UN DES MÊHES SOLDATS
Si nous nous fussions conduits ootpme font les Russes, quand les Français sont Tenus chez nous pour la première Ibis, nous ne serions pas maintenant enchaînés aux enseignes françaises , comme des forçats au banc de la galère. Notre soumission nous a faits les esclaves des Français. Les Bosses enseignent ici au monde entier comment il faut et cohiment Ton doit lutter au sein de la patrie contre un ennemi puissant» La Russie sera notre tombe à tous tant que dons sommes.
UK AUTOS.
JBt quand Jjien même Napoléon fuucjît minea les Russes et conclurait la pai* 4 Moscou, comme il a été promis^ quelf>f*»
MTR* < VràMOimCKL WEKJ
£f peur irons «titres ? La Français* à la bonne heure > ils se glorifieraient de lews victoires;, la paû* serait utile à Kapolécmet à ses maréchaux; mais notre sort, auras, «Tei» serait peuArêtre que plus <i plaindre encore*
UN APTRB»
C'est vrai ! Eh bien , si Napoléon péri ici son armée et sa gloire, du moins, nous, par notre mort ,. nous rachetons notre Germanie. Alors peut être elle sera libre!
uir AUTRE.
Alors il n'y aura plus de préfets, de douaniers hautains et de gendarmes ; alors nos frères ne serrai pas obligés de se battre comme nous pour l'intérêt d'autrui, de payer l'impôt aux Français, de les enrichir du fruit de nos sueurs, et de les servir en .esclaves. Que nos compatriotes du moins puissent être heureux, si nous sommés destinés à périr loin d'eux.
— Ma pauvre roèrel
— Ma fiancée, ma chère .Louise ! je ue la reverrai plus sans doute l
-~ O bords du Rhin» rûtes que le cèeia m Jkujfr twnps béuiesi
<H>8 PETRE IVÀffOVITCH.
.... Cas malheureux se chargèrent les épaules et passèrent. Vyjighine j de son côté, alk .chercher une maison où il comptait trooyer secours . et asile. Bientôt il s'arrêta devant une. maison située vis-à-vis du monastère Vyçokopétrovsky. Dans les appartenons du premier étage s'était installé un officier delà suite du maréchal Mortier; dans la cour étaient plusieurs chevaux à l'attache. Vyjighine traversa cette cour, gagna un petit escalier noir et rapide , monta jusqu'au haut , et s'arrêta à la porte conduisant au grenier. Là il frappa lentement neuf coups mesurés.
— Qui est là ? dit une voix.
,\ — Un envoyé du prêtre Ivane, répondit Vyjighine.
. — Soyez le bien-venu! Le mot d'ordre?
— Ro$$ia, — Lozung , — Mamaivo- Poboïsché.
Et la porte s'ouvrit.
Vyjighine vit devant lui un homme grand, vigoureux, vêtu d'un caftane grossier. Une partie de sa barbe rasée et sa nu* que dont les cheveux ne pendaient point sur le cou, témoignaient que, cet homme
PJ5TRB 1VAN0VITCH» £0$
Devait pas toujours eu pour costume un habit de paysan. Les traits de Pétre con* vainquirent l'inconnu qu'il avait devant lui un Russe de bonne maison. Pétre lui tendit la m main; l'inconnu, apèrs avoir fermé la porte , emmena Vyjighine dans un coin du grenier, des fenêtres duquel le regard plongeait sur un océan de feu. .
— Que fait le père Ivane ? combien y a-t-il de jours que vous l'avez quitté?
— Aujourd'hui même ; il a résolu d'exterminer, à l'aide de ses paroissiens ameutés , le plus d'ennemis possible, où et comme il pourra.
— Et nous, ici, ne restons pas les bras croisés, dit l'inconnu en souriant. Mais qu'est-ce qui vous amène à Moscou, qui êtes- vous, et d'où venez-vous?
Vyjighine dit qu'il était officier russe,} qu'il était venu du camp pour délivrer deux malheureuses victimes y -et que • le père Ivane , dont il avait fût connaissance au camp, lui avait enseigné cette maisçn^ cet escalier, et la porte à laquelle il &Uf)f frapper pour parler à Matvéï-Ivanoïit^ 3. 18
Sf 9 PEU M. TÇkXOVTfGk*
taumtkèf * , qtti sûrement ne refuserait & hfi prêter «atours.
— C'eft totonméme qtn sais Rou&flkgf.
tytefttes' sont donc tes victime» que vom déarrfez saruver ? oà sont-elles? quel danger Ifc* menace?.*.. Mais d'abord apprener-mei tWw nom , et dites-moi où e* notre armée.
- Vyjighi*e se nomma et dit: — Votre armée s'est détournée de la grafide route de ftésan. Nous ignorons quel est le projet de notre général en chef, mais on assure qu'il laissera les Français tranquilles possesseurs de la ville. Je me suis détaché pour suivre des partisans, et leur chef a consenti 3t ce que je me séparasse d'eux quelques
i*6urs afin de sauver de Moscou ma fiancée*. ?atv ùrie suite de circonstances déplorables dont il est inutile de vous entretenir pour lé* trtdirifent , ma prétendue et une bonne 8âhlè? russe comme elle , et qui Ta élevée, iftnt'tfli rester à Wilna lors de l'invasion de feétte rrlle, et erifin elles sont arrivées ici, à*fei suftfe deTafmée française, sans pouvoir lifttfVei" itiffiën de fuir; d'ici elles y aurafe/ft "èrffiri ^réussi , mais un scélérat ^.tm
sans iTAjrovms. 4M
tf qui remplit aujourd'hui k Moscou je ne sais quelles fonctions pour l'envahisseur «niversel, s'est épris d'amour pour .a» fiancée, qu'il retient captive, et menaoe ds mort si elle ne consent à l'épouser.
