Hist,^ m
l'éloquence dans le SATIRICON 101
trance^ C'était de part et d'autre un genre d'éloquence indiscrète et quelque peu folle à force d'être convaincue ; Tacite l'appelle dans le dernier passage : vecors facundia. Notre rhéteur n'est pas de ces gens. Son talent est rassis, son langage posé et prudent. Il ne perd pas ses paroles. Sa confiance en son art ne le conduira jamais jusqu'à exposer sa vie. Il s'en sert pour bien vivre. On ne voit pas qu'il ait trop de scrupules. Par contre, il connaît les bonnes maisons, surtout les bonnes tables; il s'en ménage l'accès pour lui et ses amis. C'est, en dehors de l'école, sa propagande par le fait. Dans son for intérieur, il estime à leur prix ceux qui le nourrissent : cela suffit à ses yeux pour racheter les flatteries qu'il leur paie en guise d'écot. Agamemnon parle quelque part de ces hommes qui, lorsqu'ils cherchent à attraper de bons dîners chez les riches, ne songent qu'à trouver ce qui peut être le plus agréable à leurs auditeurs : « Ils n'obtiendraient rien, dit-il, s'ils ne tendaient des pièges aux oreilles 2. » Il connaît à merveille cette espèce d'hommes, leur art, leurs amorces; autrement il ne se connaîtrait pas lui-même. Le hasard, sans doute, lui a fait rencontrer, à la porte de son école, Encolpe et ses compagnons. Il leur offre l'hospitalité aux