Ç PETRE IVANOVITCH
lui donna tous les papiers constatant la lé* galité, tant de son mariage que de la naissance même de 1 enfant La princesse Kour* dûkof était à cette époque intimement liée avec son médecin, sujet français, ou du moins piémontais, élevé à Paris. C'est le docteur qui disposait des revenus de la princesse. Ce médecin conseilla à la princesse de ne point dire en Russie que son frère eût été marié, et qu'il eût eu une fille; d'élever sa nièce comme une pauvre orpheline qu'elle aurait recueillie par charité; de la marier plus tard en lui donnant une petite dot; et de s'approprier les mille cinq cents paysans, propriété de cette nièce. La princesse goûta cet avis. L'épouse du prince Paul n'avait, de son coté , laissé qu'un frère qui faisait ses cours à l'école de médecine. Les gens qui , en France, furent chargés du soin de l'enfant, se contentèrent desavoir qu'elle était la nièce de la princesse , et ne virent aucune mauvaise intention ; et c'est ainsi que l'enfant fut amenée en Russie sous le nom d'orpheline.
t Le docteur, ami de la princesse, lui conseilla encore de donner pour nom à la
PETfiE IVANOVJTCH. Sj
jeune princesse les deux dernières syllabes du nom de Pretchistensky. En Russie on soupçonna que l'enfant qu'elle amenait de Paris lui appartenait au degré de parenté le plus proche qui puisse être, mais il ne venait à l'esprit de personne qu'Elisabeth Stensky fut sa propre nièce , héritière unique du prince Paul, et la princesse Rourdùkof laissait subsister des soupçons qui n'en tenaient la vérité que mieux cachée. Lorsque la princesse voulut retourner à Paris, elle confia l'enfant à son ancienne compagne de jeu et d études, femme de l'employé Shmigaïlo , lui disant que c'était une orpheline née de parens fort pauvres ; elle promit de payer les frais de son éducation et de lui donner par la suite un trousseau... mais bientôt elle l'abandonna tout» à -fait* Lorsqu'enfin la princesse Pretchistensky élevée , sous le nom de Stensky, fut devenue adulte, un jeune homme fort riche en devint amoureux et voulut 1 épouser, méprisant l'offre qu'on lui faisait de la main de là princesse Pauline Kourdûkof. C'est alors seulement que la princesse Kourdûkof se rappela sa nièce $ qu'elle enleva de
5&> paae itofforixon
vive force de chez madame Shmigaîlo , et? eavpya dans une terre' éloignée. La jeune» princesse s'échappa de sa prison , gagna1 Wilna quelque» jours avant L'invasion , fut contrainte par les évènemens d'y. rester lors dp la venue des Français, parmi lesquels «lie retrouva prisonniers de guerre M. et madame Shmigaîlo,,. et par un hasard singulier elle rencontra son oncle dans un médecin de l'armée française. La découverte que. fit, la. princesse Pretchîstensky de sa véritable origine eut lieu ainsi : M. Shnrrî* gaïlo avait été envoyé inspecter un hôpital où se trouvaient les prisonniers russes. M. Fournel était premier officier de santé de cet hôpital ; ayant eu par là occasion de faire connaissance avec la famille de M. Shmigaîlo, il prit plaisir à la conversation de dames spirituelles sachant le frangeais* Un jour il racontait que sa sœur avait eu pour mari un prince russe , et que sa njèce avait été emmenée à l'âge de quatre ans en Russie par la sœur de son beau fnère. — Si ma nièce n'est pas morte, ajoutait* il, je vais probablement lui faire une viaite soit à Moscou, soit à Pétersbourg.
pstott1 ivAMfovircir; 5£
De1 Ui tnw foulé de questions. Dès que le* déetewr «utnoromé là princesse Ronrdûkof ' e*terpwiicePiletchi$ten9ky; tout fut écfcurcr, etf ht- nièce eut un protecteur dans son: oAole; Celui-ci se hâta d'écrire à Paris, et il fit venir tous les actes qui constatent la* légitime naissance de sa nièce ; ces actes sont at1nexe9.au présent mémoire. . Obligé de se rendre à Moscou , le docteur- Fournel persuada à madame Shmigaïlo et à sa nièce de l'y suivre; mais à Mojaïsk, il ftit retenu , en sorte que les dames arrivèrent seules à Moscou. Après la guerre, lé docteur, qui avait été lait prisonnier, retrouva sa nièce, qui, dans l'intervalle, était devenue épouse et veuve du colonel Iaroslavsky. Maintenant la demanderesse ré* clame à bon droit de la princesse Kourdûkof l'extradition de ces mille cinq centsr paysans et des revenus de tout le temps durant lequel elle a détenu la propriété de s» nièce méconnue. Mai» la* princesse Kottvdukof affirme que la eoitmellè Iaroslavsky n'est point Fenfant que lui a remiy son ftère mourant; que la- fille de son frère n'est plus, et que, fût- elle vivante!,
60 PETRE IVAJTOVITCH.
elle n'aurait aucun droit à la succession, étant née ayant mariage. De son coté la colonelle Iaroslavsky apporte pour preuves que c'est bien elle-même que la princesse a amenée de Paris , et les témoignages sous serment de ceux qui Font élevée et de deux hommes qui se trouvaient à Paris avec la princesse» affranchis depuis. La princesse ne peut fournir aucun document , aucun acte constatant le décès de la jeune princesse Pretchistensky. »
Sur la marge du factum , était écrit au crayon.
« Me présenter aujourd'hui même tout le dossier. »
En lisant cet écrit , Vyjighine était comme éperdu: la joie, la douleur, l'amour, le dépit avaient passé sur son cœur avec son sang comme les vagues d'une mer soulevée par les orages.
En ce moment l'employé sortit du cabinet du prince Ingrysky; il regarda Vyjighine avec attention, et fut frappé de son trouble, ce qu'il témoigna en lui disant :
— Vous êtes bien monsieur Pétre Vyjighine? .
PETRE 1VÀN0V1TCH. 6l
— Oui, monsieur.
— Eh bien ! veuillez entrer dans le cabinet du prince , qui vous attend.