~~ Ha, fort bien! vous parlez d'Elisabeth fkjemekj ; je sais toute cette aventure 7 , et fnoi-rBéroe déjà j'avais résolu de l'affranchir des sollicitations et de la vue de ce traître, de cet infâme. Je vous aiderai. Âh çà ! vous têtes impatient , je le vois, de savoir qui je suis. Asseyez-vous et écoutez : Je suis un ancien capitaine du temps de Catherine.
En été je vivais dans mon bien situé à une vingtaine de verstes d'ici ; en hiver , à Moscou , où j'avais l'œil sur l'éducation de deux neveux que j'ai adoptés, vu que je suis resté garçon. Quand l'ennemi approchait de cette capitale , déjà les habitans commençaient à fuir, moi , fidèle à mes habitudes, je suis venu à Moscou , non pas , comme vous voyez, pour saluer l'ennemi , mais pour le dévorer. J'ai réuni à peu près trente cerveaux brûlés d'entre les bourgeois et d'entre mes serfs habitant ici sur passeports, j'ai armé la troupe, et me suis
Jl* PETBE IVANOVITGH.
.constitué grand-maître de police invisible de la capitale. Ma troupe et moi, nous travaillons jour et nuit à chauffer nos ennemis et à leur épargner des sacrilèges. Nous sommes déjà parvenus à soustraire un grand nombre d'images saintes et d'objets sacrés, nous avons sauvé plusieurs femmes et filles de l'opprobre , et les effets de bien des particuliers. S'il faut vous l'avouer, nous avons aussi expédié pour l'autre monde bon nombre d'entre les intrus. Je suis partout et nulle part. Ma compagnie . se réunit en divers lieux au moment convenu, et j'agis, selon l'occurrence, à force ouverte ou par stratagèmes. Beaucoup d'entre les habitans restés à Moscou sont mes compères; ils me tiennent informé. de tout ce qui se passe dans la ville. J'ai l'œil sur tous les mouvemens des Français , depuis leur premier pas dans Moscou , et j'enveloppe de flammes tous les lieux où ils veulent s'établir en quartier d'hiver. Jusqu'à ce jour j'ai épargné le Kremlin. Mais si les scélérats viennent à résoudre fermement de s'y établir pour l'hiver, adieu le palais
PETRS IVANOV1TCH. 2l3
de nos anciens tsars ! je le fais sauter; Une restera pas pierre sur pierre !
— Eh quoi ! c'est tous qui incendiez Moscou !
— Moi-même! Et qu'est-ce que Moscou , quand il s'agit du salut, de l'honneur des Russes ! Quoi donc, nous savons tous sacrifier nos vies, et nous tiendrions tant à des •pierres! Que Moscou brûle, mais que la Russie vive encore et sache se venger! A Moscou, Napoléon a cru trouver un refuge pour son armée; il avait le projet de passer ici l'hiver, d'y trouver des abris, des subsistances et des vêtemens pour ses soldats ; son projet serait couronné d'un plein - succès f si nous faisions tant de cas de nos
maisons et de nos autres biens. Mais non, que Moscou s'écroule et se consume, et avec elle périsse la force et l'espoir de nos oppresseurs! J'ai brûlé moi-même ma propre -maison et tout ce qu'elle contenait pour en débusquer les Français; je brûlerais tout un hémisphère, je brûlerais mes entrailles d'un feu lent, si j'étais sûr de pouvoir délivrer par là mon pays de l'esclavage ! Quand Moscou aura enseveli nos ennemis squs
«4 mm orAmmvcaK
saine», H s'élèvent de set cendres d'antrei villes cent fois plus agréaMes an essor 4e aot&s+car elles leur rappelleront la gloire de leurs pères 8.
A ees mots t Roussakof découvrit sa poitrine t et poursuivi t :
— Vous Yojez f je porte avec tua crabe de baptême la cendre île l'incendie de Mo*» tûou sur mon cœur ; je la donnerai en héritage à mes neveux. Cette cendre devra être tue sainte relique pour les Russes. Elle rappellera à nos derniers neveux que le Eusse Jie doit rien refuser à la foi , au tsar et à la patrie.
•— Je vous comprends, je partage votre noble enthousiasme, dit Yyjighine en pressant la main de Roussakof.
— Si je suis destiné à périr dans les plus aâreux tourmens, je suis prêt, car j'ai joui dans cette vie de la félicité des bienheureux, pour avoir vu notre ennemi désespéré, furieux de notre fermeté et de notre courage. Oui, j'ai vu Napoléon frissonner de rage k l'aspect de Moscou en flammes, car cet incendie dévore en même temps tous
projets9.
rtnm iv*irovfroH. 11S
— Ainsi, Napoléon se désespère?...
• — ~ lé Tais tous raconter un fait que je tiefis d'un officier de l'état-major, bon Alla* mand qui demeure dans cette maison-ci.
