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L'AUTEUR

Je n'ai pas, on vient de le voir, l'intention de rapporter ici tout ce qu'on a dit, ou mieux tout ce qu'on a supposé sur l'auteur du Satiricon. En l'absence de témoignages décisifs, on peut tout dire et presque tout supposer; mais la chose est vraiment trop aisée. C'est être plus sincère que d'avouer nettement notre ignorance, de nous y résigner sans fausse impatience et sans essayer de la masquer.

Je veux encore moins rappeler les allusions qu'on a cru découvrir dans le roman. C'est un sujet sur lequel, pendant des siècles, érudits, éditeurs et critiques n'ont pas tari : ils n'aboutissaient pas davantage. Leurs incertitudes et, en lin de compte, leur insuccès s'expliquent autant par la difficulté du problème que par la singulière méthode qu'ils avaient coutume d'employer. Tous procédaient de môme. Y avait-il quelque ressemblance, même légère et tout extérieure, entre un incident du roman et telle anecdote célèbre, entre les personnages

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du Satiricon et tel empereur ou tel personnage fameux de sa cour et de sa famille, on admirait la rencontre. Les contemporains, disait-on, pouvaientils manquer de faire un rapprochement qui s'impose à nous après tant d'années? Donc la piste était sûre, Tintention de l'auteur évidente. Mais quand, ensuite, et il n'était pas besoin d'attendre longtemps, les ressemblances n'apparaissaient plus dans la suite du roman et que tout lien entre la fiction et l'histoire semblait rompu, on se rabattait sur quelque défaite : c'étaient des atténuations voulues par l'auteur, les divergences les plus marquées lui comptant comme autant d'habiletés : un romancier ancien, disait-on, pouvait-il présenter à découvert et sans précaution une caricature tout à fait ressemblante de Claude, de Néron, de Poppée, de Sénèque? Pour découvrir l'intention satirique, encore fallait-il prendre la peine de démêler, d'ajouter ici, là de retrancher, ce qui permettait de reconnaître, d'une manière qu'on assurait indubitable, les personnages les plus fameux de l'époque. En effet, le moyen est sûr; avec une telle méthode et grâce aux secours qu'elle fournit, que ne trouverait-on pas dans tout roman de mœurs*? On peut et il vaut mieux rejeter en bloc toutes

1. La tentative de M. Fisch, très postérieure en date à mon livre (Voir plus loin, p. 186, à la fin de la n. 4), a prouvé que nous n'en avons pas fini avec ce genre d'interprétation.

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CCS hypothèses. Quand môme le Satiricon aurait été à Torigine un pamphlet, ce roman n'a plus rien, du moins pour nous, qui lui conserve un tel caractère. S'il est possible qu'il ait contenu jadis de& allusions politiques, il est sûr tout au moins queprésentement nous ne les retrouvons plus; elles s& sont évanouies sans laisser de trace; celles qu'on a signalées ne soutiennent pas l'examen ; elle& sont vagues, obscures, contradictoires. Que ce soit notre faute ou non, le fait n'en est pas moins certain. Soit que notre ignorance provienne de ce que nous connaissions mal le temps de Claude et de Néron, et cependant il est peu d'époques sur lesquelles nous soyons aussi bien renseignés; soit que nous saisissions mal la méthode et les vues du romancier, et cependant, pour tout le reste, nous croyons démêler ses intentions et connaître assez, bien ses goûts : en fait aucun moderne ne peut déco uvrir dans le Satiricon a utre chose que des traits de mœurs et, tout au plus, un crayon léger

de la société contemporaine ; mais est-il si sûr q ue ce n e soit pas tou t ce qu e l'auteur xj'VStit niis j

Quant à cet auteur et surtout quant à son identité avec le Pétrone de Tacite, est-ce donc trop demander au lecteur que de l'inviter à laisser la question indécise, s'il ne veut même l'écarter délibérément? Nul doute que la condition, la vie politique, la

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mort de celui qui fut Pétrone ne soient choses extérieures à Tœuvre que nous allons étudier; elles ne peuvent ni la rabaisser, ni la relever. L'incertitude même oîi nous sommes n'est pas, suivant moi, sans charme. Le Satiricon en plus d'un passage est énigmatique ; mettons que celui qui l'a écrit est lui-même et reste pour nous une énigme. Comme le roman peint d'étranges mœurs, ce n'est pas perdre tout à fait ni dans tous les sens que de renoncer à chercher le portrait de l'auteur dans les images fort mêlées et parfois suspectes que reflète ce miroir de son temps.

Sans doute, il faudra faire le sacrifice d'un beau récit qui plaît à l'imagination, et, en pareil cas, la critique n'a jamais le dernier mot. Quoi de plus dramatique que le passage où Tacite raconte de quelle manière l'arbitre des plaisirs de Néron s'avisa, après sa disgrâce, de régler et aussi de venger sa mort*? L'historien le montre consignant dans des codicilles toutes les débauches de Néron, avec leurs raffinements inouïs, des noms supposés voilant à peine dans le récit les noms véritables; Pétrone scellait le tout et renvoyait à l'empereur ; c'était sa manière de lui dire adieu. Ici on ne manque pas d'ajouter ce que ne dit pas Tacite : on admet comme vraisemblable et on regarde comme un mérite de

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