‹ Pétrone au Moyen Âge et dans la littérature françaiseChapitre 9 sur 25 · V. 7J et suivants · texte numérisé non relu

V. 7J et suivants

Hé quoy ! là-haut au Ciel mets-tu les armes bas, Amoureux Jupiter, que ne viens-tu çà bas Jouir d'une beauté sur les autres aimable ! Assez de tes amours n'a caqueté la fable. C'est ores que tu dois, en amour vif et prompt, Te mettre encore un coup les armes sur le front; Cacher ta déité dessous un blanc plumage ;

et te répandre encor,

Alambiqué d'amour, en grosses gouttes d'or.

La Satire XI nous offre encore un souvenir d'un des passages les plus risqués du même épisode (v. 229 et suivants) :

Polyenne pour lors me vint en la pensée.

Qui sceut que vaut la femme en amour oflFensée,

Lorsque par impuissance, ou par mespris la nuict.

On fausse compagnie, ou qu'on manque au desduict, etc.

Jeanne, non moins que Cirée, entre ses dents murmure. Sinon tant de vengeance, au moins autant d'injure.

Pendant la première moitié du xvif siècle, on lit Pétrone, bien qu'on ne Timite guère. Il commence à être goûté des beaux esprits qui retrouvent en lui la délicatesse d'un écrivain qui a vécu à la cour. L'identification de l'auteur du Satiricon avec le roi de la mode {arbiter elegantiarum) dont parle Tacite, est alors adoptée universellement.

En 1607, Daniel Heinsius peut déjà écrire : a. Plautus aut Petronius œtatem occupant. » Ad lectorcm (Maximi Tyri Dissert.).

Un des auteurs qui ont le plus certainement imité vers cette époque la composition et le style du Satiricon est Jean Barclay dans son Euphormion (1603) et dans son Argeîu's (16*21), romans satiri(|ues sous forme de Ménippée. On n'ebt pas peu surpris, en lisant le plan d'études tracé par Lucretius {Euphormion, pars I, cap. 50), de voir figurer Pétrone au nombre des

auteurs que rndolescent pourra liro avec profit : « Mox in omnes passim auctores evagetur licentius liberum studium ; nec Petroniiim, Livium^ Sallustium, Ca3sarem, Terentiura, Curtium pudeat miscuisse Ciceronianœ dictioni. » Maint passage de VEiiphormion prouve une étude approfondie du style de Pétrone *.

Le continuateur de Barclay, le Dijonnais Morisot, puise aussi dans le Satiricon et le commente en des pages très libres et très audacieuses^. Il suppose qu'un élève des Acigniens(Ignaciens, Jésuites) révèle naïvement que Pétrone est l'auteur qu'on lit maintenant dans leurs écoles à la place d'Aristote. On devine quelles mœurs peuvent être enseignées par un tel précepteur. L'accusation est formulée sans réticence ; tout le morceau est d'une ironie violente. Pascal, s'il l'a connue, n'a dûlirequ'avec répugnance cette Provinciale graveleuse.

On rencontre aussi quelques réminiscences de Pétrone dans le conte latin du poète Théophile de Viau, intitulé : Larissa. Cf. les Œuvres de Théophile, édition de 1638, p. 321 : c( Igitur postero die cœpi pudorem pueri soUicitare, etc. » Cf. Pétrone, ch. 85-87 \

Pétrone étant au xvii^ siècle considéré comme un satirique, nous ne devons pas être surpris que les romanciers de ce temps ne lui aient rien emprunté. Et pourtant quelques-unes de leurs œuvres offrent des situations analogues à celles du Satiricon et s'en rapprochent au moins par certaines tendances réalistes. Telle la Vraie histoire comique de Francion (16*23), par Charles Sorel, dont le héros n'est pas d'une moralité bien supérieure à

1. V. par exemple, Parsl, cap. XX : « Pueri his magistris usi nihil aliud discebanf qnam non sapere. » Pars I, cap. V : « Sed neque le secretiori veritatis parte fraudabo, etc. »

La peinture d'i repas offert par Trifartitus à Euphormion (Pars II, cap. XXIX) reproduit plusieurs des incidents et des expressions qui se lisent dans le récit du festin de TrimalchioQ.

2. Morisot est l'auteur de la V^ partie de V Euphormion, Alelophili Lacrymœ, publiée pour la première fois dans l'édition de Rouen de 1628, en même temps que VApologia pro se et VIcon animorum.

3. Sainte-Beuve [Causeries du lundi, t. 3, p. 372) nous apprend que, dans l'extrême vieillesse, Bussy s amusait à traduire ce petit conte libertin.

celle d'Kncolpe. L'apologie que présente Sorel fait songer à celle que l'on lit chez Pétrone (ch. 132). Comme Pétrone, il fait parler à ses personnages la langue populaire, le sermoplebeius de son temps, a N'est-il pas vrai, dit-il, que c'est une très agréable et très utile chose que le style comique et satirique? L'on y voit toutes les choses dans leur naïveté. Toutes les actions y paraissent sans dissimulation. . . Que si l'on est curieux du langage, comme en effet on le doit être, oii le peut-on considérer mieux qu'ici? Je pense que dedans ce livre on pourra trouver la langue française tout entière, et que je n'ai point oublié les mots dont use le vulgaire\ » Mais nulle part Sorel ne nomme Pétrone et rien n'indique qu'il l'ait lu. On ne saurait en effet considérer comme une allusion directe au squelette du festin de ïrinialchion la phrase où il est question d'une coutume des Egyptiens : « N'avez- vous pas ouï dire que les Egyptiens mettoient autrefois en leurs festins une carcasse de mort sur la table, afin que songeant que possible le lendemain ne seroient-ils plus en vie, ils s'efforçassent d'employer le temps le mieux qu'il seroit possible^? » Ce fait est dans Plutarque [Banquet des Sept Sages, 11)^. Nous ne trouvons pas non plus trace de la lecture de Pétrone dans le Roman comique, de Scarron (1651), dans le Roman bourgeois ^ de Furetière (1666), dans les Aventures burlesques, de d'Assoucy (1677), récit môle de vers, de dissertations paradoxales, autobiographie d'un bohêmecomme Encolpe, et de qui les mœurs aussi ont été suspectées.

Ajoutons tout de suite que Gil Blas et Guzman d' Alfarache n'empruntent rien non plus au Satiricon. On a plus d'une fois comparé les héros de Le Sage à celui de Pétrone. Guzman surtout, voleur, débauché, sans scrupules d'aucune sorte, est bien de la famille d' Encolpe. Mais Le Sage ne paraît pas avoir lu Pétrone, et en tout cas ne le fait pas figurer dans la bibliothè-

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