Quoique, d'après la volonté de son père, il serre dans les rangs français, il nous aime, et il déteste dans Napoléon l'oppresseur des peuples. Bans cette armée, que de gens partagent son opinion!... Après la bataille defiorodinô, les Français ne marchaient pas, ils se précipitaient vers Moscou, pensant que dans cette ville finiraient leurs misères. Napoléon n'en était pas moins persuadé que Moscou serait le prix d'une seconde bataille de la Moskva. A dix verstes de la ville , il monta à cheval , «t poursuivit sa route avec l'avant - garde ; il faisait sonder devant lui les bois et les ravins, et gagner le sommet de toutes les hauteurs pour découvrir l'armée russe; mais, à son grand étonnement , on ne vit rien. Enfin, une dernière hauteur reste à dépasser ; elle toutfce à Moscou, qu'elle domine, c'est le Mont-des-Saluts , et Moscou développa son vaste ensemble aux regards des Français. ' Cétait le i4 septembre, à deux heures
21 6 PETEE IVANOVITCH*
de l'après-midi. Le soleil faisait étinceler les croix d'or, les coupoles dorées et les su* perbes édifices de cette grande cité, que nos oppresseurs regardaient comme une proie abondante. A ce spectacle , frappés d'étonnement, ils s'arrêtent, ils crient: — Moscou! Moscou! et on accourt en désordre, et l'armée entière , battant des mains, .répète ces mots avec transport. Tous croyaient avoir atteint le but de leurs espérances» Travaux, dangers, souffrances, ils oubliaient tout ! Les soldats et les officiers s'embrassaient les uns les autres, se félicitant de l'heureuse issue de la guerre.
Napoléon lui-même était accouru. Il s'arrêta transporté ; une exclamation de bonheur lui échappa. Depuis la grande bataille, les maréchaux mécontens s'étaient éloignés de lui; mais, à la vue de Moscou prisonnière, à la nouvelle de l'arrivée d'un parlementaire, on les vit frappés d'un si grand résultan enivrés d'enthousiasme |0, oublier en un instant tous leurs griefs, se presser autour de l'empereur, rendant hommage à sa fortune , et tentés d'attribuer à la prévoyance de son génie le peu de soin qu'il s'était donné
PBTRE 1VÀWOVITCH. 21 J
pour compléter sa victoire à Borodino. L'élan de la joie du vainqueur fit prompteraent place à la méditation. Son premier cri 0 à la vue de Moscou, avait été : — La voilà donc enfin cette ville fameuse ! Et le second fut : — Il était temps !
Et déjà ses regards fixés sur cette capitale n'exprimaient plus que de l'impatience: en elle, il croyait voir tout l'empire russe. Ces murs renfermaient tout son espoir , la paix , les frais de lajguerre et une gloire imr mortelle; aussi* ses]"avides regards s'attadbaient-ils sur toutes ses issues. — Quand donc, pensait-il, ces portes s'ouvrirontelles ? quand en verra-t-il sortir une députa* tion qui lui soumettra ses richesses , sa population, son sénat, et la principale noblesse russe ? Dès lors, cette entreprise où il s'était si témérairement engagé , terminée heureusement et à force d'audace , sera le fruit d'une haute combinaison de génie guerrier."
. . Les Français ne pouvaient croire à lent bOftbeur ; les Russes , à leur infortuné ï*es proclamations du comte 'Rostopchmt lYMkvfcwttpiré à un grand nombre de» Jw* 3. 19
#18 iteffeB iVAi*ovmar.
bifoits de Moscou une telle confiance date *k>* forces, qu'ils se refusaient k penser que les Français osassent pénétrer jamais dans Moscou. Les Français étaient déjà à nos ^portes, quand le bruit courut que les Anglais arrivaient de Pétersbourg à marches forcées, et le peuple courait à la rencontre de ses alliés.19 Leshulans polonais et les cuirassiers français dissipèrent bientôt ces il* tbsions du peuple, qui prompteinent se dis- -persa et disparut dans les maisons.
- ' Le roi de Naples entra le premier dans là capitale. Les Français eurent horreur de *vdirr cette ville déserte. Ce silence d'une fàtfff cité leur causait plus de terreur que fussent fait les cris des guerriers et Fexidasioii.de vingt batteries. Moscou leur parut être un tombeau. Enfin, les Français
Sppradièrent du Kremlin. Ayant ; atone eftucbup de peuplé , et même des fenltttes VI dés enfans, je les attendais pour les féliciter selon les dispositions* ' de mon weui% c'est-à-dire avec des vmprécattofas , àm twalédictions et une bonne fafcUltfd*. Ijc* Ffetieais brisèrent lias portes d*lWwfntW A c*upt dë<*noi*, et tom&ttà* ddttfc
PBTM IVAJIOVlTCff. *|£
ta Kremlin. Quelques uns de mes désespé* rés se jetèreat à coup» de haahe dans les groupes dès ennemis, et y trouvèrent la mort L'un d'eux, prenant un colonel po* louais de la suite dé Murât pour le roi de Naples lui-même ou pour Napoléon, s'é* lança sur lui* le perça de sa baïonnette et périt ,3. Le peuple s'enfuit de tous cotés. Murât, après s'être emparé du Kremlin, se précipita contrenotre arrière* garde pourTéioigner plus vite de Moscou v tant il était -impatient de prendre possession de la ville, i Cependant Napoléon , entouré de ses ma» récbaux , immobile sur le revers de la mon» tagne, attendait toujours une députation des habitans de Moscou , et il se consolait 'ée-ses peines pair la vue de cette ville , objet .àmms désirs v par la contemplation de cette faàllHifte couronne de la Moseovie» — Nous laftlaaè.TOir, disaifc-il , f ce que les Russes vont Aqra; s'ils se refûseriti k traiter, il fendra <bèm mm prfendrè notite parti. Nos quartiers Chanel «ùufrmainttnant assurés. Nous doo- JMofaaattJ inonde le spectacle singulier ;dfont> prmée lûuirnétnt paùàktemênt au m£- Hojl . <fapj<peuples ennemis qui la protstat
a 20 PFTRE IVAWOVITCH.
