LE LOUP FOURVOYÉ
Rodant la nuit , un loup dans une bergerie Gfoyait s'être gn'ssé; mais son étourderie D'usé- meule l'avait approché par erreur* . Dans la loge des chiens s'élève une rameur Qui fait mettre sur pied la chasse tout entière. Sentant le loup, lesehieos de leur ardeur guerrière Font retentir l'enclos , y portent la terreur.
Au voleur! au loup! camarades, Vbnt criant les valets.
Tout est*n l'air , on ferme et portes et guichets ;
Cétait la nuit des barricades, Un véritable enfer. L'un s'arme d'un gourdin , Ua autre d'un fusil. —Vite de la lumière 1 On se hâte, on revient» on en apporte enfin. Que voit-on ? notre loup blotti sur le derrière , Se serrant dans un coin t le poil tout hérissé , Et menaçant des dents; ses yeux, brillant dégage, Pour sortir du danger dont il est menacé, Semblaient dire : Voyons; mort à tous l mont! carnage! Mais , voyant qu'il n'est pas en face de brebis»
Qu'il /fallait .à- la fin répondrai
Des forfaits qu'il avait commis, Se*,jtjuoiirop.ai*ément oapeoTtiilêcajrfondr»,.
PlïrttE TTAttOVITCH. <Jf*
Ifetit fit place à1 la joie la plus vive. Ite truiCé', content de voir que la' fable avaitf ktoduit son' effet', ajouta : « Messieurs, rtbûsf ShttOttsv tons également la Russie, tous rickis5 ftttitiifes prêts à sacrifier notre vie pour jjfe; mais' sur moi pèse une grande respôu-
Le matois voulut composer:
Eh , mes amis ! dit-il , à quoi bon cette esclandre?
Veuillez un seul instant m'entendre :
Comme ancien* allié , je viens tous proposer * La paix ; mais d'un cartel je n'ai pas la pensée.
Non seulement jamais troupeau Cfae* tous dorénavant n'aura plus à se plaindre
De mon appétit carnassier, Mais en moi vos brebis auront un chevalier , Qui , pour 'les protéger , sauta se faire craindre. le jure, foi de loup, que j "... Mais un piqueur,
L'interrompant d'un air moqueur, — Écoule donc , voisin , dit-il , si d'un poil fauve
partie nature t'a pourvu , Tu voit que je grisonne et suis même un peu chauve; Ainsi l'instinct des loups doit m'êlre bien connu; Jamais donc avec eux je ne finis la' guerre
Qu'après avoir conquis leurs peaux.
Et notre chasseur, à ces mots, Vous lâche contre lui' la meute tout entière.
M. Krylof , en 1811 , écrivit cette fable, et là communiqua en k anuscrit à l'épouse du prince Koutoûzof , qui l'envoya à son* ari ; plus tard , elle dit à l'auteur que sa Table arait été lue aux f6riatt]>ar le prince ImMûème. Ce* 11% fat pasy il estfvhit', au «np drTaroutino qu'eut lieu cette lecture"; mais le romanaer- KwTde^soii droit* en mettant l'aventure où bon lui a semblé6.
9 a PJETHE IVAKOVITCH.
sabilité devant le souverain, la patrie et, le monde entier ! Remettez* vous de tout; à Dieu. Il me montrera la voie de salut du pays. » Dans notre enthousiasme, nous baisâmes les mains du vieillard, qui, après nous avoir rendu nos baisers et s'être calmé, nous dit :
— J'ai appris qu'un officier de votre régiment a conversé avec Napoléon après la bataille de Borodino, qu'il a été par lui mis en liberté, et qu'ensuite il a pénétré dans Moscou et a vu l'armée française. N'est-ce pas l'un de vous ?
. Je m'avançai, et racontai au prince tout ce qui m'était arrivé, hors les choses qui ne concernaient que moi seul. Satisfait de mon récit : — Les Français, dit-il, creusent eux-mêmes leur tombe à Moscou. Ce que j'ai prédit s'accomplit à la lettre. Je connais depuis long- temps Roussakof, et je l'embrasserai avec grand plaisir.
Roussakof, à ces paroles de Vyjighine, essuya des larmes délicieuses qui lui coulaient des yeux.
— En effet , dit-il , j'ai vu le prince aprèsla victoire de Malo-Iaroslavetz', et aujour-
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d'hui mon unique consolation est d'aller pleurer sur sa tombe. Je ne suis pas de ceux qui doutaient qu'il sauvât la Russie.
— Maintenant, je n'ai plus rien à vous raconter, reprit Vyjighine. J'ai fait avec mon régiment toutes les campagnes de 1 8 1 a à i8i5, vous savez que j'ai été blessé d'une balle à la jambe , qu'un boulet m'a fait une contusion à l'épaule, .enfin, j'ai vécu assez pour voir le triomphe de mon pays. Voilà tout.
— Racontez-nous au moins comment vous avez retrouvé Adolphe Morikonsky, votre libérateur, ce digne jeune homme qui méritait un meilleur sort.
— Il m'est pénible d'y songer, dit Pétre. Depuis la Bérésina, il n'était plus d'armée française; nous poussions devant nous des bandes d'hommes affamés, sans forces et sans armes. Me trouvant à lavant-garde, je marchais avec un gros de soldats par une route de traverse. A la sortie d'un bois, je vis une vingtaine de ces malheureux, qui, après avoir dételé le cheval d'un traîneau , égorgeaient l'animal, et , comme des bêles fauves, en déchiraient les membres , en
gO PETJRE 1VANOYITGH. -
ture dont les circonstances toucha peut-être auront consolé son ombre.
Pétre n'était plus en état de répond aucune question ; les sanglots le privi de la parole à ces souvenirs déchirans.