PÉTRONE
rinfliience de Pétrone sur notre littérature? Quels auteurs paraissent s'être inspirés de son esprit? Par qui est-il cité et apprécié?
Au xvi* siècle, à part un petit nombre d'exceptions, nos grands écrivains ou ignorent Pétrone ou n'en parlent pas. La nature menie du Satiricon explique ce silence, même en un siècle assez libre. On peut remarquer d'ailleurs qu'à presque toutes les épo(iues, on a eu plus de pudeur à écrire sur Pétrone que sur tout autre auteur ancien, j'entends même les plus audacieux et les plus crus, Martial, par exemple. Sauf les érudits, dont la devise est : Ni/iil obscenum eruditis, on ne s'avoue lecteur et appréciateur du Satiricon qu'avec les précautions oratoires les plus circonspectes. Ce sei'a même, à certain moment, faire une grave injure à un lettré que de l'appeler admirateur de Pétrone. Il n'en sera plus ainsi dans la seconde moitié du xvii^ siècle, où, comme on le verra, le Satiricon deviendra à la mode et oii les gens du monde ne se cacheront pas du plaisir qu'ils éprouvent à le lire.
Rabelais, et cela a lieu de surprendre, ne paraît pas avoir connu Pétrone. Marot, quoi qu'en aient dit certains critiques, ne l'imite nulle part. Montaigne ne le mentionne que pour philosopher au sujet de sa mort, d'après le récit de Tacite'.
Dans le Moijen de parvenir de Béroalde deVerville, Petronius est un des interlocuteurs du banquet-; mais il ne tient aucun propos caractéristique et qui soit une réminiscence du Satiricon. On sait d'ailleurs que Béroalde fait figurer à ce banquet bon nombre d'auteurs grecs ou latins, sans se préoccuper de leur attribuer un langage conforme à leur caractère. Il leur prête à tous, indistinctement, ses contes obscènes et ses grossières gaudrioles.
Ce n'est pas dans Pétrone même que Brantôme a lu le conte
1. Essais. L, II, cli. 9 « entre les hommes de peu, il s'en est trouvé, comme
« un Petronius et un Tigellinus à Rome, engagez à se donner la mort, qui l'ont comme K endorniio par la mollesse de leurs apprclz ; ils l'ont faicte couler et glisser parmi la « lascheté de leurs passolemps accoutumez. »