4e toutes parts. L'armée française dans Moscou sera le vaisseau pris par les glaces..* mais , au retour de la belle saison , nous recommencerons la guerre... Au surplus, Alexandre ne me laissera pas aller jusque là ; nous nous entendrons , et il signera la paix. C'est ainsi que raisonnait Napoléon aux portes de Moscou.
Quelques étrangers habitans de Moscou apportent à Napoléon la nouvelle que cette ville est déserte. Il ne veut pas les en croire, et envoie des aides de camp dans la capitale chercher les citoyens notables et lui amener les députés. Les aides de camp reviennent et confirment ce que lui ont dit les étrangers. Napoléon doute encore. — C'est un conte , dit-il ; mais peut-être aussi que ces habitans ne savent pas même se rendre; car ici tout est nouveau , eux pour nous , et nous pour eux. Daru, à son retour, lui dit n'avoir pas vu un seul habitant f n'avoir pas entendu le moindre bruit dans les maisons, pas même vu la moindre fumée sortir des che» minées. —C'est , dit-il , le silence du désert. Alors le désespoir s'empara de Napoléoa ; il se mit à marcher de long en large, puis
PETRE IVAVOV1TCH. 2*1
il se tordait les mains, tirait son mouchoir, le remettait dans sa poche , se parlait à lui* même , se croisait les bras sur la poitrine , puis derrière le dos , puis il gesticulait. En* fin, un officier, décidé à plaire, ou persuadé que tout ce que l'empereur voulait devait s'accomplir, entra dans la viile^ s'empara de cinq ou six vagabonds, les poussa devant son cheval jusqu'à Napoléon, comme si c'eût été une députation ,4. Dès la première réponse de ces misérables, l'empereur vit à qui il avait affaire; il leur tourna le dos sans daigner leur adresser une parole, et il les fit chasser. À la fin il sentit qu'il allait prendre possession d'un désert et non de la capitale d'un empire.
Vers le soir, Napoléon entra dans le faubourg de Dorogomilof , et s'arrêta dans une maison de particulier. Il y vint déè Français , habitans de Moscou , pour dé* noncer l'incendie, et un officier de la police russe donna tous les détails de ses préparatifs15. L'empereur, ému, en ressentit la plus vive agitation ; il chercha vainement à dormir; chaque instant il appelait et de» mandait des nouvelles de la ville. Cepen-
SU PEIUK ITÀlTOVtTCH.
ifantil se retranchait encore dans une apparente incrédulité, quand, vers deux hen* res du matin, il apprit que le feu éclatait au milieu de 'Moscou. Les flammes de Vin* eendie dévoraient le cœur de Napoléon.
Il multiplie les ordres, envoie sa garde, i'eàiporte; à 1 aube du jour, lui-même court du côté du feu , où il menace la jeune garde et Mortier ; et enfin > pour jouir du triomphe, il entre au Kremlin.
Je le vis au moment où il parcourait les ruts; son visage était sombre; chacun de ses mouvemens trahissait sa cruelle inquiétude. Il plongeait autour dé lui des regards pleins de défiance. Il semblait n'oser lever les yeux vers les fenêtres désertes de nos palais; il avait honte de sa victoire. La fumée de l'incendie paraissait l'étouffer et rembrunir toutes ses pensées de conquêtes et de triomphes.
Quand nous eûmes vu l'impression que faisait l'incendie sur Bonaparte et sur ses généraux , nous redoublâmes d'efforts, et bientôt le feu se propagea en vingt quartiers46; le Kremlin ne brûlait point, mais la flawme s'*a /approchait et menaçait de fait*
PETAE 1VAKOVIXC9* 32$
sauter les parcs d'artillerie. Les Français étaient suffoqués par la fumée jusque clans le palais même; mais Napoléon ne voulait pas le quitter. Les maréchaux entraînèrent presque par force leur souverain vers le château impérial de Pétrovsky.
Napoléon avait nommé le maréchal Mortier gouverneur militaire, et Lesscps, exconsul en Russie, intendant de la ville. C'est en vain que par de flatteuses promesses on s'efforçait de tranquilliser ce qui restait des habitans de Moscou, c'est en vain qu'on cherchait à arrêter l'incendie , le désordre et le pillage; ni les nôtres, ni les leurs n'écoutent personne. Lesscps est parvenu à recruter quelques misérables employés et des hommes perdus de mœurs , qu'il a nommés officiers et commissaires de sa police; mais ces misérables, au lieu d'établir l'ordre, ne songent qu'à gaspiller, à £lire leur main et à se donner du bon temps. C'est au nombre de ces commissaires de police que se trouve le ravisseur de votre prétendue. Je suis informé qu'aujourd'hui même il y a chez lui fête et ripaille, attendons le moment où mes déterminât
seront réunis, et alors rendons-nous chez lui , et nous affranchirons les deux infortunées qu'il retient indignement prisonnières.
