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2. Voir 25, p. 92 au bas ; aï (lèv aXXat Y'jvaiixe;, [xktôov tt\;
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PÉTROxXE DAiNS QUO VADIS
J'ai voulu que mon livre fût à jour, puisque c'est par là qu'il peut avoir quelque valeur. J'aurais craint qu'il ne fût pas h jour, tout au moins qu'il fût isolé par trop du présent, si je n'avais rien dit du QUO VADJS, ce roman récemment traduit dans toutes les langues, où Pétrone joue un des rôles principaux, sinon le principal.
Malgré le succès du livre de M. Sienkiewicz, ou plutôt à cause même de ce succès, nous sommes à l'aise pour souligner librement les côtés faibles ou qui nous paraissent tels dans son ouvrage et les défauts du cadre où il a fait paraître Pétrone.
Si nous étions disposés à l'oublier, il nous faudrait reconnaître bien vite qu'il s'agit ici d'un roman. L'auteur prend toutes sortes de libertés avec l'histoire. Il est dur d'accepter ses anachronismes et, sans parler des noms estropiés par le traduc-
teur, d'admettre ceux que Fauteur lui-même adéformés ou mal forgés.
Certaines parties du sujet ne sont qu'esquissées, ou peintes à grands traits, plutôt un peu gros : ainsi les éclats de basse jalousie qui mettent Tigellin aux prises avec Pétrone, rappellent assez fâcheusement la manière dont Dumas père écrivait l'histoire. De même pour les lettres de Pétrone à Vinicius : il est sûr qu'il y en a trop, et, dans le nombre, combien y en a-t-il de médiocres en tête desquelles on ne •comprend guère que figure le nom de Pétrone ?
Toute une partie du roman a certainement contribué à son succès et, par un côté, le justifie : j'entends celle où sont représentés les premiers chrétiens. C'était une étrange entreprise de vouloir, en un siècle passionné pour l'histoire, retrouver, par l'imagination, tous les traits d'une telle peinture. On peut assez facilement mettre le christianisme en présence des barbares, à la frontière, ou le mêler à Rome h la basse plèbe, aux esclaves, aux femmes; c'est sans doute ainsi que se sont produites bien souvent les plus curieuses rencontres, et M. Sienkiewicz avait le droit de s'en souvenir.
11 était certes moins aisé de vouloir montrer comment pouvait se faire, peu à peu, dans une âme romaine, la pénétration des idées les plus opposées à sa nature. La création du caractère de Vinicius
PÉTRONE DANS QUO \ ADIS 2l9
n est pas un coup de maître; mais, de quelque manière qu'on en juge, c'était un coup d'audace.
C'en était un aussi que d'essayer de faire parler les premiers chrétiens, leurs chefs, surtout saint Pierre. Tout moderne rencontre ici la terrible comparaison du Nouveau Testament et des Actes des martyrs, qui rejettent bien loin tout ce qu'il a pu supposer. Le moyen le plus sûr de s'en tirer est, là et ailleurs, de rompre les chiens.
M. Sienkiewicz ne s'en fait pas faute. On soulignerait facilement, dans quo vadis\ maintes lacunes volontaires et plus d'une diversion habile. Quand les difficultés deviennent trop grandes ou que le terrain se dérobe, l'auteur change le thème ; le reste des événements se passera dans la cantonade ; ce qui réduit immanquablement la critique au silence. Mais peut-on blâmer M. Sienkiewicz d'être resté très prudent dans ses fictions; d'avoir songé moins à la vérité et aux vieux historiens qu'au présent, à ses lecteurs et surtout à ses lectrices, et de s'être tenu rigoureusement dans la mesure de ce qu'ils pouvaient supporter?
Un écueil du plan choisi se rencontrait justement -dans ce qui nous intéresse ici. Gomment transporter dans une œuvre moderne le Pétrone de Tacite, -en supposant qu'il soit, comme l'admet M. Sienkiewicz, l'auteur du Satiricon? Quel rôle lui don-
ner? Comment le faire parler, le faire écrire? Les meilleures plumes ici faiblissent. L'une des plus fines, celle de Renan, a présenté dans l'Antéchrist^ à côté de Néron, le Pétrone qu'il concevait. Que la peinture en est vague et molle ! Pour moi, cette partie tranche avec les autres chapitres du livre. Voir un Mérimée dans Pétrone est bientôt dit. Mais, vraiment, on se tire ainsi d'affaire à trop bon compte.
A mon sens, la déception n'est guère moins complète dans quo vàdis. L'arbitre des élégances n'est devenu que trop, pour les modernes, un arbitre de voluptés. M. Sienkievvicz n'en a guère fait autre chose; il Ta ramené, pour presque tout le reste, à la taille d'un bon oncle de comédie ou de roman; son Pétrone ressemble assez à quelque duc de Mora, surtout préoccupé de donner à son terrible neveu d'utiles leçons de tenue. Je n'ai pas besoin de les rappelx3r.
Un seul trait relèverait peut-être le personnage ; c'est sans doute une réminiscence de Renan.
M. Sienkiewicz met dans la bouche de son Pétrone le développement de la fameuse théorie de la parenté, de l'identité du beau et du bien : « Le crime est laid, tandis que la vertu est belle. Donc le véritable esthète est en même temps un homme vertueux. Donc, moi, je suis unliomme vertueux... Les
sophistes môme peuvent servir à quelque chose ^ ». Mais nous connaissons assez tout ce thème avec les variations accoutumées; nous savons qui Ta imaginé, et il n'y a pas de cela tant d'années. Combien de temps encore cela sera-t-il goûté? Par quel biais accommoder ce langage avec le portrait de Tacite, avec les habitudes de Tauteur du Satiricon ? Il est trop clair que nous nous retrouvons ici entre nous et que nous sommes restés dans notre monde et dans notre temps. Après tout, nous aurions tort de prendre cette page au sérieux ; dans ce passage, le personnage ou Fauteur, ou tous deux, ont bien Tair de se moquer de ceux qui voudraient peser ce qu'ils lisent. Ainsi fait souvent, dira-t-on, l'auteur du Satiricon; mais ne le fait-il pas tout autrement?