Op. cit., p
tiition était des plus importantes, aussi tit-elle grand bruitdans le monde littéraire. y> — (( Dès qu'on eut publié en Italie, en 1()64, le fragment de Pétrone, écrit Basnage, il s'éleva une espèce de guerre civile dans la république des lettres, ponr les droits et les prétentions de ce fragment : les nns conteôtèrent son adoption, les autres tâchèrent de la lui assurer. [Ouvr. des savants, nov. 1692.) Pendant que J. Mentel s'occupait de réditer à Paris, on voit, dans la correspondance de Gui Patin, à quel haut degré ce projet de publication piquait la curiosité des amis des lettres. »
Gui Patin était en effet un grand admirateur de Pétrone. Il écrivait, le 12 septembre 166.4, àPalconet: «Le fragment de Pétrone n'est point encore achevé», et le 17 octobre 1664 : (( Il y a quatre mois que le fragment trouvé en Dalmatie et imprimé à Padoue est entre les mains de l'imprimeur des Jésuites, qui l'a enfin imprimé; mais il s'est avisé d'en avoir
un privilège. J'ai peur que cela nous tienne encore longtemps, et ne nous empêche de lire une chose si curieuse, et même je ne sais si M. le Chancelier en voudra donner un privilège, se laissant épouvanter par ce nom de Pétrone, qui a dit tant de bons mots en sa vie. »
A diverses reprises, dans sa correspondance, Gui Patin proteste contre la cagoterie du siècle présent qui est un obstacle à l'impression du Pétrone de J.-P. Lotichius (Lettre à Spon, 7 février 1648; t. I, p. 374 |J.-B. Baillière, 1846], et Lettre à M. de Tournes, marchand libraire, 1" avril 1657, t. I, p. 263) : <( Il avoit eu le dessein de le faire réimprimer ici avec toutes ses augmentations in-folio; mais je répondis qu'il étoit impossible, y ayant ici trop de moines, de jésuites et autres gens ennemis des belles-lettres, qui croiroient avoir gagné les pardons s'ils avoient empêché une telle impression. »
Plus d'une fois aussi. Gui Patin cite Pétrone (Lettre à Ch. Spon, du 18 novembre 1650, t. I, p. 59) :
Curia veiialis, venalis curia patrum. (Ch. 119.)
Au môme (lettre du 23 février 16j5, t. I, p. 150):
Quid faciaut leges, ubi sola pecunia régnât' ? (Ch. 14.)
Reproduisons enfin un curieux passage d'une lettre qui nous montre (iui Patin faisant servir Pétrone à l'éducation d'un jeune homme. Le choix de l'auteur et du morceau est, on le reconnaîtra, d'une pédagogie fort aventureuse. (Lettre à Falconet,t. III, p. 126; 25 avril 1659.) «J'ai été voir M. LeSanier, qui fait tout ce qu'il peut pour votre fils et pour le faire étudier diligemment. Aujourd'hui, avant midi, il est venu étudier avec moi; je lui ai fait lire dans les lettres de Plassac^, qui étoient sur ma table par hasard, un beau cha})itre de cette bonne femme, dont le conte est si plaisant dans Pétrone : Millier quœdam Ephcsi tam notœ erat pudicitice, etc., et après qu'il l'a vu en françois, je le lui ait fait lire en latin dans Pétrone même; après, je lui ai dit qui étoit Pétrone, et que c'étoit que son livre qui nous reste, exempta dumtaxat ex watpio opère, et sa mort, que je lui ai fait lire dans les Annales de Tacite, dont il m'a prorais de lire le XV^ et le XVP livre des Annales, où il verra cette grande conspiration contre Néron, laquelle fut malheureusement découverte, la mort de Sénèque et enfin celle de Néron même^
c( Il a écrit de Petronio dans son cahier, et m'a dit qu'il étoit bien aise de savoir cette histoire de matrona illa Ephesina Je Lai averti qu'il ne la faut jamais réciter en compagnie de femmes : ne aUqua ex illis, animal natura sua superbum, serio indignetur. Voilà où nous en sommes. »
Outre Gui Patin, il faudrait citer bien d'autres érudits français qui s'intéressèrent très vivement à la publication du frag-
1. Dans une lettre du 21 septembre 1666, t. III, p. 613, il commet une erreur quand, à propos de Tauneguy Lefebvre, il écrit : « Notre conversation fui fort mêlée, mais, « comme a dit Pétrone, erudiln luxii. » Or celte expression est de Tacite qui l'applique, il est vrai, à Pétrone.