Dans l'hôtel d'un riche seigneur, qui l'avait laissé à la dévotion de l'ennemi, s'était sans façon installé le conseiller titulaire Gavrîl Gavrilovitch Hodakof, alors commis* saire de police du gouvernement organisé par les Français à Moscou. Hodakof avait pris à son service une vingtaine de bourgeois pauvres qui avaient perdu tous leurs moyens de subsistance. Hodakof ayant préservé cet hôtel du pillage , se constituait propriétaire et maître, sinon de la maison, au moins de tout ce qu'elle contenait de bien-meuble. Le hasard lui fit découvrir la vaisselle plate, qui avait été enfouie dans un coin de la cave, lorsqu'il ne songeait qu'à aller prendre possession des vins fins dont elle était abondamment pourvue. Ainsi, riche de ses anciens vols faits sur le prince Kourdûkof et mille autres , plus riche encore du malheur de sa patrie , possesseur d'une magnifique vaisselle d'argent et de vermeil, et de vins délicieux, Hodakof devenu pour la
P2TBE IVAHOVITCH* **!>
conjoncture l'humble serviteur de Lesseps 9 devait à ses pareils un grand régal le jour anniversaire de sa naissance. Aussi eut-il pour convives , ce jour-là, une foule d'anciens amis. Il avait chez lui , pour la sûreté de sa personne, quatre soldats français, dont l'un était cuisinier. Le souper fut sinon magnifique, du moins copieux et bien arrosé. Les vins de l'Ouest et du Sud de l'Europe excitaient la franchise des convives.
— Fort bien, messieurs, mais il peut nous tomber un jour sur les bras quelque méchante affaire, dit Hodakof ; Moscou est la proie du feu , et Dieu sait si notre arrondis* sèment y échappera. Si les flammes atteignent ce quartier, de quoi aurons nous l'inspection ? des pierres calcinées ! Et puis les Français finiront par quitter Mocou.... où nous fourrer après leur départ ?
— Eh ! la , un peu de courage , Gavrîl- Gavrîlovitch , dit un autre commissaire ; on dit que la paix sera bientôt conclue. Nous prendrons de l'empereur français un certificat portant que nous avons rempli avec zèle et fidélité nos fonctions conservatrices., et tu verras que nous pourrons encore ob*
9*$ pethe ivAjfovrrca.
tenir une récompense de notre gouverna unent ; car enfin nous dirons que noua gardions Moscou , que nous faisions tout au inonde pour la préserver du pillage et de l'incendie ; par conséquent noua agissons en bons citoyens!...
— A la bonne heure; nous dirons, ouï; mais le gouvernement voiidra-t-il voir la chose sous ce point de vue ? repartit Hôdakof. Pour nous autres , sans doute nous affirmerons tous de concert que nous ne nous sommes chargés d un emploi pénible •que par amour de la pairie , pour maintenir Tordre, pour défendre les citoyens, pour tâcher de conserver leurs biens ; mais, si. .. si Ton ne nous en croit pas, si...
— Comment ! on ne nous en croirait pas! dit avec feu un autre commissaire, ancien gratte-papier destitué de son emploi pour faits de concussion et friponneries. L'intendant, M. Lesseps, m'a dit, en propres termes, qu'il sera fait pour nous un article exprès dans le traité de paix , et que l'empereur Napoléon y stipulera des récompensas k trecevoir du gouvernement rosse* Ne cnai*
PSTBI iVAlTOVITCir. *%*)
gnez rien , tout se passera à merveille. Lt plus fort a toujours raison.
— C'est ce que j'ai pensé en acceptant les fonctions que j'exerce 9 dit Hodakof. Avant la guerre j'étais ennemi déclaré des Français, et même , je l'avoue , je désirais qu'on leur fit la guerre ; encore en ce moment , à vrai dire, je n'ai pas de grandes raisons pour être leur ami. Mais un affront sanglant que j'ai essuyé dans le service m'a fait changer de sentimens. Le prince Kourdûkof,que j'ai servi fidèlement un grand nombre d'années .m'a indignement trompé; il ne m'a obtenu, ni une décoration, ni le rang dVzi- $es$eur de collège, et de plus, il a fermé les yeux sur des intrigues qui m'ont mis dans le cas de quitter le service. Quoi ! tous mes camarades sont montés au grade d'assesseurs , et moi je ne pouvais avancer... Certes, je ne suis pas ambitieux... mais cela me tourmentait ; je suis sensible aux mauvais procédés , à l'injustice !... J'ai donc prU mon parti. Nous verrons ce qui va se foire & présent. Moi je me soucie peu de toutes ces vanités de rang; mais enfin, on a promis de parler -à l'empereur Napoléon de ma
%2$ PSTRE IVANOVÎTCH.
promotion au grade d'assesseur de collège.
— Que dis-tu , Gavrîl-Gavrîlovi tch ? Estce que Napoléon peut faire des promotions aux grades et rangs de Russie ? dit un quatrième commissaire, ancien secrétaire ou greffier de tribunal , destitué et convaincu de s'être laissé suborner.
— Et pourquoi non ? répliqua Hodakof.
Napoléon fait des ducs, des princes, des rois ; comment lui serait-il impossible de me faire assesseur de collège ? Tu n'as donc pas lu les gazettes , Finogheï-Merculo vitch ? JL.es promotions seront faites au préalable, et ensuite viendront les négociations pour les faire sanctionner. C'est là précisément ce qu'on appelle la politique !
