‹ PétroneChapitre 25 sur 115 · CHAPITRE lïl · texte numérisé non relu

CHAPITRE lïl

Il nous faut répéter sur le sujet du Satiricon ce que nous venons de dire de l'auteur : nous le& connaissons mal Tun comme Tautre. Il ne nous reste qu'une faible partie de ce long ouvrage : d'après le manuscrit de Trau, deux livres environ sur plus de seize. Le commencement du récit est perdu; la fin manque de même, quoique nous voyions l'œuvre incliner vers un dénouement.

Les fragments mutilés, mais nombreux, et souvent assez étendus que le temps nous a conservés, peuvent cependant nous donner quelque idée de l'ensemble et, jusqu'à un certain point, nous en faire tenir le fil, surtout si l'on admet, et cela est assez vraisemblable pour Pétrone, que ni l'auteur, ni ses lecteurs n'accordaient à la fable une très grande importance. Dans des récits, comme celui-ci, qui se déroulent, se hâtent ou s attardent suivant la

àntaisie du romancier, on perd moins aux sections ]u'a pu faire le hasard. Par leur nature même, les ro- ^ .nans d'aventure rappellent les invertébrés ; le temps peut les mutiler sans y détruire tout à fait la vie.

Le Satiricon di Aono, la forme d'un récit. J'ai parlé déjà du narrateur, Encolpe, et de son caractère. Avec lui et grâce aux accidents de sa vie, le lecteur parcourt tous les rangs inférieurs de la société romaine et descend jusqu'aux derniers échelons. On peut supposer que le S«/mco/i devait comprendre la plupart des épisodes qui faisaient le fond des romans grecs et qui ont ensuite caractérisé le genre : voyages sur mer avec tempêtes ; tremblements de ) terre; rencontres imprévues; reconnaissances; amants se maudissant, se fuyant et se cherchant; voleurs se volant les uns les autres et se retrouvant tout à coup face à face au marché; querelles, coups, disputes, orgies ;bref, toute la collection des éléments dits romanesques. De la série de „\ ces incidents je n'en vois guère qu'un qui manque ici et simplement peut-être par l'effet du hasard : si nous entendons parler d'un vaisseau où nos héros sont en danger, s'il y a une tempête, cependant les pirates n'apparaissent pas ^ dans ie Satiricon, où vraiment ils nous manquent ; ils ne sont cités

1. 11 est clair que archipirala (p. 69, 11) et piratas (p. 7, 10, et p. 91, 4) ne sont que des laçons de parler.

ici qu'en compagnie des tyrans, comme un des fantoches habituels aux déclamations d'école; au point de vue du roman, c'était peut-être un thème archiusé dont Pétrone aura dédaigné de se servir pour son compte. Mentionnons à part, comme il le mérite, le long épisode dont nous avons déjà parlé, que nous avons, ce semble, en entier et que nous examinerons séparément : le festin chez Trimalcion.

Le lieu de la scène n'est pas Rome, mais la Grande-Grèce ^ En quelle colonie était située cette maison de Trimalcion, autour de laquelle se passe la partie centrale du roman? On hésite entre Pouzzoles, Cumes ou Naples, la ville des doux loisirs [otiosa Neapolis)-. Les allusions ne d épassent guère l ia, régiojx. oui va de Naples à Tarente. Quand le rhéteur Agamemnon énumère les endroits où Ton étudie, il n'ajoute au nom d'Athènes que ceux de Tarente et de Naples 3.

La fin du roman nous transporte dans les murs d'une ville déchue qui, autrefois, nous dit le texte, avait été la première de l'Italie*, à Croton a. Déjà dans l'âge et dans les ouvrages classiques, on citait Crotone comme un exemple des vicissitudes aux-

1. p. 55, 12 : «In deversorio Graecœ urbis.y> Cette ville est appelée colonia : p. 29, 34; 158, 13; et 52, 7.

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