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ironique, une anecdote spirituelle, un discours écrit dans la bonne langue, et qui peint le personnage, le tout dans un style alerte et piquant : à ces qualités d'un maître nous reconnaissons du coup l'original. Telle est la règle.
Il est vrai que l'exposer ainsi est facile ; l'appliquer est autre chose. Ce ne sera pas trop pour cela de toutes les ressources que nous fourniront le vocabulaire, le style, les rapprochements de texte et tout ce qui peut nous renseigner sur l'action du roman.
Ce sont là sans doute au fond des appréciations littéraires dont on a peine à démontrer la force à ceux qui ne les sentent pas; mais n'est-ce pas à elles qu'il faut toujours, en lin de compte, recourir dans toutes les questions qui portent sur l'authenticité d'un livre, sa valeur, son attribution à telle époque ou h tel auteur? Sans négliger le reste, ne renonçons pas de nous-mêmes à ce qui constitue notre meilleur appui. Contentons-nous des résultats auxquels nous conduit cette méthode : sur telle page, telle demi-page, tel passage, on peut arriver h une quasi-certitude; sur d'autres, il est sûr qu'on hésitera et qu'on n'osera pas se prononcer.
A quelle époque devons-nous supposer que l'abréviation ou les abréviations ont eu lieu? La réponse n'est pas facile, faute de preuve matérielle
et directe : à la rigueur, les coups de ciseaux se donnent de même en tous les temps. Le plusvraisemblable est qu'on aura pensé à abréger Pétrone quand les abréviations étaient devenues d'un usage général, et qu'on s'était mis à réduirede même les ouvrages de tout genre : cela s'est fait surtout du iv® au vi® siècle.
Les abréviateurs avaient-ils un but précis autre que celui-ci que tous avouent, à savoir de ménager le temps de leurs lecteurs? Ceux qui ont abrégé Pétrone n'ont sûrement pas entrepris ce travail par scrupule de morale; en ce cas, nous n'aurions pas ce qu'ils nous ont laissée
Ils auront obéi, comme tous leurs pareils, à des caprices littéraires. Le Satiricon était trop long à leur gré : ils l'ont réduit chacun suivant son goût personnel, suivant les préférences du moment, au hasard de la lecture. En fait, rien de plus irrégulier que le roman dans la forme qui nous reste : tantôt le texte parait conservé dans sa presque intégrité; tout à côté on devine de fortes lacunes et un choix fait comme au hasard : ici de longs poèmes; là seulement de petits vers; ici des traits, des expressionsqui ont paru curieuses, l'indication d'une situation piquante; un long discours, toute une tirade; là une phrase à peine ou quelques phrases séparées^