— S'il en est ainsi, dit FinogheP7, nous pouvons être tous avancés, et rentrer dans le service russe de par Napoléon.
— Eh mais , sans doute !
— Superbe ! Il y a si long-temps que nous souffrons de l'injustice des calomniateurs ! Voyez-moi , pourquoi m'a- 1- on destitué ? J'étais accusé de concussion , je suis innocent , je vous assure.
— Qu'est-ce que tu nous dis ?
PETRE IVÀNOVITCH. 22Q
— Il est vrai , je n'ai pas repoussé les présens du plaideur, car il est dit dans l'Écriture: Tout présent est bon, et toute offrande est parfaite; mais je ne forçais point les plaideurs à me donner leur argent. On m'a fait un crime de recevoir de l'argent avant la conclusion des procès, et de ce qu'il arrivait presque toujours que celui-là précisément gagnait l'affaire qui m'avait d'avance témoigné sa reconnaissance. Est-ce donc ma faute ? je ne suis pas le maître des évènemens, et il n'y a pas lieu de m'accuser, si en effet les hommes généreux et riches sont plus honnêtes, plus justes que les avares et les pauvres.
— Et voilà justement ■ comme j'ai été moi-même mis en jugement, dit l'ex-employé. On s'est avisé d'élever une plainte contre moi sur ce que dans une affaire importante j'aurais supprimé des actes originaux et rogné et gratté une ou deux lignes à quelques autres, et l'on affirmait que je m'étais fait payer pour cela. Sur quoi se sont fondés mes accusateurs ? sur ot que j'avais reçu quelque argent de. la partie intéressée. Et si cette partie m'a bien
a5d nth ivAKowrcm
voulu gratifier, où est le si- grand- mal? Chacun n'est-il pas libre de disposer de m fortune , et bob mains 6ont là pour prendre, je pense , surtout quand on nous gratifie volontairement. Ne pouvait-il se foire que des rats , il y en avait à la- chancellerie, eussent rongé quelques feuilles du dossier ?w Mais quel besoin de donner des raisons contre la calomnie? elle frappe sans rien entendre, et poursuivrait un homme jus<qu'au fond des mers I
— Et moi donc, ne suis-je pas une victime de la calomnie? dit Hodakof. À l'entendre, c'est moi qui aurais ruiné le! prince Kourdûkof. Qui ne sait que le prince est un vieux fou? Une pareille tête n'est pas un domaine; quel ordre y mettre lorsqu'elle est vide? Ah ! c'est qu'on m'enviait le d*flMet de mes épargnes; et ou- allait me jetei*<iMi5 un beau guêpier si je n'eusse pas été aitafe prévoyant pour avoir tiré du prince ton les six mois une quittance signée de hri^et portant déclaration de benne et fidèle régte. fiés intrfgans, ne pouwantdone pas m'enlevet tnan pauvre petit avoir, m'ont du moftts Jfuiaire congédier du service. Maisik-vomt
' mi IVjUfOVITCH. j3i
awîr un pied de dez quand ils me verront assesseur de coil ége
*~ Allez, messieurs, je sais ce que c'est q*e la calomnie,* dit un marchand faisant aussi fonctions de commissaire ; ne m a-Uon pas. accusé de banqueroute frauduleuse ^ et.de soustraction du capital de deux orphelins» que j'avais en tutèje ? Ils ont pensé;, les traîtres, me faire mourir en prison. J'avais, j'en conviens, un petit capital mis de côté , mais il n'appartenait ni à mes créanciers ni à mes pupilles, mais bien à moi , qui l'avais gagné par mon travail. Quoi! fallait-il donc donner mon bien pour celui d*aulrui, soûs prétexte qu'en voulant négocier les capitaux des créanciers et de mes pupilles, tout s'est fendu entre mes mains, et qu'ils ont eu du malheur? S'il faut que l'on réponde du-maU heàrde tous ceux avec qui on est entrai*» tfbn, 'où est la justice? Àb! si je puis féoêtbirurie décoration russe de l'empereur Wàpctëùti , je leur passerai à tous sur le ▼entre.
— Voilà bien de l'ambition ! dit' ft
(tftfffc flouir Mes eafana 4t BDj&Mur
*3a writis îvàwovitch:. •
moi que j'aspire à être chevalier, repartit le marchand. Dans la première guilde sS marchande, il faut donner un fort cautionnement , mais un ordre de chevalerie suffit pour exempter des ch&timens corporels.
Mes enfans sont des gaillards qui ne craignent ni Dieu ni diable dans leurs folies , et avec eux je puis être compromis d'un jour à un autre , voyez-vous.
— Tout cela est très bien pensé , très Lien raisonné , dit Hodakof. Mais vous ne buvez pas, messieurs! Ce sont là des vins tels qu'on en trouve fort rarement chez la plupart des seigneurs. Allons, buvez, buvez , mes amis.
—Tiens, mon cher Gavrîl-Gavrîlovitch, moi, je m'accommoderais mieux d'un bon ilacon de rhum ou d'eau-de-vie , dit le greffier. Tous ces vins-là sont fades comme c)u Lvass, ils ne chauffent point la gùrge, et pas un ne monte au cerveau; c'est bon pour les vieilles femmes et les seigneurs /damoiseaux.
