L. I, chap. I, p. 22G, col. D
Orbem tune totum victor Romanus habebat,
Qua mare, qua tellus, qua eardo invergit uterque ;
Si quid in orbe fretum, si quis sinus abditus usquam,
Si quod clima foret phaebeae lampadis expers,
Si qua fuit regio, fulvum quae gigneret aurum,
Nil nisi Komani, etc.
Il y a encore des réminiscences probables du De hello civili, V. 31 et suivants^ dans ces vers du livre II, chap. I, p. 232, col. A :
Pransuro quondam regali prseJia luxu
Orbibus antiquis dapium diversa ferebant ;
Nec modus impensœ ; nec edendi copia siinplex ;
Vilia, nata domi ; non magna, domestica quaaque ;
Arte petita magis, duroque labore sequentum
Empta placent : quodque est ima tellure ferarum,
Quod cœlo volucrum, pélagique per abdita nantum,
Principis infrsenes conducebantur ad usus,
Non mandante famé, at varium latura saporem, etc.
M. Bueclieler indique encore quelques autres rapprochements.
Hericus. Liv. V, ch. 2, v. 131:
Hinc subit aerias moritis sublimior Alpes, Limes hic Ausonias Gallis disterminat oris.
Cf. Pétrone, De hello civili, v. 144-145 :
Alpibus aeriis, ubi Graio nomine puisas Descendunt rupes et se patiuntur adiri.
Hericus. L. V, ch. 2, v. 132 :
Quod non fida tumens caperet vestigia gurges.
Cf. Pétrone, De heUo civili, v. 193 :
Tum vero maie fida prius vestigia lusit Decepitque pedes.
Enfin le mot septlfluus employé par Ilericus dans la préface du livre III semble emprunté au vocabulaire de Pétrone, eh. 133, V. 4 :
Quem Lydus adorât
Septifluus '
Après Hericus, Pétrone est cité, mais inexactement, par le théologien Eugenius Yulgarius (887-928).
Pétr., ch 46. Ceterum jam Graeculis calcem impingit.
Eiig. Vulg. Jam alumna creperam Graeculis calcem irapingere novit. Il ajoute : « Creperam vel dubiam unde crepusculum. »
M. Buecheler^ qui nous fournit cette citation (éd. de 1882, p. 31), juge que la phrase est plus digne de Fulgentius Planciades que de Pétrone.
Il faut arriver au xii^ siècle pour trouver de nouveaux manuscrits de Pétrone : le codex Messaniensis , \e Parisinus 8049, le Monacensis et le Parisinus Mazarinœus, qui ne contiennent chacun qu'une faible partie des extraits.
Parmi les auteurs qui en ce xii*" siècle ont lu et cité Pétrone, il faut placer au premier rang Jean de Salisbury (1 120 à 1 180). Il paraît même avoir connu le fragment contenant le festin de Trimalchion, dont nous ne possédons qu'un manuscrit retrouvé à Trau au xvii^ siècle. Car les lignes suivantes font allusion à un épisode qui ne se lit que dans le manuscrit de Trau (ch. 40) : « Cœnam Trimalchionis, si potes, ingredere, et porcumsic gravidari posse miraberis, nisi forte admirationem multiplex, ignota et inaudita luxuria tollat. »
D'ordinaire Jean de Salisbury ne se contente pas de reproduire le texte de Pétrone, mais y interpole des gloses ou le modifie à sa manière. Ce procédé est sensible dans l'anecdote
1. Dans son édition de 1882, M. Buecheler a adopté une autre leçon : semperflavius.
du verre métSiWïsé (Pal io^aticiis sive de nugis curialium, IV, 5), rapportée aussi par Isidore de Séville (Origines, XVI, 16, 6).
De Pétrone, Jean de Salisbury a également extrait le conte de la Matrone d'Ephèse ^ {ihid., liv. VIII, ch. 1 1), et là encore a paraphrasé de temps en temps son auteur.
D'autres mentions ou citations de Pétrone se rencontrent au livre III (lu PoUcraticus , ch. 7 : « hoc ipsum Arbiter noster ingemiscit, etsi alterius videaturinduisse personam. » Suivent les huit vers du chapitre 80 du Satiricon :
Nomen amicitiœ sic, quatenus expedit, haeret...
cités ailleurs par Jean, sans nom d'auteur (VIII, 3), et auxquels font allusion ces autres passages du livre III du PolicrnticMs, 8 : ce fere totus mundus ex Arbitri nostri sententia mimum videtur implere » — et : « non duco contentionis funem, dum coiistet inter nos quod fere totus mundus juxta Petronium exerceat histrionem (autre leçon : histrioniam). »
Nous négligeons d'autres citations de Pétrone faites par Jean de Salisbury. On n'en compte pas moins de 17 chez Vincent de Beauvais (fin du xii** siècle, mort vers 1264). ce De quodam libro, nous dit-il, partim metrico partim prosaico pauca hœc moraliaquaesequunturexcerptanotavi, sq. » Petronius. {Spéculum historiale, XVI, 25.) [V. ces citations dans Buecheler, éd. de 1862. Préf., p. xxxm.)
