‹ Pétre Ivanovitch, suite du Gilblas russeChapitre 61 sur 67 · LUNE DES TYROLIENNES · texte numérisé non relu

LUNE DES TYROLIENNES

Eh bien ! vous le voyez , comtesse , ma prédiction se réalise ; il est à vous.

l'autre.

Moi-même, je ne puis comprendre comment la chose est arrivée, ni encore moins le peu d'effet qu'elle a sur moi. En lui seul était tout mon bonheur 9 je ne vivais que de. mon amour pour lui ; voilà enfin tous mes désirs accomplis; il va devenir mon époux, il m'a fait des sermens d'amour... eh bien ! je retombe malgré moi dans mes chagrins, et ne puis nullement me persua-

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der. qu'enfin je sois réellement heureuse. Expliquez-moi ce phénomène de mon triste coeur; ne serait-ce point le pressentiment de quelque chose de fâcheux? .

■ <-*- Votre imagination s'est faite à des images sotubres ; elle ne peut sitôt encore vous offrir exclusivement des objets agréables. Que votre cœur ne s'affecte point de cela; vous êtes heureuse, et si vous perdez votre titre de comtesse, vous gagnez en échange un mari qui vaut, certes, bien tel comte ou prince que ce soit; esprit, raison, bonté , .sagesse , beauté, caractère loyal, cou» rage chevaleresque et noble fierté, rien ne lui manque. Comtesse , il est peu d'hommes qui vaillent votre futur époux.

— À"h! si j'étais sûre qu'il eût pour moi plus que de l'amitié !

, — Est-il possible que vous en doutiez encore? S'il ne vous aimait avec ardeur, aurait-il demandé votre main? Vous savez bien , comtesse , qu'il n'est pas homme à rechercher la fortune. Et peut-on d'ailleurs vous aimer à demi ? Vous êtes trop modeste, comtesse, pour vous flatter; mais, moi, je sais comme tous les hommes parlent de 4. 16

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wos; ils ne tarissant pawfcstir vos charmer

—Que me fantles éloges des indifférées?

Àhl s'il pouvait m'aimer, hiii m'aÛNT comme il a aimé sa Xisel

— Vous faites là. un rapprochement offensant, injurieux pour vous-même..»

—Je crains que ce ne soit entre eux qu'a* dépit amoureux. Dans ce cas, mon hymen, au lieu d'une victime , en ferait trois, lui , Elisabeth , et moi.

— Vous ne cessez de parler de cette Lise.

— Parce que je suis persuadée qu'elle règne en dépit de lui dans son cœur. Je vous ai déjà dit quelle idée invariable je me suis faite du véritable amour. Il me paraît impossible qu'il ait oublié si soudainement une femme qu'il a aimée avec tant de passion. Ce n'est pas dans son caractère. Depuis le jour où j'ai lié connaissance avec lui, il ne m'avait parlé de rien , n'avait pensé à rien autre chose avec moi que de son amour pour Lise, et tout-à-coup il l'aurait oubliée! Non , c'est la chose impossible ! Je me re~ pens presque d'avoir si légèrement consenti à lui donner ma main. Le sentiment obscurcissait en moi k raison J

^.Yotift von* donnez k vous- même U tortM*» val» inventez contre vous des peines-» des fantômes...

-—Plus je réfléchis, plus j'acquiers la conlâetien qu'il n'a point cessé d'aimer sa Lise! j'irai plus loin : sachez que ma conscience, n'est pas tranquille. Tout ce que l'on débite en cent lieux sur le compte de. Lise me paraît invraisemblable , et porte en soi le cachet odieux de la fausseté, de la malice et de la calomnie. Il ne peut être que cette Lise, qu'il m'a dépeinte si simple de mœurs et si pure de cœur, soit devenue tout-àcoup une infâme. J'ai envie de faire une suite de recherches. ...

En ce moment, quelques masques entrèrent dans le bosquet. Les Tyroliennes se levèrent et passèrent dans une autre salle. Quelques instans après , et dans le même bosquet, s'assit sur le sofa un pèlerin qui, appuyé sur son long bâton , s'enfonça dans une rêverie solitaire. Il semblait ne point remarquer le. mouvement, ne point entendre le bruit, ni les sons de la musique; *\ iWtaît immobile comme une statue.

