Ghap. Lxxxv à lxxxvii
2. Remarquez ce trait d'observation fine et vraie : ce n'est pas "dans la bouche du rhéteur, c'est dans celle d'Eumolpe que Pétrone ^ mis les jolis contes: la Matrone d'Ephèse, et ce qui, au gré de
penserait plutôt, toute question de mœurs et de vie à part, à un personnage réel, à l'un de nos écrivains du siècle dernier, lui aussi fécond, inégal, tout fumeux. J'allais nommer Diderot et je recule. D'abord il n'a pas fait de vers ; d'autre part, ses admirateurs passionnés se seraient récriés, peutêtre indignés. Et, cependant, ne fût-ce qu'en faveur de certains contes exquis d'Eumolpe, Diderot luimême eût-il si vivement protesté ?
Le trait caractéristique d'Eumolpe est, je l'ai dit, de vouloir lire partout ses vers. Pour donner à la scène un cadre approprié, plaçons-la, d'après le roman lui-même, aux bains publics, dans ces thermes nécessaires aux plus petites villes de province, où le déclamateur jouissait du retentissement de sa voix ^ mais où résonnaient aussi tout autour de lui ces cris et ces bruits multiples qu'a décrits Sénèque '. Avec Eumolpe, le tout se fondait en une seule clameur, et l'on n'entendait plus à la fin qu'une immense malédiction jetée au métromane importun.
Tel est le rôle du vieux poète dans le roman. Si curieux, si piquant que soit ce caractère, il nous im-
Tauteur, devait sans doute en être le pendant : le récit dont je parlais à l'instant ; autrement : l'aventure d'Eumolpe à Pergame.
1. Horace, Sat. I, iv, 76 : Suave locus voci resonat conclusus. Cf. ici Trimalcion, au chap. lxxiii, p. 49, 21.