Cours de littérature, éd. de l'an Wlï, t. II, p. 178, sq
En tout cas, Frédéric le Grand Ta lu, car il écrit dans une Epîlre à son maître d'Itôlcl :
Pétrone ainsi peint le festin bizarre Que lui donna certain Trimalcion :
On y servait avec profusion
Des animaux entiers de toute espèce
Les conviés tous ravis, en extase, A cet aspect jetèrent de grands cris : Le cuisinier fut loué par bêtise :
Chacun mangea selon sa friandise....
Qui serviroit à présent à ses hôtes Un tel repas, au lieu d'être loué Des successeurs des Térences, des Plantes, En plein théâtre eu seroit bafoué.
Dans la seconde moitié du xviii*^ siècle, Pétrone est moins cité et semble moins lu. La France avait, il est vrai, son Pétrone, si Palissot a justement nommé l'auteur du Satiricon le Crébillon latin \ Mais Crébillon ne paraît pas avoir connu Pétrone.
, Diderot le possède assez bien : « Je lis quelquefois mon Pétrone, écrit-il. )) {Essai sur la Peinture, ch. V.) Ailleurs il se représente à nous allant, quand il était jeune, chez M"' Babuti, libraire, qui devint la femme de Greuze : ce J'entrais avec cet air vif, ardent et fou que j'avais; et je lui disais : a Mademoiselle, les Contes de La Fontaine, un Pétrone, s'il vous plaît, etc. » (Salon de 1765, 121. Portrait de madame. Greuze.) Pétrone occupait sans doute une certaine place dans ses conversations avec M"° Voland ; c'est ce qu'on peut induire d'une lettre fort libre de Diderot h son ami (année 1760) au sujet de l'abbé Galiani : ce Un certain Ascylte de votre connaissance, un certain Lycas, aussi de votre connaissance, etc. », écrit-il. Or ce sont là des personnages du Satiricon. Toutefois, nulle part Diderot ne semble avoir imité Pétrone, qu'il ne nomme
1. Correspondance de Palissot. Cf. Richer {Vie de Piron) en tôle de rédilion de 17 77. Neucliùlcl. Il dit (p. 88) : « Son fils (Crébillon), le Pétrone du siècle ».
pas une seule fois (chose étrange) dans Y Essai sur les règnes de Claude et de Néron. \j Encyclopédie aussi est muette au mot : Pétrone. Elle ne renferme pas non plus d'article sur le Satiricon, môme sous la rubrique générale : Satiriques et iSatlres.
Un des morceaux les plus licencieux du Satiricon, le conte de réphèbe de Pergame, se retrouve, mais avec les modifications indispansables, dans les Amants généreux de Gentil lîernard \ On a prétendu aussi que Piis et Barré ont repris le même conte dans les Amours d'été, vaudeville (1781); mais les rapprochements qu'on pourrait établir sont bien vagues et des plus lointains.
Dans la dernière année du xviif siècle, l'apparition d'un nouveau fragment supposé du Satiricon rappela pendant quelque temps rattenfion sur Pétrone. José Marchena, littérateur et traducteur espagnol, réfugié en France, était en 1800 secrétaire de Moreau à l'armée du Rhin, quand il lui prit la fantaisie de composer en latin un morceau éroti(|ue qu'il publia sous ce titre : Fragmentum Petronll ex blbllotheca Sancil Galll antlqulssimo ms. excerptum, nunc prlmum in lucem edltum; galllce vertlt ac notls perpetuls lllustravlt Lalleniandus , sacrm theologlcB doctor, 1800; petit in-8" de 75 pages (sans nom de lieu, mais imi)rimé à Baie). Ce fragment comble la lacune du chapitre 26. C'est dire que le sujet était des plus scabreux, et de plus des notes licencieuses accompagnaient un texte déjà suffisamment osé^ Cette mystification fit un certain nombre de dupes parmi les savants^, jusqu'au jour où Maichena lui-nu'me