Le prince, Ptetchi^teosky^euL uxûfprjpç.et

l8S PHTRE IVAWOVITCH.

en domino bordé de blonde, passait rapidement de chambre en chambre, regardant de tous côtés. Ayant aperçu le pèlerin , il vint s'asseoir près de lui dans le bosquet.

— Àh ça ! frère d'armes, es-tu fou ! Je te vois tellement pénétré de ton rôle d'ermite ou de pèlerin, que tu fuis décidément les lieux où les hommes s'assemblent. Ta mélancolie me fait mal, vois-tu. Si j'étais dans ta situation actuelle , je regarderais le monde comme le ciel ouvert; tu vas posséder une si admirable divinité que, chez les anciens Grecs, on lui eût érigé des autels entre ceux de Vesta et de Cypris. Profane! tu es déjà sous le péristyle du temple de la félicité, et tu oses garder des soucis, de l'humeur, et que sais-je! Ma foi, mon bon ami, j'en suis bien affligé, mais je finirai par te croire atteint d'hypocondrie.

•—Je t'ai prié, répondit le pèlerin, de ne me point rappeler ce que tu appelles mon bonheur. Que je puisse vivre du moins quelques jours encore dans le monde des illusions!

— Mais, dans cette région-là, je doute que tu rencontres aussi bien que ce qui va

PETRE IVÀtfOVITCH. . \&Q

être. à. toi bientôt sur notre pauvre planète, que tu as l'air de prendre en pitié.

J'ai ma manière de concevoir le bonheur.

— Tu es une pierre, un glaçon, et non. pas un homme! repartit le prince en frappant sur l'épaule du pèlerin.

— Oh ! je serais charmé que mon cœur déchiré se métamorphosât en une pierre!

Mais, par malheur,il est fait d'une substance ignée.

- — Eh bien, moi, frère, j'ai un cœur d'amiante; il s'échauffe souvent, souvent; mais il ne brûle point, ne se consume point, même dans le feu le plus vif: y es-tu? Mon cœur, cher camarade, serait une curiosité d'un grand rapport dans les mains de quel» que habile saltimbanque.

- — Tu es un heureux gaillard , je le saifr, dit le pèlerin.

— J ai plus de raisons de te porter envie que toi à moi. Tu es aimé d'une femme dont la beauté fait tourner toutes les têtes. et moi, on veut me faire remorquer ur trésor si peu de mon goût que je m'élapr cerais, pour le fuiiy seul coptrfc, une rç-*

if* MEME ivàhovmn».

doute ennemie vomissant boulet» et mitraille.

— Que s'ènsuît-il, mon cher écervèlë?

que tu resteras garçon. Mais moi , à Ta veille de contracter un engagement stoFennel , songe que je ne puis me faire à l'idée de me séparer de Lise pour fa vie. Je me tourmente , je me consume en vain : eh bien , gronde-moï ; je l'aime !

— N'as-tu pas honte?

— Je l'aime , te dis- je , et ne puis cesser de l'aimer ; elle est toujours présente à mes yeux. Je ne crains pas de l'avouer à un ami intime ; sache que toute la vie je serai malheureux sans elle. Cet amour est enraciné, replié autour de mon âme. Sais-tu ce qui m'a jeté dans mon affaissement tout à l'heure? deux, trois masques, dont le port et la taille l'offraient encore ^ mes regards distraits y et j'ai pensé m'ouhlier...

— Dieu te soit en aide, cher ami ! Je te plains de tout mon cœur. Mais oublie , au moins pour un moment, ton amour four* y&jè; je veux que tu te réjouisses un peu en ce grand jour oè je a«is né;

SrafeàMCoup un léger bruit se fit enten* <be derrière la cloison de glaces , et de l'<é» tfcoit eeuiotr situé entre le bosquet et la pe* Mi ch* fond sortirent deux masques, deux iommesy Tune en domino rose, l'autre en dommo vert. Elles s'arrêtèrent. Le domino vnrt invita le pèlerin à le suivre.

— - Bonne fortune ! dit le prince bas au pèlerin ; ne sois pas ours r et vivent les dames !

Le pèlerin se laissa conduire.

En ce moment quelques officiers accoururent près du prince.

— Cher prince , dit l'un d'eux, allons vite, je vous prie ; nous avons arrangé une mazotfrque avec ces Polonaises , qui sont deux sœurs. Tu es notre quatrième avec ta Tyrolienne. Le quadrille va finir, dépêchons-

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