils à ceux qui $utoagent leur mère ! Le triomphe dès

étrangers sera de courte durée. Sur le front calme et paisible de notre chef, j'ai lu le sort de la Russie : elle triomphera des triomphateurs !

Ce langage consolateur ne frappa ni le cœur ni même l'ouïe des assistans; ils avaient les yeux attachés encore sur Moscou. Vyjighine lui-même souffrait intérieurement. Les officiers tournèrent bride et suivirent 1 marche des troupes.

Entre les villages Vykhina et Joulobioa coule une petite rivière dont les bords se couvraient d'un grand nombre de chariots et d'équipages en tout genre, et d'habitans de Moscou de toutes les classes. Tout le monde étant dans une disposition d'âme extraordinaire, il n'était plus possible de faire observer l'ordre accoutumé des retraites militaires; aussi, soldats et officiers, en groupes , pêle-mêle , embarrassaient les routes, et les pauvres Moscovites, fuyant pour la première fois leur berceau , se fatiguaient, dans cette marche, cent fois plus que le soldat.

Vyjighine mit pied à terre, et donna son cheval à garder à Mironitch. Le visage du

PETRE IVÀNOVITCH. 1 8 l

vieux soldat était inondé de larmes. Il n'avait pas eu la pensée de proférer un mot depuis la barrière.

— Allons, du courage, Mironitch ! lui dit Pétre ; il est honteux à un vieux soldat mutilé, criblé de blessures , de se laisser abattre comme tu fais.

— Votre Noblesse , mes blessures ne sont rien ; j'ai souffert , sans froncer le sourcil, qu'un camarade m'abattît le poignet , et que le médecin me fît l'amputation de l'avantbras. Mais aujourd'hui , vois- tu , j'ai le cœur si serré que la lumière du jour m'est insupportable; je n'ai pas pu me signer pour la dernière fois devant les croix de Moscou, bien qu'il me reste une main encore pour cela ! Il ne faut plus que je pense à battre nos meurtriers... Que fais-je donc à présent sur la terre? Prenez quelqu'un à ma place , Votre Noblesse ; moi je vais aller dans ce bois, j'arracherai ces bandages, mon sang s'écoulera, je mourrai pour ne rien voir de pire !... On a livré Moscou.. . on abandonne, la mère de la Russie... Et le vieillard, pleurait plus fort.

— Às-tu perdu l'esprit f Mironitch ! il

ifèst pas de pltis monstrueux pécïfé" que* lb suicidé. Ne pleure pas Moscou ; nous là rcverrons cent fois plus belle et plus- glorieuse après qu'elle aura englouti Fàrmée ennemie. Espère en Dieu, Mironitch, et crois que Moscou est livrée aux Français' non pour leur triomphe, mais pour leurperte. Le soldat russe doit mettre ses espérances dans les dispositions de ses chefs.

— Ils ont tous perdu ce qui nous sauve -, la Foi, Votre Noblesse. Le démon nous égare tous tant que nous sommes. Tenez, regardez nos blessés, nos malades, qui se fraînent sur la route , et ces seigneurs fraisi et dispos qui se font nonchalamment rouler dans des équipages , avec leurs dames et leurs mamzelles ' étrangères. Les maudits* qu'ils sont, ils ont oublié toute crainte dfr Dieu , vous le voyez.

— Ta remarque est juste, MironitcK*; il feut mettre les blessés sur leurs chariots Voyons , nous allons essayer un peu lar èhose!*

Vyjigfttne remonta* sur sa bête, et ga** lopa droit à deux carrosses , derrière! tés* cfuelr étaient arrêfcéai une série* dé- cftafîbts

PEXKB IVÀffOVIJÇH. . l83

clergés, de caisses., de coffres- et de cartons. Les portières étaient ouvertes, et les personnes qui se trouvaient dans les deux voitures conversaient entre elles en français. Vyjighine vit dans Tune la famille du prince Kourdùkof, dans l'autre le comte Hohlenkof.

Nonobstant l'uniforme militaire de Pétre et les bandages qui Jui couvraient le front, le comte Hohlenkof le reconnut tout d'abords

— Ba,ba,,ba, mon ancien collaborateur!

