‹ PétroneChapitre 52 sur 115 · VIII, 23, et I · texte numérisé non relu

VIII, 23, et I

ont été, eux aussi, métamorphosés, mais, hélas! en pures déclamations.

11 en est tout autrement avec Pétrone. C'est chez lui et chez lui seulement qu'on entendra de vrais entretiens d'hommes du peuple. La peinture des petites gens dans le Satiricon est exacte, franche, sérieuse ; nQÏTpàs, iJL est vrai, sympathique. Ne cherchez ici "^ aucune de ces expressions de pitié qu'en de telles occasions, nous aimons à rencontrer chez nos contemporains, et où nous sentons, avec joie, l'homme sous l'auteur. De cet observateur n'attendez même pas de bonté vraie ; il n'a guère que de la curiosité. Pétrone ignore ou affecte d'ignorer les misères des petites , gens; il ne connaît que leurs ridicules.

Sous son indifférence insouciante, on sent même un persiflage continu, heureusement contenu aussi, et qui ne gâte pas l'effet général. Nous comprenons bien à quel ordre d'esprit il appartient, et nous avons connu en d'autres temps le même caractère. Le Régent, si l'on en croit M""® du Deffand, ne voyait dans le monde que deux classes d'hommes : les sots et les fripons. Pétrone eût goûté cette manière de grouper les gens ; il semble dire : cherchez les sots parmi les illettrés, surtout chez les parvenus et dans leur entourage ; pour les autres, voyez à la cour et partout.

Si, dans d'autres parties du livre, par exemple

dans Tépisode de Polyène et de Circé^, Pétrone pousse plus d'une fois Félégance de la forme au point de donner à ses lecteurs un avant-goût du style culto^ dans les conversations des affranchis de Trimalcion, surtout dans celles qui ont lieu en Tabsence du maître [dulces fahtdre)^, les convives, jouissant d'un moment de répit, reviennent librement à leurs habitudes d'origine; car, tant que Trimalcion est présent, lui seul a la parole ; alors même qu'il fait une demande à un convive, il se hâte de couper court à la réponse : il est chez lui et il le fait sentir. En son absence, ses invités respirent ; nous pouvons entendre et savoir pour quelques-uns ce qu'ils sont.

Quelle est la condition de ceux qu'on nous fait connaître? C'est Dama, un ancien esclave; un ancien employé de pompes funèbres [libitinarius), C. Julius Procuius, qui est, nous dit-on, en bon rang dans un tel milieu^ ; Echion, un fripier [centonarius) ; vers la fin arrivera une sorte de magistrat rural, l'homme le plus distingué de la compagnie, Habinnas : c'est un entrepreneur de monuments funèbres. D'avance on devine ce que pensent, ce que peuvent dire ces pauvres gens, surtout dès qu'ils

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