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CHAPITRE I

LE SATIRICOS

Imaginez un 7'oman de mœurs, écrit vers la fin du 1®' siècle de l'empire ; imaginez-le tel, à peu près, que Tannonce le titre moderne du genre dans lequel nous faisons rentrer l'œuvre de Pétrone : ainsi fondé sur une observation plutôt satirique des mœurs, avec les incidents habituels h tous les romans : voyages sur terre et sur mer ; tempête, évasions, rencontres; pour le fond et le ton, assez semblable en somme à nos romans de ce groupe, sauf que tout se passie ici en Italie, et que les faits et les hommes sont Romains : telle est d'une manière générale et en gros l'idée qu'on peut se faire d'abord du Satiricon, Par contre, en parcourant le roman latin, le lecteur moderne n'ira pas loin sans être frappé d'une différence qu'il remarquera surtout dans le choix des personnages. Chez nous, les romanciers, pour peindre leurs héros, regardent ceux qui seront ou dont ils voudraient faire leurs

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lecteurs; c/est parmi eux qu^^ils prennent leurs modèles; si les personnages mis en scène ne sont pas nobles, comme tous le sont dans le roman héroïque ou chez les écrivains qui, se piquant d'élégance, écrivent pour le beau monde, ce sont, c'étaient du moins jusqu'à ces dernières années, pour la plupart, des gens d'esprit ou sensés, riches ou du moins à Taise, presque toujours de condition moyenne, et aussi gens de loisir; ils étaient des nôtres s'ils ne valaient mieux que nous. Ce qu'ils faisaient d'extraordinaire, en bien ou en mal, s'expliquait moins par une supériorité ou par quelque perversité de nature, moins aussi par des différences d'éducation que par les circonstances où ils se trouvaient placés. Dans le Satiricon^ riea de pareil. Pétrone n e nous a pas donné une peinture direc te de la société de son temps, la satire faite à découvert des mœurs et des travers de ses contemporains; il nous offre, c^j^iii est fort différent, un travestisseniûiit -voulu de^ ces.jmiuQjir s^

Une bonne partie du Satiricon, du moins dans son état présent, se passe dans la maison de Trimalcion, im parvenu aussi grossier, aussi sot qu'il est riche. Cet ancien esclave, entouré d'une nuée d'esclaves, tour à tour les choie ou les frappe. Ses convives, sauf un ou deux, sa femme, tous ses amis sont de même d'anciens esclaves. Comme le mal-

heureux passe sa rie à singer les riches de Rome et qu'il s'efforce d'enchérir sur leur luxe et leur inso lence, sa maison offre comme un décalque g;rossier des habitudes de la société romai ne du i" siècle : c'est l'g j;^j^j d e Rome, et Pétrone n'a pas dissimulé, il n'a guère atténué ses laideurs; mais on en voit aussi l'endroit, grâce à l'imitation ridicule à laquelle s'appliquent ces esclaves qui jouent aux citoyens, tandis que l'amphitryon, sevi7*de bicoque, joue lui-même au sénateur.

TeljÊStje^ujet de la mojtié environ du Sa^mcon, puisque, dans l'état où il nous est parvenu, le festinde Trimalcion peut être regardé comme formant le centre du roman et comme en étant le morceau le plus caractéristique. Pourle reste, avant le repas chez Trimalcion et après qu'on est sorti de sa maison, le sujet change sans doute. Ce n'est j)lus aussi simplement une imitation ridicule du grand monde par le petit; mais les truchements restent les mômes; l'action se passe encore ou à très peu près dans les mêmes milieux : à l'auberge, dans les basses tavernes ou les pauvres échoppes; bref, chez le s petites gens, dans la plèbe infime de l'Italie. Nous trouvons ici une suite de ces incidents burlesques, de ces peintures populaires dont les contes milésiens avaient répandu le goût dans l'antiquité. Pétrone nous conduit dans la pire compagnie ; nous courons

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d'auberge en auberge, au milieu d'aventures assez semblables à celles du Roman comique^ à moins qu'elles ne soient pires. Si nous allons au forum, ce sera entre chien et loup, à Theure où Ton peut se défaire des manteaux volés ^ Les personnages perdent le chemin de leur tripot; ils le cherchent en errant dans les rues, et je ne vous dirai pas oii ils croient le trouver et où ils se retrouvent^. Vers la iin du Satiricon^ le héros, si tant est qu'il y ait ici un héros, bref Encolpe vient chercher du secours chez une vieille prétresse de Priape fort misérable^; Pétrone décrit son galetas, ses meubles boiteux, sa vaisselle ébréchée, avec les oies qui courent à travers et tirent le visiteur à coups de bec.

Si tout était de même, tous les personnages sots et grossiers, tous les sujets bas et vulgaires, l'ouvrage eût forcément soulevé le dégoût. L'écueil était visible ; aussi Pétrone a-t-il pris soin d'introduire chez Trimalcion des personnages qui servent aux autres de témoins^ tandis que, par leur esprit ou par leur malice, ils reposent et divertissent le lecteur. C'est un second planjjjjj, tout en ayant par lui-même son importance, fait d'autant ressortir le premier. Autour

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