Eh! bonjour, très cher Pétre Ivanovitchl approchez donc, de grâce , qu'on vous voie, que l'on cause un peu avec vous. Que je suis enchanté de vous voir! Vous ne croirez jamais combien j'ai eu pour vous d'inquiétude. Ainsi donc , vous êtes, Dieu merci f epcore vivant !

— Hai c'est vous* monsieur Vyjighine î dit la princesse Pauline en tâchant de donr ner à ses regards une expression.de tendresse et d'intérêt.

— Un.ancien ami vaut mieux qpe deux nouveau* , dit le prince Kourdùkof ^aidezr no#S. ujxgeu;.i»oa très cher Pétre Ivanor'

lB4 PBTRE IVÀffOVITCH.

vich, à nous faire jour dans tout ce monde là* Il y a une heure que nous attendons ici, sans pouvoir bouger de place. Vous arrivez là bien à propos, je vous assure.

— Tout ce monde-là, c'est l'armée, c'est le peuple de Moscou et des environs, l'armée qui est le glorieux espoir du pays , le peuple que nous devons tous aimer et protéger. Monsieur le comte, monsieur le prince, je ne m'attendais nullement à vous trouver ici, dit Vyjighine avec calme et douceur, je vous croyais à Pétersbourg , où vous ne seriez point incommodés...

— Ah! mon cher, dit alors le comte Hohlenkof , on nous a effrayés, on nous assurait là-bas que les Français arriveraient encore plus vite à Pétersbourg qu'à Moscoy ; c'est ce qui fait que nous sommes accourus ici, et voilà que nous tombons dans Moscou comme une poularde dans la soupe aux choux. Nous n'avons qu'heur et malheur, vraiment !

— Eh mais, à Pétersbourg, à présent, on ne sait plus que faire pour se réveiller, mon cher Pétre , ajouta le prince Kourdûkof; ce rfest plus que comités , qu'offrandes patrio*

PETRE IVANOVITCH. l85

tiques, armement de paysans... toute notre jeunesse en fait d'hommes est aux champs... la bonne compagnie ne sait plus où se réunir. C'est un ennui mortel , et une agitation, une inquiétude...!

— La bonne compagnie est dans le camp russe, prince, dit Vyjighine.

— C'est ce que je vous disais; tous nofc jeunes gens ont passé au service militaire. Il serait difficile de former deux quadrilles, jecrois, dans tout Pétersbourg... adieu, plaisir ! je vous assure, adieu , plaisir!

— Est-il possible, que vous, prince, et vous comte...!

— Vous ne reconnaîtriez pas Pétersbourg, monsieur Vyjighine, interrompit la princesse Pauline. La ville ressemble à une caserne; on n'y voit plus que soldats et soldats, et gens qui ne rêvent, qui ne parlent que de batailles. Cela est si effrayant, si désagréable ! Figurez -vous qu'il n'y a plus même de spectacle français à Pétersbourg!

— Voilà, en effet, un bien grand malheur ! dit Vyjighine en souriant, mais...

— Nous serions, je crois , morts d'ennui, si nous ne nous étions avisés de voyager et

M$6 PffïfiE /IVÀNOVITCfl.

de vivee ensemble , la famille du prince jet jflol9 »dit Je comte. Par bonheur , nous avons prouvé des consolateurs dans notre chagrin. Voici ira pn compagnon, M. Tergiversis, et l'ami éte la maison du prince Antone Antom&fàt&i, <c?est .M. Labou teille. Ces deux messieurs sont toute notre consolation; |>ar ;leur amabilité, par leur gaieté, ils bous font oublier tous les désagrémens de gette vie nomade ; sans eux, je le sens, nous serions «tombés dans le désespoir.

— Sans .eux, c'est bien vrai, et sans mon jperroquei , ajouta le prince. Coco, bonjour! bonjour, Coco! ajouta-t-il encore ^adressant au perroquet , qui lui répondit -assez brutalement : — Patraque.

