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avant mon cheval qui commençait à être fatigué. J'étais bien persuadé qu'il ne me restait plus rien à craindre : mon espérance fut trompée.
J'étais déjà à fort peu de distance du village, quand tout-à-coup, de derrière une grange, sortirent brusquement deux cavaliers français , qui me crièrent : Arrête ! Impossible de leur échapper, et rien pour me défendre; je dus m'y prendre d'autre sorte afin de leur échapper. Je galopai droit à eux, je leur dis que j'étais un officier français se délivrant de captivité sous ce costume, et je leur intimai l'ordre de me guider vers leur chef. Ces cavaliers se trouvant être des Westphaliens, je nie mis à causer avec eux en allemand, ce qui leur fit plaisir, et ils m'apprirent qu'il se trouvait là un régiment entier en fourrageurs, et quatre canons d'artillerie à cheval , vu que tous les petits détachemens se perdaient eu s'aventurant, exterminés par les paysans russes. Une des vedettes se chargea de me conduire au colonel, bon Allemand, qui se réjouit avec moi de ma prétendue délivrance. A Wilna et à Yitebsk , j'avais appris les noms de
plusieurs généraux français, colonels et officiers de Pétat-major; j'adressai au colonel une foule de questions sur eux. Làdessus, il me proposa un de ses uniformes, mais je lui dis que je tenais à mon caftan russe, qui allait bien divertir mes camarades. Après quelques heures ainsi passées, nous nous mîmes en marche avec une quantité de chariots chargés de butin. Je visais à avoir une selle et un sabre ; on prévint ma demande. Mes douleurs de tête avaient disparu. Chose singulière! depuis la veille de la bataille de Borodino , je n'avais eu qu'un moment de gaieté et de repos; de repos chez des hérétiques et de gaieté parmi des Westphaliens, ennemis de mon malheureux pays : c'est que j'avaÎ6 besoin de rire; j'étais sûr de ma liberté, et les officiers Westphaliens me semblaient être de très bonne composition. Nous marchâmes tout le jour; les paysans évacuaient les villages à notre approche, n'étant point assez forts pour se jouer à un régiment. À la nuit, nous fîmes halte dans un bourg, dont plusieurs habitans, qui n'étaient point parvenus à fuir, furent retenus parles soldats. Le colonel sar;
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rê ta chez le prêtre et m'invita à demeurer ^avecluL Je trouvai l'occasion de causer avec Jeprêtre,<jui promit de m aider à fuir. Eaeffet„ quand tout le monde fut endormi, le fila du. prêtre, garçon dedou&e ans, me fit passer par des potagers, loin au-delà du cordon des sentinelles, et nous gagnâmes, à pied bien entendu, le village le plus voisin, situé à dix verstes de là. Afin de prévenir toute suite fâcheuse au bon prêtre, je laissai dans sa maison , pour le colonel, une lettre où je lui disais qui jetais, et l'invitais à ne point penser que qui que ce fût jû eût aidé dans ma iuite. Arrivé au village, je trouvai tous les .paysans dans une grande agitation ; les uns se retiraient dans les bois, les autres prenaient la fuite, Je Jouai un cheval et un guide , et en changeant de cheval et de guide, j'arrivai de village en village au camp de «iTaroutiiu). Je fus vertement chapitré sur ma trop longue absence, et je m'en excusai de oiob mieux sur la nécessité de guérir ma blessure et de refaire ma santé dérangée, ce qui au fond était vrai»
- Quiconque s'est trouvé au camp de Ta-
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ratifio, ne l'oubliera jamais. De quels «en» mens nous étions alors tourmentés! couoitant une bataille, murmurant contre otrechef, l'accusant d'inaction, détenteur, tjpensant q ue no us avions immolé tout Jem» ire en holocauste en livrant Moscou sans ombat. Bien peu prévoyaient une heureuse >sue, encore moins entrevoyaient lescombilaisons du grand général. Presque touspenaient que nous ne songions qu'à notre sûeté en formant le camp de Taroutino^ tfotre chef seul était convaincu d'avoir tout >réparé pour la ruine prochaine de 1 enlemi le plus redoutable qu'eut jamais au» yun peuple. En réunissant les troupes à Taroutino, Koutoûzof avait dit aux généraux jui l'entouraient : • Nous ne ferons plus un teul pas en arrière; c'est ici que nous mourrons , ou c'est d'ici que nous allons marcher en avant.»
Le cours de la Nara nous offrait une bonne ligne de défense; deux rivières qui viennent s'y jeter couvraient nos flancs; et en généraLIa position était parfaitement choisie. Le quartier- général était au village Letachefka, à quatre verstes du camp, et
c'est dans cette bourgade que vivaft Koutoûzof.
Le lendemain démon arrivée, nous étions assis au camp, près d'un bivouac, et nous attendions que l'eau de la théière bouillît. Le prince arriva à l'improviste. Je ne l'avais vu qu'une fois lors de notre évacuation de Moscou, et il était en équipage. Je me précipitai pour le considérer à loisir. II était monté sur un superbe coursier, et vêtu d'un surtout militaire, casquette, épaulettes, écharpe en bandoulière. Koutoûzof,à l'âge de soixante-huit ans, me parut ingambe et vigoureux; il était un peu cambré, et se courbait un peu en avant par habitude, en agitant un fouet de kosaque appelé nagaïka. Il regardait gaiement les feux. Un kosaque le suivait, portant un petit banc de bois qui lui servait, soit à monter à cheval , soit à en descendre. Quelquefois il s'asseyait sur ce banc dans les temps de marche ou dans la poussière des batailles, car il était faible sur ses jambes et ne pouvait rester long-temps à cheval. Ayant remarqué à notre feu une foule d'officiers, il descep dit de cheval, s'approcha et se chauffe
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en croisant ses mains en derrière le do£.
Après avoir, causé avec leçolonel sur l'état dû régiment, sur les subsistances, et autres choses semblables, il s'adressa aux officiers : » N'est-il pas vrai, messieurs,qu'il est bien désagréable , bien fâcheux pour nous d'être. ici 9 n'est-il pas vrai? >Les officiers gardèrent le silence. « Mais les Français triomphent à Moscou, n'est-il pas vrai?» Personne ne répondit. • Ecoutez, messieurs, une petite fable. Kosaque, mets ici mon banc, que je m'asseoie. Messieurs, vous connaissez, tous Krylof; eh bien ! cette fable est de lui, et elle n'a point encore paru. Alors il se mit à lire la fable où notre incomparable poète représente un loup fourvoyé parmi les chenils d'une meute et proposant la paix aux gens armés qui accourent. Quand le prince en fut à ces vers :
Non pas , roisin , répondit un pîqueur , Ta fourrure est épaisse et fauve, M a tête est grise et presque chaure, *E| de nos frères-loups je connais trop le cœur... (a).
Ici le prince d'une main leva sa casquette
(•) Voici la fable elle-même, telle que l'a reproduite en frtn-
etf de Hanta» sosie va ses cheveux blancs; en regardant les officiers, et répétant: Mm tête e$kgrim< et presque, ckutme. Nous con^ primer le sens, delà fable^ nous sentîmes la justesse, de l'iappli cation q ue s'eu faisait notre: illustre* chef; aussitôt notre." abatte-
çaif M. Masdet, versificateur peu éléfcant , maïs traducteur scrapakm et fidèle des fobfcs de.M: Hrylef : ( 8k-P. , i8s& 1b-c>aji*49.)