Plus abondantes sont les citations de Pétrone dans le Florileqiiim Parisinum (Codex Nostredamensis, 188), du xiii^ siècle. Elles suivent, mais non pas d'une manière tout à fait rigoureuse, l'ordre des chapitres dans les extraits. (V. Buecheler, préface de l'édition de 181)2, p. xxvii à xxxii.)
Au moyen âge pareillement, mais à une époque difficile à
1. Dans le manuscrit do Nicolas do Lévis Pôrotti (morl on 1810^, parmi les faMos faiiss«'ment altriltuées a IMièdre, on Irouvo ce mémo conte sous ce titre : Mulicr vidua et villes. (Quanta sit incunslancia et libido .nulierum.) Ce n'est qu'une séclie cl terne réduction du récit du Satiricon, œuvre d'un imitateur plus ou moins ancien de Pétrone. (V. Berger de Xivrey. Préface de Phèdre, éd. de 1830. Didot, p. 14 et suivantes, et Hieso, Anl/tohxjia laliiui, t II, p. xxxi, cl p, 272, n» 812.)
déterminer, appartient la citation de Pétrone sur les souifrances du maître d'école faite par un certain Theodoricus ^ Elle se trouve dans un commentaire sur la Rhétorique de Cicéron. (Y. Mélanges Graux, 1884, p. 41, article de M. Paul Thomas.)
Fol. 1, 2°, col. a, 1. 1 et suivantes :
Ut ait Petronius, nos magistri in scolis soli relinquemur nisi multos palpemus et insidias auribus feeerimus. Ego vero non ita
Ce qui suit, évidemment, n'est plus de Pétrone.
C'est aussi au moyen âge que se rapportent les gloses de Saint-Denis où a puisé Pierre DanieP. Ces gloses paraissent n'être que des extraits d'un recueil plus considérable, datant d'une époque où Ton possédait encore des fragments assez étendus de Pétrone, sinon le Satiricon au complet.
Quant au glossaire intitulé : Be antiquis diclionibus, qui parait avoir été composé un peu après l'époque d'Isidore de Séville, c'est contre toute vraisemblance qu'on l'a parfois attribué à Pétrone. (V. Ch. Beck, Petronius Arbiter de antiquis dictionibus. Memoirs of the American Academy. Cambridge [Massachusetts].)
Au XIV* et au xv* siècle appartiennent les manuscrits suivants : le codex Parisinus 6842 D (que certains font même remonter au xiii" siècle), le Leidensis, qui fut en la possession de Joseph Scaliger, le Vaticanus, le Leidensis Vossianus, le Florentinus Laurentianus , le codex Guelferbytanus , les codices Vindobonenses , enfin le précieux codex Parisinus 7989 (xv' siècle), découvert vers 1650 par Marinus Statilius à Trau en Dalmatie, et qui contient seul au complet le festin de Trimalchion.
Quels sont, pendant cette période, les écrivains qui ont lu et citent Pétrone ?
1. En 1880, Ellis (Journ. of Pliilol.) avait signalé déjà sous le titre de Petronianum une citation analogue d'après un manuscrit de la bibliothèque Philipps.
2. V. Pétri Danieli notae, p. 297, éd. de Pétrone publiée par Paul Frellon. Lyon, 161S.
Coniîid de Mure, chanoine et préchantre de l'église de Zurich (xiii'' siècle), le nomme dans une énumération d'écrivains.
On trouve dans Jean de Montreuil (1354-1418) une citation
du Sutiricov :
Prtronius. « Jam taceat qui ait Petronius : iralavirlus abdilar. Immo vero, Fetroni, super candelabroposita est y> (n° XIV. Joannisde Monterolio Epistolyeselectœ LXXIV apud De Martène. Veterum scriptorum et monumentoruni amplissima collectio, t. II, col. 1311-1465, publié en 1724).
Jean de Montreuil attribue à Afranius^ des vers de Pétrone.
Aufranms. « Cur ita? Quia, ut inquit Aufranius :
Scorta placent fractique enervi corpore gressus. Et iaxi crines et tôt nova nomina vestis.
(Ex epist. ad Petrum de AUiaco n" XIV. De Martène, op. cit.) Saint AntonindeForciglioni, archevêque de Florence (1389- 1459), cite aussi Pétrone, si l'on en croit les Prolcgomena de l'édition de Paul Frellon (1618), p. 10, mais parait l'avoir confondu avec saint Pétrone, évoque de Bologne au v' siècle. Rappelons à ce propos l'étrange quiproquo dont fut victime le savant Henri Meibomius de Lubeck (1638-1700). Ayant lu dans un itinéraire d'Italie : « Pctronhis Bononiœ integcr a^serva- ^«r », il crutqu'il s'agissait d'un manuscrit ç,o\\\\)\kità.\xS(Ulrico7i. Il fit le voyage d'Italie et apprit que l'on conservait dans la cathédrale de Bologne le corps de saint Pétrone ^ Andrieux a fait de cette méprise le sujet d'un conte {Décade philosophique , an IX, 3° trimestre). [V. Pétrequin, Nouvelles Recherches historiques et littéraires sur Pétrone, Paris, Baillière, 1869, p. 64.] Le cardinal Barthélémy Visconti, mort en 1457 [Barlholomœus Viceconies), citait dans son Liber Defloratorum des frag-
1. Dans plusieurs manuscrits le nom d'Afranius est joint <à celui de Pétrone.
2. Voir celle anecdote dans le Menagiana, éd. de 1715, t. I, p. 127, dans La Monnoye (Œuvres choisies, 1770, 3, p. 135) et dans Vollaire {Dictionnaire philosophique, article : Abus des mois).
meiits de Pétrone sous ce titre : Petronil Arbllri Afranil Salyricl, etc.