.Les deux français , dont l'un était assis dans la voiture du prince, et l'autre dans «celle du. coin te, saluèrent avec beaucoup de .politesse Yyjighine, qui toutefois ne pou- #ranat contenir son mécontentement, dit en înusse.:

—7-;Pardon si je vous dis la vérité en soldat ; ce n'est , pas le temps où des princes et rÇ0H*$e& russes .peuvent, sans violer toutes les 1GPftgwaBce&, «admettre dans leur intimité

lu

•WTTRE IVATTOVITCH. ' "lU^

4es Français ; songez que toute la Russie brûle de se venger des maux affreux que lui ^causent journellement les Français mêmes. Que vont penser de vous nos compatriotes? Quel exemple donnez-vous au peuple? Si dans ces conjonctures vous préférez à lui les Français, n'aurait-il pas droit de les préférer à vous, et... Vyjighine fut ici comme «uffoqué de dépit.

— Quel mal voyez-vous donc à cela? repartit le prince; vous observerez que nos amis n'appartiennent pas à l'armée de Napoléon, et nous-mêmes nous avons une armée, après tout, pour combattre celle de sa majesté l'empereur des Français. Nous n'avons rien de commun avec ceux qui se battent; nous sommes de paisibles citoyens!...

— Vous n'avez rien de commun avec nous! Ah! grâces à Dieu, nous comptons en Russie fort peu, je m'en flatte, de ces gens qui pensent n'avoir rien de corrimuri avec l'intérêt et l'honneur de la nation... Et de quoi s'agit-il aujourd'hui? Tranchons le tnot, de l'existence de.laRussie. Ainsi, voué n'avez rien de commun avec tout cela!...* -

l88 PETRE IVANOVITCH.

— Maman , il se fâche ! dit à demi-voix la princesse Pauline.

— Il ose se fâcher, c'est drôle! ajouta tout bas la princesse.

— Allons, allons , Pétre Ivanovitch, dit le comte, toujours enthousiaste, je vous reconnais là. Hé, hé, hé! tout le monde n'est pas propre à se battre , à se ruer dans le feu... ïïous autres, vieux, nous avons fait notre besogne, nous avons conseillé, beaucoup conseillé et bien conseillé, mais... est-ce notre faute si Ton n'a pas voulu nous en croire? >Voyez-vous ,.mon cher, si l'on eût conclu la paix...

— Vous avez conseillé de faire la paix avec un ennemi qui était déjà au sein de la Russie; je le sais, dit Vyjighine, et il ne manquait plus à votre honte que de rappeler cela !

— Oh ! je proposais aussi diverses opinions pour la guerre; par exemple, je conseillais...

— Soit, vous avez conseillé à outrance; permettez-moi de vous donner à mon tour quelques conseils. Je vous conseille donc de prier ces deux messieurs d'abandonner F in-

térieur de la voiture , et d'y faire place à des officiers russes blessés. Ce sera assez de quatre chevaux d'attelage à vos voitures; ainsi, je vous conseille d'en donner deux de chaque attelage pour nos canons qui en manquent, et je vous conseille de laisser les soldats blessés s'établir dans vos chariots, sauf à jeter les objets superflus à la rivière pour qu'ils ne tombent pas au pouvoir de

l'ennemi , vous m'entendez ; ce sont là mes conseils; et si vous ne vous y rendez pas, je vais procéder moi-même à l'exécution.

— Vous plaisantez, monsieur Vyjighine, dit le comte.

— Pétre Ivan o vit ch , qu'avez-vous donc dans l'esprit? ajouta le prince.

— On reconnaît tout de suite à son langage un parvenu , dit à demi-voix la princesse à l'ami de la maison ; et l'on voulait lui donner ma Pauline ! Fi donc !

— Quelle barbarie ! s'écria la princesse Pauline.

— Je ne plaisante point lorsqu'il s'agit de remplir le devoir de guerrier et de citoyen, dit Vyjighine. Dans l'infortune générale on doit quelquefois provoquer au devoir avec

*t go vetke ivaaovrrcÉr.

tjtrelqoe peu de violence. T>ans Fancienue Borne on vt>us eut précipités de la Rotfhe Tarpeïenne pour cette indifférence envers les guerriers* souffrans. Au reste , je ne jetterai à bas des chariots que les effets de luxe. Hé! Mironitch, appelle des camarades , et fais placer des blessés sur toutes ces télègues ! qu'ils jettent à terre ce qui les empêcherait de s'y placer.

