‹ PétroneChapitre 26 sur 115 · Au chap. cxvi, p · texte numérisé non relu

Au chap. cxvi, p

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quelles les villes sont sujettes, et la tradition y plaçait des anecdotes spirituelles qu'on développait à plaisir*. Crotone renaît dans le S«/mcon pour devenir V Utopie des coureurs d'héritage. La fantaisie de Pétrone se donne, à cette occasion, libre carrière; mais on sent bien qu'en réalité il parle de Rome ; c'est là (qui ne le sait?) qu'a lieu la course aux héritages; laque les testateurs font des dupes. Tout Tépisode est des plus piquants; la conception en est hardie et l'exécution spirituelle. Il est facile, d'ailleurs, d'en donner l'idée en quelques mots.

Le vieux poète et ses compagnons avaient été jetés sur la côte de l'Italie par un naufrage. A terre, on leur apprend qu'ils se trouvent près de Crotone, la ville des coureurs d'héritage {heredipetœ) . Ce qu'on tait ailleurs en cachette, avec hésitation, se pratique là ouvertement et sans scrupule; à l'image qui nous est offerte, est joint ici un grain de fantaisie qui relève et transforme la réalité du monde romain : on nous raconte qu'à Crotone les pères de famille sont honnis ; les célibataires riches obtiennent respects, cadeaux, honneurs publics. La ville ressemble, nous dit-on, aux champs de bataille où l'on

1. Voyez le commencement du livre ii des Rheforica ou, comme on disait autrefois, du De Inventione de Cicéron : « Grotoniatae cwm florereni omnibus copiis et in Italia ctim primis beati numerarenlur...»^ et Panecdote de Zeuxis y choisissant les cinq plus belles jeunes filles pour former le type de son Hélène.

ne voit que cadavres et vautours* : il n'y a ici que grugeurset grugés.

Le terrain reconnu, le personnage le mieux doué pour Fimagination, le poète Eumolpe, a bientôt arrêté son plan d'attaque; il montera une pièce [mimum) aussi facilement qu'il Veut écrite. Les anciens n'ont pas dit qu'Ulysse ait su profiter de la le(;.on que lui avait donnée Tirésias, soufflé par Horace ; Eumolpe a son éducation faite ; il n'a pas besoin de conseils et ne manque pas de telles occasions. On le présente aux habitants comme un vieillard possédant d'immenses richesses; c'est un (Carthaginois naufragé que le chagrin, la perte d'un enfant chéri ont éloigné momentanément de son pays. Dupes aussitôt d'accourir ; tous donnent dans le panneau. Entre temps, les mendiants d'hier vivent en riches aux dépens de ceux qui comptent hériter d'eux^.

L'expédient peut paraître assez pauvre et surtout

1. A côté de la fiction, indiquons tout au moins ce que nous.

I offre l'histoire : une monnaie de Crotone, qu'on trouvera reproduite

/ dans Y Histoire grecque de M. Duruy (t. II, p. 170), porte au droit

\ un aigle tenant sous sa griffe une tête de cerf.

t 2. Ben Johnson ne s'est-il pas souvenu de cet épisode quand ii a peint son Renard^ ce gentilhomme vénitien qui, en feignant d'être malade, se fait agréablement entretenir par des amis à qui il promet son héritage? Le parasite Musca tient là, avec plus d'éclat, le rôle que remplissent ici les amis d'Eumolpe ; on y voit aussi de plus près les corbeaux, jeune et vieux corbeau, mari jaloux, mais complaisant, etc. Consulter Mézières, Prédécesseurs de Shakspeare^ chap. x, p. 327 et suiv.

périlleux. L'Afrique n'était pas loin; il eût suffi d'un souffle pour renverser ce château de cartes. Un Pétrone ne pouvait manquer de prévoir Tobjection : pour y parer, que fait-il? Comme nos auteurs, il la met hardiment dans la bouche d'un de ses personnages ^ Le lecteur se fera de lui-môme cette réponse qu'à part la bonne volonté des dupes, toute mystification a besoin pour réussir, même pour commencer, de l'appui de la fortune. L'excuse estelle insuffisante et voudrait-on tenir l'épisode pour invraisemblable? Il se trouve que l'histoire du temps a presque justifié le roman, et que Tacite fourni- ^ rait un commentaire, aussi imprévu qu'excellent, / de ce passage de Pétrone. Les Annales'^ racontent^ en eflet qu'un aventurier proposa à Néron de retrouver pour lui les trésors de Didon. Dans notre siècle, si les gouvernants ne repoussent pas toujours, dès le début, de telles propositions, ils se gardent tout au moins de faire les avances. Néron ne contrôla rien ; il donna tout, vaisseaux et rameurs. Il ne fut plus question à Rome que de cette merveilleuse aubaine. On célébrait les Quinquennales, Les orateurs et les poètes saisirent l'occasion de glorifier un prince sous qui la terre produisait d'un seul coup de telles richesses. On consuma l'argent qu'on

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