Jacques Legrand (Jacobus Maqnus), dans son Sop/dlo(]iiim, publié en 1475, donne un certain nombre de passages de Pétrone. On en trouvera la liste dans la préface de M. Buecbeler (éd. de 1862, p. xxxiii et xxxiv).
Le morceau du Satiricon i\w\ a été le plus souvent imité par les écrivains du moyen âge est le conte célèbre de la Matrone (f Ep/ièse {c\i. ili et 112). Il est reproduit avec plus ou moins de changements et de variantes chez les conteurs suivants * : Romulus, livre IV, fable IX, Femina et miles; l'anonyme de Nevelet, fable 48, De milite et femina; Marie de France, fable 33, Delà Famé qui fesoit duel de son mari, alias : DeTOume mort et de sa Moilier. On le lit dans Ysopet I, fable 44, chez Eustache Deschamps, Exemple contre ceulx qui se fient en amour de femmes ; dans le Dolopathos ou Roman des sept sages de Rome, chapitre X.V : (( Comme l'enfant fut saulvé par le moyen de Joachim, septiesme maistre, à l'exemple de la femme, laquelle rompit à son mary les dentz et le visage. » (L'auteur a emprunté à Pétrone quelques circonstances, mais en les rendant atroces.) On trouve aussi dans le Ludus septem sapientium, etc., c( Zamolxisexemplum », un souvenir de ce conte, qui fait le sujet du fableau intitulé : De celle qui se fit /..... sur la fosse de son mari (Barbazan, Méon, t. III, p. 462, et Montaiglon, tome III, p. 118) et de plusieurs autres. (V. Dacier, Mémoires de ï Académie des Inscriptions, t. XLI, p. 523 à 545 ; Legrand d'Aussy, tome III, p. 62; et Dinaux, Trouvères de la Flandre, tome II, p. 32-33^)
Il faut remarquer que le conte de la Matrone d'Ephèse avait
1. Nous empruntons coUe nomenclature à M. H. Régnier, Les Grands Écrivains de la France: La Fontaine, t. VI. (Hachette. 1890.) La Matrone d'Èphèse.
2 Après la publication par l'imprimerie des fragments de Pétrone, le coule de la Matrone d'Èphèse continuera à être imité de préférence par les fabulistes. On le retrouve dans le Motheolus de Le Febvre deThérouane, s. 1. 1488, in-fol., 1. II, fol. 15; dans l'Ésope de frère Julien Macho, fable 49 ; chez Camerarius, fable 193, Muliebris Inclus, etc.
été détaché de bonne heure du Satiricon ; la version de Jean de Salisbiiry, entre autres, a pu servir de base aux diverses imitations qui viennent d'être énumérées.
Nous arrivons à l'époque de la divulgation par l'imprimerie des fragments du Satiricon. Désormais Pétrone ne va pas cesser d'être l'objet de commentaires, de recherches, de discussions érudites, de travaux de tout genre.
DE l'ÉDITIOxN PRINCEPS (1476) A LA. FIN DU XVIl" SIÈCLE.
L'édition princeps du Satiricon paraît être celle de Franciscus Puteolanus, Milan, 1476 ou 1482 \ qui publie en même temps que Pétrone VAgricola de Tacite, et divers panégyriques, entre autres celui de Trajan par Pline le Jeune. C'est à tort que Burmann et Anton donnaient comme l'édition princeps celle de 1499 (Venise, per Bernardinum Venetum de Yitalibus). En 1500, Hermann Busch imprime à Leipzig le poème de la Guerre civile. Ces premières éditions sont, comme il était naturel de s'y attendre, très fautives et très incomplètes. Les meilleures, jusqu'à l'édition de Pithou, sont celles de Jean Sambucus (1565) et de Jean de Tournes (Tornœsius), Lyon, 1575.
La fin du xvi" siècle et le xv!!** siècle voient paraître de nombreuses et savantes éditions de Pétrone. Enumérons les plus importantes jusqu'à la découverte du fragment de Trau, afin de n'avoir plus à nous occuper que des jugements portés sur le Satiricon et des imitations qu'on en peut trouver chez nos écrivains au xvi* siècle et pendant la première moitié du xvii\ Pour le détail des éditions et. des commentaires, nous renvoyons toujours au livre de M. Pétrequin et à la préface de M. Buecheler (éd. de 1862).