‹ PétroneChapitre 37 sur 115 · P. 27, 30 : «poemata rfo;/2mt sm · texte numérisé non relu

P. 27, 30 : «poemata rfo;/2mt sm

.1. Nous avons, dans ce passage du roman, un souvenir ou mieujt

A mesure qu'on approche de la fin du roman, les vers deviennent plus nombreux. Ils occupent presque autant de place que les morceaux de prose dans Tépisode de Circé, et, dans sa dernière infortune, Encolpe et la prêtresse qui prétend le secourir répandent à qui mieux mieux, et comme en guise de remède, de longues tirades poétiques.

Remarquons aussi que les vers sont souvent employés par l'auteur pour produire Tun de ces effets^ de contraste qu'il semble affectionner : vous entendrez un personnage exprimer, avec l'élégance propre aux vers, des sentiments nobles, élevés, poétiques, et, tandis qu'on plane, éclatera tou^t à coup quelque accident grotesque et vulgaire qui jure avec tout le reste. Ce sont les deux faces de la vie brusquement opposées l'une à l'autre, la chute dans le grotesque étant d'autant plus profonde que les vers avaient d'abord porté plus haut le lecteur.

A voir la facilité de facture et la prestesse de quelques-uns de ces petits poèmes, on comprend h merveille que les anciennes anthologies aient fait de nombreux emprunts au Satiricon, Encore au siècle dernier, un connaisseur en petits vers. Volune caricature des habitudes élégantes de la Grèce ; voyez, dans VHistoire grecque de M. Duruy (t. I, p. o25), la gravure dans laquelle est représenté, d'après une coupe de Tanagra, le personnage qui, à la fin d'un banquet, chante des vers de Théognis.

taire, semble avoir ressenti vraiment pour les poèmes insérés dans le roman l'admiration qu'il affectait pour tout l'ouvrage, et c'est avec grand'raison qu'il signale dans le nombre de véritables perles.

Mais, en dehors de ces plaisirs de société que la mode multipliait, quelle idée se faisait-on, au 1*" siècle, de la poésie, de son passé et de sa destinée? Deux passages principaux sont à relever dans le Satiricon et, dans l'un et l'autre, se présentera la difficulté dont nous parlions : faut-il y voir une thèse plus ou moins paradoxale d'un personnage du roman, ou l'opinion véritable du romancier? Nous avons d'abord, au commencement du roman, l'entretien d'Encolpe et d'Agamemnon sur l'état présent des lettres. Pour eux, la décadence générale ne fait pas question. Tout le monde en a conscience. On l'attribue à des causes diverses ; c'est un sujet de discussions sans fin ; mais il n'est que trop clair que les temps classiques ne sont plus; la veine a tari et l'on ne voit plus de chefs-d'œuvre. En attendant, l'on vit comme on peut. La poésie n'est pas nommée expressément dans ce passage; mais il n'est pas douteux qu'elle ne tombe sous le coup de l'arrêt qui vise toutes les formes de l'éloquence [facundia)\ l'art des vers est l'une d'elles et partage le sort commun. 11 semble bien que, dans

tout ce premier passage, ce soit Pétrone plutôt (ju'Encolpe que nous entendions.

Il en est autrement des chapitres^ où Eumolpe^ après avoir exposé avec emphase ce qu'il donnecomme sa poétique, prétend joindre l'exemple aux préceptes. On discute beaucoup sur cette partie du roman ; les meilleurs critiques la comprennent tout différemment.

L'auteur a peut-être eu le tort d'être reôté trop peu clair ; tel est au moins le texte qu'a sous les yeux le lecteur moderne ; il se peut que nous ayons, perdu les passages qui supprimaient toute équivoque.

On a l'habitude de prendre à la lettre tout cet exposé 2; d'y voir un système poétique qui serait sérieusement soumis à l'approbation du lecteur ; les idées exprimées seraient celles de Pétrone. Ni le fond des chapitres, ni le ton qui y règne, ne me paraissent d'accord avec une telle interprétation. J'y vois bien plutôt l'écho d'une polémique du A temps, mais un écho railleur, un paradoxe sousforme de thèse, une théorie ultra-classique, que par devers lui l'auteur trouve et que le lecteur doit trouver passablement ridicule, et qui n'appartient qu'au personnage qui la défend. Ce serait un trait

Page 1