M. L. Lalanne (Correspondance de Bussy) dit en note
« Cette traduction nous a paru trop insignifiante pour être rappoxtée. »
Bussy, (Jorbinelli cite Pétrone (lettre du 11 février 1678) : <r Vus paroles, comme dit Pétrone, sont de la coulenr de vos pensées et ne sont pas plus vives ni plus fortes. Encore un mot de latin : .... tic seMcMiœ, dit Pétrone, emineant extra corpus orationls rœprcssœ, sed inlextoveHibiifi colore nileanl. » iSatirlc, cil. 117.) Il lui écrit dans une autre lettre (15 avril 1689) : «J'ai re(;u et admiré vos Epigrammesde Martial. Sans vous flatter, vous lui faites beaucoup d'honneur de l'avoir choisi pour lui prêter votre style, qu'Horace et Pétrone méritaient mieux que lui et qu'ils préféreraient assurément à celui de tout autre traducteur. » Un autre ami de Bussy, Grammont, lui adresse une lettre en vers (1*2 janvier 1696), qui commence ainsi :
Toi qui, t'étant formé la diction si pure, Fais revivre Pétrone et surpasses Voiture, Par cet air de la cour naturel et galant, Par un génie aisé, par un esprit brillant, Bussy, etc.
Citons enfin Saint-Évremond, qui, dans le portrait qu'il a tracé de Bussy, dit' : « On ne saurait mieux traduire qu'il a fait quelques endroits de Pétrone. On demeura pourtant quelque temps à reconnaître qu'il n'en était que le traducteur -. »
A coté de ces admirateurs déclarés ■^, Pétrone rencontre
1. Œuvres de M. de Sainl-Évremond. Londres, 1725, t. VII, p. 218 et suivantes.
2. Sous le titre de : Comédie galante de Monsieur de B., Cologjie, Pierre Marteau (s. d.), pet. in-12 de 34 pages, il existe uue pièce ignoble : Lo Comtesse d'Olonne, qui met en scène le comle de Gniclie atteint de la même défnill.ince qu'Encolpe, et qui est toute pleine d'obscéncs parodies du Cid et de l'hèdrc. Mais cette pièce a été allribuée sans preuve à Bussy et pnroit être bien plutôt de P. de Corneille Blessebois, connu par ses écriis soladiques et auquel conviennent aussi les iniliales de B. (V. Catalogue de la Bibl. dramatique de M. de Soleiune par le hibliopbile Jacob, 1844, t. 3, n° 3832, et Notice sur la vie et les ouvrages de P. de Corneille Blessebois, par Éd. Cléder 1857.)
3. Dans l'ouvrage obscène attribué à Cborier et qui a paru vers 1680 sous ce litre Aloisiœ Sigoœ Tolelanœ salira sotadica de arcanis amoris et veneris, sans indication do lieu, Pétrone est nonmé. Il figure à côté de f.ucilius, Varron, Boccace, Arélin, Rabelais, etc., parmi ceux avec qui Aloisia s'entretient sous un orme touffu dans les Cbanips-Élysées (Introduction). Le livre oH're d'ailleurs très peu de traces de l'imilalion de Pétrone. (V. t. II, éd. 1770. Fragmenta aliquot erotica. Elegia. Cf. Pétrone, cil. i:i2.)
aussi des critiques plus ou moins sévères qui ne condamnent pas seulement son immoralité, mais se montrent même peu indulgents pour son style. Le P. Rapin [Avertissement des Réflexions sjir la Politique d'Aristote, etc., 1674) dit que Pétrone n'a pas lui-même cette manière aisée et naturelle qu'il recommande tant aux autres : il donne les plus belles règles du monde contre l'afFectation, qu'il n'observe pas. Car il affecte jusqu'à la simplicité du style, oii il n'est pas toujours naturel. Guéret, dans le Parnasse réformé et la Guerre des auteurs (1671), fait parler Pétrone et lui fait débiter en i)articulier toute la célèbre tirade du début du Satiricon contre les déclamateurs, qu'il traduite Mais Pétrone paie cher quelques éloges; car il lui faut essuyer cette virulente apostrophe que Guéret prête à Juste Lipse ^ : « Est-ce, lui dit-il, à cause qu'on vous appelle Y Arbitre de la politesse et de l'élégance, que vous tranchez ici du maître et du réformateur? Est-ce parce que vous avez dix ou douze scoliastes qui défendent votre latin, que vous voulez abattre le portique de Zenon ? Songez plutôt que vous êtes un impie, qui profanez les Lettres par vos saletés; songez que les débauches du monstre des Empereurs et peut-être môme les vôtres, ne se lisent qu'avec horreur dans ce malheureux fragment, que la seule perversité des mœurs a fait passer jusqu'à nous, et ne réveillez point contre vos Satyres une indignation qui les a déjà mises en pièces, et qui peut avec justice anéantir tout le reste avec votre nom. Si ma mémoire ne me trompe point, je pense avoir eu pitié de vous en quelque endroit de mes œuvres, je vous ai refait quek{ue période et rétabli quelque terme corrompu : je ne sais même si, me laissant emporter au torrent, je n'ai point donné quelque éloge à l'élégance de votre diction ; mais, quoi qu'il en soit, je rétracte aujourd'hui tout ce que je puis avoir écrit à votre avantap:e, et je veux qu'il soit rayé de mes livres. »