A la fin du chap. cxmii
déclamations vaines qui déparent l'œuvre originale. C'est le goût de Lucain servant à le combattre; la défense de rancienne é popée avec tous X les colifichets de la nouvelle, et d'autres agréments encore plus baroques; étrange amalgame qui semble une gageure, qui n'aboutit qu'à une sorte de caricature et qu'on ne comprend bien, suivant moi, que si Ton admet que ces poèmes sont au fond et étaient très clairement, pour les contemporains, de véritables^ pcirodies. )
§ II. — Un rhéteur et de l'enseignement DE l'éloquence sous l'empire
Après la poésie, la prose. Quelle place est faite
dans le roman aux rhéteurs et à leurs élèves; quel
est leur rôle dans la société bigarrée où ils se
trouvent mêlés ; qu'est devenue l'éloquence à Rome
T vers la fin du i^" siècle?
Il nous semblait, d'après Suétone et Quintilien, que jamais la rhétorique n'avait été autant en faveur que vers le commencement de l'empire ; et pourtant on se plaint ici de l'indifférence du public. Il faut croire que les plaintes sont de tous les temps; qu'elles éclatent quoi qu'on fasse, et que, de toutes les branches de l'activité humaine, il
n'en est aucune qui pense jamais être estimée à son prix. Columelle, Sénèque, tout le monde à cette époque gémit sur Tabandon des arts utiles et des études libérales ; on accuse, on énumère les défaillances de l'âge présent. C'est un concert de lamentations en dehors duquel il semble que les rhéteurs auraient dû se tenir, pour toutes sortes de raisons. Ils avaient pour eux l'opinion, les avantages matériels ; que voulaient-ils de plus ? Nous qui jugeons l'arbre à ses fruits et qui croyons celui-ci stérile, s'il n'est pas funeste, nous avons peine à comprendre que les Romains, engagés dans la rhétorique comme dans une carrière, n'aient pas été à cette époque plus que satisfaits. Rome retentissait du fracas de leurs écoles. On leur dressait des statues au forum. Combattus et méprisés par les philosophes, par les historiens, par les poètes, enviés par tous, les maîtres de rhétorique ne daignaient pas répondre à leurs adversaires ou reconnaître entre eux de véritables rivaux.
Et cette puissance de l'art de la parole a longtemps duré. Pendant tout le temps de l'empire, jusque sous le règne des Goths et des Vandales, le nom à'orator et mieux A'orator urbis Romœ est resté une manière de titre * .
1. Songez par exemple à Donat ou à ce Félix magisler qui aida le consulaire Vettius Mavortius dans sa recension des œuvres lyriques d'Horace.
Un moment, on avait renchéri encore sur cette faveur continue. Vers la fin du règne de Claude, il ne produisit une sorte de renaissance dansjtoutes les études littéraires, mais surtout dans la rhétorique, qui semblait les résumer. Les représentants de cet art ne manquèrent pas d'exploiter habilement la mode présente. A Texemple de Néron, tout le monde s'exerçait à déclamer. De Rome jusqu'à Thulé, le rhéteur débitait gravement ses oracles ; il paraissait y croire ; peut-être y croyait-il. Sa prétention était de veiller sur les sources de l'éloquence, et de n'en permettre l'accès qu'aux initiés. Les grandes œuvres étaient toujours promises, rejetées dans Tavenir. 11 fallait bien reconnaître « qu'on n'improvise rien de grand ». Dans l'entretemps, si le rhéteur était habile, et le fond de son métier consistait à donner des leçons d'habileté, il s'assurait la fortune; beaucoup obtinrent le rang sénatorial; d'où cette sorte de proverbe : « De rhéteur tu seras fait consul » ; « fies de rhetore consul^ ». C'était leur manière de prolonger, sous l'empire, la puissance de la parole. La tradition de l'école répétait que c'était l'éloquence qui avait fondé d'abord les sociétés primitives; productive encore après tant de siècles, elle fondait présentement le bien-être de qui l'enseignait.