TVIironitch ne se le fît pas dire à deux fois, et ce qu'il y a de remarquable, c'est que les gens du prince et ceux du comte aidèrent eux-mêmes avec joie les blessés à désencombrer les chariots et à s'y installer.

Le comte Hohlenkof s'élança hors de sa voiture :

— Gomment osez-vous employer la violence? s'écria-t-il d'une voix menaçante.

Savez-vous qui vous traitez avec tant de grossièreté, monsieur Vyjighine ? Vous serez dégradé, envoyé en Sibérie, fusillé! Sou- Venez-vous, monsieur, que celui qui commande l'armée n'est pas un parvenu , mais bien un seigneur russe d'antique origine. Il ne souffrira pas qu'on fasse outrage ià ses

MTRE IVAKOV1TGH. l$é

pareil* l Chassez toute cette troupe mur l'heure même ; je vous l'ordonne.

— Je n'ai rien entendu, répondit Vyjighine avec le plus grand calme; puis, s'adressant aux soldats .-Enfans, allons, dépêchons-nous, et partons!

— Mon cher ami , dit le comte en prenant de bonnes manières, je vous en conjure, ne poussez pas les choses à ce point. Je suis l'ami de votre père, j'ai été votre chef, je vous aimais, je vous aime comme si vous étiez moji propre fils; et vous me faites du mal, vous me remuez la bile; emparez-vous des chariots de quelques autres ; vous voyez, il y en a ici un fort grand nombre. Mais comment jeter mes effets ? Il y a dans ces caisses tout ce que je possède de plus beau. Vous vous rappelez ma Vénus de marbre de Carrare,., elle est dans cette caisse, et voici làdedans mon Cupidon , qui est un objet au .dessus de tout prix. Voici mes vases de malachites, vous savez... Ici, mon cher, c'est mon argenterie.

'—L'argenterie restera en place, mais Vé-

<mjs et Cupidon s'en iront au diable, dit

Yjyjighine. Enfans ! qu'on ne touche point

îg» PETRE IVANOVITCH.

aux coffres ; mais à bas , à l'eau toutes les caisses!...

— Ah! mes cartons, mes chapeaux! secria plaintivement Pauline qui regardait par la portière. Maman, votre toilette par terre !...

— Quelle horreur, ma toilette parterre!, .. Ouf! je me trouve mal ! dit la princesse, où est mon flacon d'eau de Cologne ?...

La comtesse Hohlenkof , qui jusqu'à ce jour n'avait jamais honoré Vyjighine d'un regard ni d'une parole, se décida enfin à lui dire ce peu de mots : Monsieur Vyjighine, vous manquez aux convenances d'une manière révoltante.

Vyjighine ne crut pas devoir répondre à une si tardive et si désobligeante interpellation.

— Au nom du ciel, épargnez ma Vénus, dit d'une voix lamentable le comte Hohlenkof: je consens à tout; seulement laissezmoi ma batterie de cuisine et ma Vénus.

— Quoi, votre cœur n'est pas ému à la vue de ces malheureux qui, ayant versé leur sang pour la Russie, sont épuisés de force, et vont tomber maintenant dans les

PETEE iVÀirovrrcn. 19$

mains de l'ennemi. La noblesse et le coin* merce sacrifient tout leur bien pour armer et équiper des guerriers; et vous, comte; tous, l'un des plus riches propriétaire* ; vous ne voulez pas même vous séparer de quelques bagatelles dans un instant si critique! Allez, quand vous aurez réfléchi, vous-même me remercierez de ce que j'ai fait ! vous. ..

— Ma Vénus ! ma Vénus est la perfection des formes ! ma Vénus ! ah! grâce, grâce pour ma Vénus !

— Mes chapeaux, mes chapeaux! criait la princesse Pauline.

— Sacrifiez votre amour des arts à l'amour de la patrie et de l'humanité! ditPéîre au comte Hohlenkof.

