Au chap. XII
2. P. 10, 1 : « Tarde, immo jam sero intellexi me in fornicem esse deductum. » Comprenez : dans un mauvais lieu.
3. Elle s'appelle Œnothea, certainement à cause de son amour du vin (oTvo;) ; voir p. 103, 33.
de Trimalcion, de ses esclaves et de ses affranchis, Pétrone a réuni des déclassés qui, destinés à une meilleure fortune, sont venus, après bien des aventures, échouer à ce festin. Leur histoire remplit le reste du roman. Ce sont, on le devine, des gens sans argent, sans orgueil, sans scrupules. Ils ne s'offusquent pas de Tétrange compagnie qu'ils ont rencontrée. Comme ils ne s'y trouvent que depuis peu et pour un temps, c'est, pour ainsi dire, du dehors et d'en haut qu'ils regardent et aussi qu'ils nous font voir les sottises dont ils ont le spectacle. Rappelons brièvement leurs noms et les traits principaux de leur caractère.
Ce sont d'abord deux jeunes gens, des enfants perdus de la société romaine : Enco/pe^, un ingénu, Ascylle^^ probablement un affranchi^, avec un jeune
1. De *EYx6X7rio;, qui est tenu dans le sein, dans les bras; entendez : chéri de ceux qu'il aime. — On a soutenu récemment, sans doute à cause de leurs noms, qu'Encolpe, Ascylte et la plupart des personnages du roman étaient d'origine grecque.
2. De "A(txuXto;, infatigable. On devine dans iquel ordre de travaux est censée paraître cette qualité caractéristique d'Ascylte. Voir le chap. xcii; surtout p. 63, 15.
3. Pour déterminer la condition d'Ascylte. on ne peut san» doute s'appuyer qu'avec beaucoup de réserve sur les mots obscurs duchap. Lxxxi : « Stupro /iôer, stupro ingenuus », qui contiennent probablement quelque allusion à un épisode perdu; mais la fin du chap. IX, p. 10, 34 : « Cujus eadem ralione in viridario fvater fui qua nunc in deversorio puer est », semble décisive. Cependant, l'invective dellermeros (surtout p. 38, 18) ne se comprend qu'avec la supposition qu'Ascylte est ingénu. Il est vrai que Ilermeros,. dans cette rencontre due simplement au hasard, a pu ignorer la vraie condition de celui à qui il s'adressait.
LE SATIRICON 4i
esclave souvent de la dernière docilité, mais ailleurs récalcitrant: Giton\ le mignon qu'ils se disputent. Encolpe et Ascylte savent tous deux les lettres et ils comptent pouvoir au besoin vivre de leur savoir-. On reconnaît en eux des échappés d'écoles de rhéteurs, à qui le dégoût ou l'amour du plaisir aura fait prendre la clef des champs. Depuis, ils ont vu du pays.
Encolpe est le narrateur du roman. C'est Gil Blas^ ou encore le Simplice des Allemands, reporté chez les anciens, quoique Encolpe ait son caractère propre.
Par la même fiction que Lucius dans Lucien et dans Apulée, il nous conte sa vie sans rien dissimuler de ses vices ni se flatter à aucun degré. Parfois,, il avouera des frayeurs puériles, comme lorsque à
1. Nom d'esclave, qui sans doute se rattache à ysitiov, voisin. — n est représenté comme un bel enfant frisé {crispus; cf. 38, 23 : caepa cirrata, et 34 : comula tua.. ; et ici même sur Trimalcion copillatus)^ d'environ seize ans; voir son signalement: p. 66, 9. — Pour la condition deGiton, il n'y a, suivant moi, aucun doute et les textes abondent : chap. lviii, p. 38, 23 : « lo Saturnaiia^ rogo, mensis deeember est? Quando vicesimam numerasti... Bene nos habemus, at isti nugœ qui tibi non imperanl. Plane qu alis- (^/omi/iws, taliset servus »; p. 54,22 : « ... Ut sit iWi saltem in eligendo fratre libertas's>; p. 55,18: «Qui opus muliebre in ergastulo fecit »; p. 62, 7 : « Scires non libenter servii'e-s>\ p. 66, 31 : « fugifivum suum », etc. — Mais voir les objections que m'a faites sur ce point M. Paul Thomas, dans la Revue critique (1893, I, p. 221, n. 3). M. Ileinze, lui aussi, croit que Giton était ingenuus. — Quant à ses changements d'humeur, voir p. 19, 20 : « Gitona, libentissime servile officium tuentem usqne hoc » ; p. 62, 22 : « postquam seamari sensit, superciVnim altius susluUt y>.
Taspect d'une mosaïque il a cru voir un chien vivant, droit devant sa niche, et qu'il a reculé effrayé, en courant risque de se rompre les jambes*. D'une manière générale, il est, de son aveu, l'un de ces hommes qui, mis au ban de la société [extra legem viventes)'^, craignent à tout moment de rencontrer le châtiment qu'ils méritent. De fait, il s'est jeté dans la brousse, tout en restant parmi les hommes. Dans un épisode du roman "^j il arrive qu'Encolpe a fui dans un lieu retiré, proche du rivage, oîi, trois jours durant, l il se plonge tout entier dans sa tristesse. Ne le ; croyez pas bourrelé de remords. Cette humeur si V sombre vient uniquement du dépit d'avoir été abandonné par le petit Giton, qui lui a préféré Ascylte son rival.
Il est rare, d'ailleurs, qu'Encolpe faiblisse et que, découragé, il fasse ainsi retraite; c'est un homme d'action, aimant le danger et les coups d'audace, ce qui fait qu'on s'intéresse à lui. La confiance qu'il montre en lui-même est peu à peu partagée par le lecteur. Si on ne peut l'estimer, on hésite à le condamner tout à fait; tant ceux qui l'entourent, pour l'intelligence comme pour les mœurs, méritent, cela est trop clair, d'être placés fort au-dessous de