— C'est ce que j'allais dire, ajouta l'employé, fais-nous servir du rhum. Que dian*
P£TBE rVAITOVITCH. >53
tre, on boit pour être ivres, et le rhum achemine plus vite au but
— Bravo ! bravo ! du rhum , fais donner du rhum ! crièrent tous les convives.
— Qu'on apporte du rhum! cria Hodakot Il prit une bouteille de rhum , en versa à chacun un grand verre, et dit gravement:
— Pour porter la santé d'un souverain aussi fort que Napoléon , il convient d employer une boisson très forte ! N'est-il pas vrai, messieurs? Mais cela ne nous empêchera pas de lui porter aussi un toast avec du Champagne?
— Ne buttons pas en aveugles, pourtant, dit le marchand; Napoléon, pour être notre maître aujourd'hui 9 n'en est pas moins l'ennemi de la Russie , et les Français , ce me semble, nous ont pris au service de la Russie, du tsar russe...
— Bien , bien , répondit Hodakof ; mais tn ce moment on négocie pour la paix. Et d'ailleurs Napoléon m'a... nous a promis, veux-je dire, une promotion... Messieurs, à la santé de Napoléon !
Les convives se levèrent , et ils se recueil- 3. 10
éS4 mil i&MnomxKL
Intt pour crier plus fort, quand tx>ut&coup ils en tendent du bruit dans les appa»»
— Qu'esfrce'qtte cela signifie? dit aînée le «raabtamtit de la peur le td-deva&t emffojrê <Je chancellerie. Qui est-ce xjài tietaeure dans «es ehambresjà ?
— Elles sont vacantes, répondit Hocïakof «tnsi fort trdubtë. Qà^y-a-^î! là- dedans? Seignetrr, lais-nous grâce! D'où peut Tenir ëebfuit-là?
"" Mors un graudcoup fut frappéïla porte; $fte* s'ouvrit à deux bàttans, et une vingtaine d'hommes armés fondirent dans la salle. TWatveï Ivanovitch Roussakôf était à teor tête. ïl frappa Hodakof à la face, et crta aux siens t
— Garrottez ces infâmes! T9
— Rébellion ! pillage! au secours!. criait Hodakof.
(Tandis qu'on garrottait /Hûdalcjoi * Vyjigjnoe approcha et lui dit z .
— îltelie, brigand* >om sont Elisabeth Stensky et Anne Shmjgaïlo,? .' ,
fc JRmitealtof; faisait fepaadir son sabre .mut
Ov
PSI»* IYAtfOVITC0. *35
Bocfokof; celui-ci tremblait de tout son corps
«t àbgjmt de* yeux.
i— Fétre Ivanovitch, mon respectable seigneur et maître , ne me laissez pas tuer «pie je n'aie fait pénitence ! je dirai la vérité, la pure vérité. Elisabeth Paviovna n'est pa? ici, mais dans la maison voisine, ici, en sortant de l'hôtel ; cette maison est occupée par un de nies amis, par Finogheï Merculovitch que voici ; tenez, demandez, questionnez-le, mon respectable seigneur!...
— Débout , toi , vieux pot à l'encre , et suis nous, dit Roussakof à Finogheï. — Enfans! bandez-lui le museau , afin qu'il ne crie pas dars la rue. Nikite , reste ici avec huit hommes , et qu'on ne s'endorme pas. Si ces gueux tentent de fuir ou de hurler, à bas les têtes ! à bas sa^is pi tié !
■w $PV$ ne proférerons pas le plws pe tit mot 9 dit stigèrjeraent Hodakof , qui se mou-
w*- $wsQe;$opffleroj?s p?s, nous ne re$r fîf$ro$? p$, WQP père npur^ciçr , ajppr J^pt^ flamand etyéçw9wMà^1$
hfo ." .../" '
i36 PETRE 1VÀNOVITCH.
rhum , garrottés 9 assis et couchés sur le plancher, tapis dans les angles, sans oser faire un mouvement des membres ni des lèvres.
Roussakof , Vyjighine , et une dizaine d'hommes longèrent la rue; Tex- greffier était serré de près. Dès qu'ils furent tous entrés dans la maison, on se mit à garrotter tous les gens que le malheur ou la bassesse avaient faits les serviteurs de ce misér*ble;on enferma toute la famille de celur-ci dans une chambre sourde, en en retirant les clefs et postant des sentinelles aux portes, et ils montèrent à l'étage supérieur Vyjighine entra le premier dans les appartemens et s'écria :
— Lise ! ma Lise f tu es libre !
Elisabeth s'élança dans les bras de Pétre ; celui-ci pressa en même temps contre son sein Anna Mikhaïlovna , et les pria toutes deux de se préparer à partir ai plus vite. En même temps Roussakof étiit allé faire chercher des chevaux et un hariot. L'«xgreffier dit que Hodakof avaitune calèche, un attelage de quatre chevau» et deux die-
pitre ivànovitch. a37
vaux de main. Roussakof courut à l'hôtel occupé par. Hodakof.
— Qu'est devenu le médecin , ton parent, ton protecteur? dis , Elisabeth.
