‹ Pétrone au Moyen Âge et dans la littérature françaiseChapitre 10 sur 25 · Cf. De Iside et Osiride, XVII · texte numérisé non relu

Cf. De Iside et Osiride, XVII

que du château de Lirias, à la suite de ces romans et de c livres de morale enjouée dont il parlée

Au nombre des écrivains de la première moitié du xvii^ siècle qui paraissent avoir prati([ué Pétrone, il faut placer Balzac. C'est même ce que lui reproche avec violence le moine feuillant André de Saint-Denys. Mais cette accusation, F.Ogier {Apologie pour M. de Balzac [1627]) la rétorque contre celui qui Ta lancée : « Tout ce que dit M. de Balzac est ingénieux et n'est pas déshonnête... Souvent ce que dit Pétrone est sale et n'est pas ingénieux... et cependant Pétrone est un des familiers du frère A*. Encolpe et Giton ne font-ils pas de belles choses dans sa cellule? Si une femme mondaine entre dans un couvent, on le purifie, et peu s'en faut qu'on n'y mette le feu pour le nettoyer; et néanmoins, notre moine ne laisse pas de garder curieusement au milieu des siens toutes les ordures de l'antiquité, et de receler dans une maison religieuse des gens qui doivent être brûlés dans les républiques bien policées. )) Mais, malgré les protestations de F. Ogier, il y a dans Balzac plusieurs passages où se retrouvent des souvenirs de Pétrone. Ainsi il lui emprunte (Lettres, I, 174) cette expression {Sat., ch. 4) : « cruda adhuc indigestaquestudia)), pour la traduire ainsi : ce la crudité et l'indigestion de leurs lectures. » On peut croire également à une réminiscence de Pétrone chez Balzac dans le passage suivant (L. m, lettre XVI à Chrysolite) : « Elle est née des péchez de sa mère, et jamais virginité ne dura moins que la sienne. Elle en a perdu le souvenir ; mais ceux de son temps assurent que la première fois qu'elle sortit du logis, elle trouva au retour ses gants et son p à dire^ »

1, La seule réminiscence possible de Pétrone qu'on pourrait imaginer dans Gil Blas est celle-ci (L, VU, cli. 9) : « Voici un élixir que j'ai composé Ce matin du suc de « certaines plantes distillées à l'alambic ; car j'ai employé presque toute ma vie, « comme Démocrite, à trouver les propriétés des simples et des minéraux. » Cf. Pétrone, ch. 88 : « Itaque herbarum omnium sucos Democritus expressit, et ne lapidum « virgultorumque vis lateret, selalem inter expérimenta consumpsit. » Mais Le Sage a pu trouver ailleurs cette citation, ou se souvenir d'un texie, quelque peu différent, de Diogène Laërce.

2. Cf. Pétrone, ch. 25 : « Junouem meam iratam habeam, si unquamme meminerim virginem fuisse. Nam et infaos cum paribus inclinata sum, etc. »

Dans sa Dissertation critique, pour se jouer de Térudit Costar', Balzac a inséré des fragments de sa pièce célèbre : Indifjiiatio in poetas Neroniimorum tef7iporum% qu'il atti'ibuait à Turnus, et que les Allemands ont plus d'une fois réimprimée comme authenti(iue. T^lle est dédiée au duc de Montausier, grand ami de Bnssy, et probablement lecteur de Pétrone^ lui aussi. Plusieurs des vers cités sont imités de Pétrone :

Usque adoo maculas ardent in fronte récentes Ilesteruique Getas vincla et vestigia flagri !

Cf. Pétrone, ch. 126.

Il ajoute: « KUes (les Muses qui se prostituent à des valets) m'ont fait souvenir de ces autres Dames du mesme temps, que vous avez veiies en un mauvais lieu^ et qui doivent craindre le commissaire du quartier; je veux dire dans le Satyrique de Pétrone : quœ vestir/ia flagtvnmi osculabantur, qum complexus suos, si ma mémoire ne me trompe, mittebant in crucem, et in extrema plèbe quœrebant etiam quod amarent. » Et dans la môme dissertation (ch. V, p. 614) : a S'il (l'orateur de Poitou que vous connoissez) entendoit le latin, il adresseroit à la nouvelle Carmélite ces i)aroles de Pétrone : Quld proderit hoc tibi, si te vivam sepelieris; si, anteqitam fata poscant , indemnatum spiritum e/fuderis f » Faut-il enfin, avec F. Ogier lui-même^, voir une réminiscence de Pétrone dans la phrase suivante : « Je te prie donc de ne m'en battre point les oreilles à ton arrivée, et de ne retourner pas mon ennemi pour me faire la guerre avec ces grandes paroles. » (Balzac.) Cela est imité de Pétrone: a Enormis loqicacifas. Petronius in Satyrico. » Le souvenir, en tout cas, serait bien vague et bien peu caractérisé.

Enfin, Balzac nommeencore Pétrone dans son Aristippc (édit.

1. Disserlalions critiques à M. Cosfar, Œuvres, t. II (1G65), cli. IV, p. 613.

Page 1