‹ Pétre Ivanovitch, suite du Gilblas russeChapitre 57 sur 67 · P8TRE IVANOVITCH · texte numérisé non relu

P8TRE IVANOVITCH

yante de dénonciations, qu'il sait rédiger si habilement qu'il déroute à son gré l'homme le plus innocent... c'est un homme d'or. C'est peu d'être habile, mais il est fidèle , bien entendu, pourvu qu'on ne perde pas de vue le bout de ses doigts, et qu'on le tienne dans des

v mitaines de peau de hérisson. Le coursier le mieux dressé n'est docile qu'à la main d'un cavalier habile. S'il n'y a pas de serrurea ux portes, c'est qu'il n'y a rien de bon à con» server au logis. Confier et se fier sont deux choses bien différentes9. La probité est une qualité si précieuse, que nous devons veiller sans cesse à ce qu'elle ne puisse s'altérer dans autrui. Ayez présentes à la mémoire ces paroles : Seigneur, ne nous induisez pa$ à la tentation.

— Comte , tout notre espoir est en vous , dit la princesse.

— Et qui est donc cet homme inappréciable? un employé? demanda le prince.

— Non, ce n'est jusqu'à présent que mon serf. Vous connaissez mon Fedka'0, à qui j'ai donné un sobriquet fort juste en l'appelant Koupaef", car il mord somm *n dçgwe,

— Rouçaëf , justement l'ami , le compère 4* H

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.. — Depuis quelque temps, depuis que certaines personnes se sont mises à fréquenter ma maison, la princesse n'est plâsr eeonnaissable ; elle commence à me traiter de telle sorte, qu'à lafinye...

- — Eh bien! achevez donc que vou$,

voyons , dites ce que vous ayez projet de faire, repartit la princesse irritée au plus haut point et se contenant à peine. Ai-je assez souffert ! ai-je eu assez de chagrins ! Et il ose encore me faire des reproches !

— Quoi ! c'est vous qui avez souffert ?... •de ma part ? moi, je vous ai donné des .chagrins, princesse? Quand? comment?

dit le prince d'un son de voix douloureux.

— Ce que j'ai souffert, moi seule puis le savoir, répondit la princesse; mais tout le monde sait fort bien que vous avez pensé ;mc réduire à la plus affreuse misère par votre négligence de tous nos intérêts.

— Çà, dit le comte avec impatience, parlerons-nous du procès?

— Vous n'étiez pas ici, comte, lorsque le prince m'amena pour une consultation trois dégoûtans suppôts de chicane appelés Gorkovnikof, Gadine et Bralkévitch.L'un,

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par malheur, sachant assez bien le français , me persuada trop aisément que si je voulais tenir bon, la succession me resterait. Il parlait avec chaleur ; il promit de faire mettre au néant la requête de ma partie adverse, pourvu que je consentisse à sacrifier une cinquantaine de mille roubles d'avance pour les frais : ce diable d'homme me présentait la chose sous un tel point de vue que je ne doutai point du succès. Un autre me donna pour procureur un certain Kepké~ vitch, qui chaque jour venait me saluer, et m'apportait d'excellentes nouvelles , qu'il' fallait payer argent comptant. Voilà comme j'ai été dupée! Aujourd'hui, de toutes parts, j'entends dire que l'affaire prend le plus mauvais tour , que le prince Ingrysky favorise mon adverse partie , et que vous-même, comte , vous , notre ancien ami , vous voyez cette affaire sous un point de vue hostile ! Suis-je assez malheureuse ! mes parens, mes propres parens se renferment dans une sorte de neutralité, en voyant que le prince Ingrysky et vous me condamnez. Que me reste-t-il à faire? comment me tirer de là? Je

twrobteque ia méchanceté «e Remisse «Ja pureté de ma réputation.

— Ti>wt ce que vous tmt conseillé les geos de loi, ou suppôts de chiaane, comme vous les appelée , est dans l'ordre des.ohoses», et sien ici dont nous puissions nous étonner. Quantau procès en Lui-même, il peut encore être terminé à l'amiable. La colonelle Iaroslavsfey et son oncle le Français sont résignés à de grands sacrifices; ils ont en moi pleine confiance , et ils m'ont prié de mettre fin à ce fâcheux procès par les moyens les plus txpéditifs.

-*■* Soyez donc rnotre médiateur, dit la princesse, et surtout sauvez, sauvez ma réputation.

— Je pallierai , je concilierai tout. Je ferai tomber l'odieux de la chose sur les hommes de loi , sur les procureurs, et , au moyen de petites concessions de part et d'autre, vous verrez, je .vous: en réponds , surgir la paix.,. Seulement, il faut que j'aie vos pleins pounoirs , revèfcus <le& formes -authentiques.

~—rFaites écrire cela chez le notaire, et je signerai ce qu'il faudra, dit la pria* cesse.

«ente 'rwucr? rtcn. ~nt]

~— 4$ft€&re mine 'petite txmtfitîorn, x'ett «de '^rons **écoîicîlter ^suf^-champ avec'te y HKte^^ncm *ami ; -f^t vons;pnnce;de payftflê ^iens; <Vyjighine. JIl peut cri encontre vous , aeela> n'est pas bien; ri a-perdu la lettre 'de uîhat¥ge,à (a bonne betrre! mais il a dans les mains une garantie, une lettre autographe de moi, qui peut me compromettre.

— J*y consens, et dans une heure il aura une nouvelle lettre de change , dit le prince.

— Non pas; c'est de l'argent qu'il lui faut.

— N'est-pas la même chose ?

— Non, vous dis-je; tout à l'heure encore, tous disiez qu'une lettre de change n'est <jue du papier.

— Bien! ces jours-ci je compte faire un emprunt sur ma terre d« Sibérie.

— Encore le vieux refrain! dit la princesse.

— Eh! que voulez- vous donc que je fasse, madame? Je ne bats point monnaie , et je ne sais qu'une seule manière d'avoir de l'argent, c'est d'en emprunter.

Le comte réconcilia les deux époux ; la

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princesse tendit. la main, le prince baisa cette main, et sortît du salon pour accompagner spn ami, après quoi il rentra dans son cabinet pour donner un congé en forme aux gens de loi qui l'y attendaient depuis plus de deux heures, dans la compagnie d'un valet.

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