— 11 était resté au couvent de Kolotsk y retenu par son devoir, près de l'hôpital; mais nous voulions toujours aller en avant, pensant que nous trouverions peut-être lô moyen de fuir avec quelques familles ; en attendant il fallait vivre; nous craignions la protection des Français, que Ton dit trop serviables pour les dames. Nous nous trouvons en face de Hodakof; ce misérable nous comblé , nous accable de politesses , d'offres de services ; il dit n'être mû que par le plus pur sentiment de charité pour ses compatriotes ; il va nous trouver un asile , nous y aurons protection et sûreté parfaites. Il nous força à vaincre nos répugnances. Bien* tôt nous apprenons que mon parent a disparu près de Mojaïsk. Nous fîmes divers projets infaillibles pour nous sauver de Moscou , mais Hodakof arrêta nos préparâtes .et nous retint de vive force ; il nous dénonça comme agens secrets de notre gouvernement , et nous fumet mises à son en*
4|S& werai nrAnovEBSS.
tièfre disposition. Il s'efforça de* ion , .<fttr menaces et par flatteries, ^ me iikejci»* tentir à iui donner nia maia^>et en jitiendant il me retenait prisonnière, Mnmçmtt9 •chez son vil eompiôoe. Par boahewvnous avons 4nouvé un bon et braire paypan,ba< bâtant de cette maison-ci , .qui s'ait £ut fort de ft'afer informer de notée ditna&m, et enfin, grâces à Pieu et à ton courage^ nouô woki délivrées. Ce .qui me charme surtout ici, c'est de te devoir , à toi ,ma délivrai***, Eh ! n'est-rce pas toi aussi qui rk Wilaa*fii!as délivrée de la prison et de la most?
•—Non, tu ne .dois en avoir obligation qu'qu noble Adolphe; moi je n'ai fak que le prier de te sauver.
: *. Et qui pourrait être insensible à la prière ? Un scélérat , un Hodakof en .serait seul capable.
- .—"Ne savez>vous rien de Reayqald VikeB* tfcé*ich ? demanda Anna MikhaSlovma. :
' — Peut être est>il à l'aimée ; snais «piant £• t*K>i , depuis q«e je auU délâwré rlr rjftfdfi *Eté, je n'ai /pas* dépassé 1'asraafegaixte), *&, ^>^sia bataille 4e >Boradino^ttoat mq* rfétakpasy^Pemeiit^m^alff^^ait^Midé
WMIfOYDK*. *3#
4KB ; Jtate vers Moscou, kî je ne l'ai point «Montré.
~»*J&1 moauDieu! ne Jui serait-il pas ar» rite. Malheur encore une (ois ? dit en pieu* rant «nadanie Sbmigailo.
— Mais dis -moi, de grâce, Lise, comment tu as trouvé ton parent dans l'année française ? Dis 9 à quel degré cette parenté ? Je brûle d'envie de savoir cela.
— Le docteur Fournel est mon oncle.
Mais le temps ici nous manque ; dès que nous serons réunis hors de Moscou , je te raconterai avec détail tout ce qui a précédé et «accompagné ma naissance ; ce sont des choses fort compliquées même pour moi f et assez semblables à des contes. On vient ; modère ton impatience.
En effet, Roussakof entra , et dit:
~ Tout est prêt ; la calèche est attelée pour -ces liâmes , nous avons des chevaux demain pour nous , et voici im laissez-pasâttrpour la barrière de Presnensky. De ce côté-là les Français sont moins sur leurs ganeks*quianE barrières de Jlézan et.de JLat. J'ai trawvé ce papier sot Hodakof.
isous puissions : seulement .gagner /le
*40 PETRK lVANOTireff.
premier bon village, et vous êtes complétera en t libres. Nous allons , moi et quelques braves gens , accompagner l'équipage de ces dames jusqu'à la barrière, pour les garantir de toute insulte. Allons , en route i
Sur le siège du cocher, et derrière la calèche , se placèrent trois gaillards bien armés ; Roussakof et Vyijighine à cheval suivaient la calèche , qui roula rapidement sur le pavé des rues et des ruelles qu'avait encore épargnées l'incendie. Ils rencontrèrent beaucoup de soldats français , mais aucun n'eut l'audacede les arrêter10. Aux étangs de Presnensky étaient les bivouacs d'un détachement de la garde italienne. Dix sol* dats ivres se jetèrent sur la calèche et arrêtèrent les chevaux.
Roussakof accourut vers cette troupe' d'ivrognes et les assourdit tous à bons coups de fouet bien appliqués autour de la tête. Quelques uns firent la culbute , d'autres se jetèrent à l'écart.
— Grand galop ! s'écria Roussakof, et la calèche partit comme l'éclair , et les deux cavaliers suivaient, quand une second*
PETRI ivAicovrrcH. %\\
troupe d'Italiens leur coupa la route à euxmêmes*
Voyant l'impossibilité absolue de percer une troupe armée, qui grossissait à chaque seconde, ils tournèrent bride à l'improviste, et coururent ventre à terre à droite de l'étang, animés par l'espoir d'arriver encore avant la calèche à la barrière. Plusieurs balles sifflèrent aux oreilles de Vyjighine, et Tune d'elles traversa son bonnet. Arrivés à la barrière, ils s'arrêtèrent et ne surent que résoudre. Il n'y avait là personne à qui ils pussent demander s'il était passé une calèche; c'est pourquoi ils se décidèrent à sortir de la ville. Ils passèrent la barrière, se mirent sur un des côtés de la route derrière le fossé , descendirent de cheval , et regardèrent tristement le ciel éclairé par l'incendie. Ils attendirent long-temps ainsi le passage de la calèche. . . elle ne parut point
FlPf DU TOME TROISIÈME»