— Au diable tous les arts ensemble ! répliqua le comte; ce n'est pas par amour pour les arts que je tiens à ma Vénus, mais j'y tiens parce que tous les étrangers, tous lés. voyageurs se faisaient un devoir de Venir chez moi pour contempler cette rare production du ciseau de.... d'un fameux sculpteur; et c'est mon grand-père qui avai^t ftït venir cela d'Italie. Là Vénus et le Cupi*

don étaient le point de réunion 9 la pierre d'aimant de tous les étrangers, l'objet de leurs entretiens , de leur extase. . Ahl mon cher y Vénus faisait la gloire démon nom! On écrivait des choses très flatteuses sur mon compte dans les journaux étrangers ! Ah ! ayez pitié de moi , ah 1 rendezmoi ma Vénus et mon délicieux Cupidon^ ou je crois que j'en mourrai.

— • En fans, vous voyez ces deux caisses; s'il y a place où les mettre , voyez, et dépechez-vous.

Puis il alla aux carrosses , et dit aux Français: Messieurs, faites-moi le plaisir de soi* tir. Les deux Français sortirent de très bonne grâce.

— Et pourquoi cela ? demanda le prince Kourdûkof.

\ — Je vais faire entrer ici à leur place des bffîciers blessés.

— Eh bien ! que plutôt nos gens aillent k pied, et mettez les officiers blessés derrière la voiture.

— Des officiers russes blessés pour la patrie derrière votre carrosse! je vous trouva

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ijnb là y vous-même» plus à votre pla$) gu'eux y dit Yyjigbine avec indignation, ,

— Pur jacobinisme ! murmura le pcingp n Renfonçant dans lar^gle de sa voiture* ,

— Ah! mon Dieu, nous allons avoir dep Messes dans le carrosse 1 des blessés, coaw me c'est affreux ! dit plaintivement U} jpiur

— Encore , si c'étaient des officiers 4qs gardes, mais de l'armée!... ajouta laj>qjftr cesse Pauline.

— Messieurs , dit Vyjighine. à deux ,Q$ficiers dangereusement blessés que des sa!» dats portaient enveloppés dans leurs manteaux , entrez dans cette voiture. C'est l'honorable comte Hohlenkof et le pripçp Kpurdûkof qui vous proposent des places dans leurs équipages. Les soldats aussitôt portèrent leurs officiers dans la voiture. : .

— Enfans, dit Vyjighine aux soldats blessés qui s'étaient arrangés de leur mieutc dans les chariots du comte et du prince, remerciez Leurs Splendeurs de la gcfcp qu'Us veulent bien vous faire! Ils vieimeat do sacrifier volontairement beaucoup d'çffets j>récieux dans l'unique vue de voua

t.£6 PBTRS IVÀWOVITCH.

èottrir ; et ils m'ont chargé aussi de vous dis* tribner quelque argent ! Vyjighine tira alors $e son propre porte-feuille une vingtaine d'assignations de banque et les donna au fous-officier, lui enjoignant de les distribuer entre les blessés , au nom du prince Hohlënkof et du prince Kourdûkof. Les soldats crièrent à tùe-tête: —Houra! kouraf Vivent Leurs Splendeurs ! Vyjighine aussitôt fit mettre en mouvement les carrosses et les chariots ; il allait en avant , et faisait ouvrir un passage à son petit convoi de Messes.

* : Le prince Kourdûkof répétait sans cesse : — Jacobinisme ! jacobinisme ! Le comte Hëhlenkof ne disait rien , mais il méditait uivprojet de vengeance. Cependant la comtesse l'accablait de reproches de ce qu'il n'avait pas su résister par la force, à la force. La princesse Kourdûkof et sa fille Pauline regardaient sans cesse hors de la voiture v et donnaient des consolations aux deux amis de la maison, qui s'étaient arrangés à merveille derrière la voiture et badin aient d'une manière gaie et spirituelle sur leur brusque changement de situation.

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Enfin l'armée s'arrêta dans le village Pankof, et Vyjighine alla rejoindre son régiment sans prendre congé de ses anciennes connaissances.

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