Voir, pour quelques exemples, la note de la p. 123, n
LA LANGUE ET LE STYLE DANS LE SATimCON i77
explorent souvent sans oser l'exploiter, et qui forme comme un très beau revers, comme la double face, nette et non moins bien frappée, de cequ'onnomme Turbanité.
Pour nous, modernes, le plaisir n'est pas et ne pouvait être le même; non seulement parce que nous ne sentons plus le goût de terroir qui, dans le langage, n'est pas moins estimé qu'ailleurs ; notre misère est surtout de rencontrer dès l'abord, dans ces parties du roman, des difficultés dont bien souvent nous ne triomphons pas. D'épaisses ténèbres ont recouvert pour nous toutes ces racines de l'idiome romain. A la succession rapide et en apparence désordonnée des images et des sentiments, nous reconnaissons bien les habitudes delà langue du peuple. Mais, dès qu'il s'agit d'analyser ces phrases ou môme simplement de comprendre ce langage, nous sentons que, pour une bonne partie, il nous échappe. C'est ici la forme, là c'est le sens du mot qu'on ignore. Par quelques passages des comédies, surtout par les inscriptions, nous avions quelque connaissance de ce qu'était la langue populaire à Rome. Les discours des affranchis de Pétrone y ont ajouté une ample collection de proverbes, de mots et de tournures dont on n'a pas d'autre exemple. Mais c'était un texte nouveau, sans commentaires. D'où il suit que, dès que le sens général
OU que les termes voisins n'éclairent pas suffisamment un mot jusque-là inconnu, depuis deux siècles les plus habiles restent àcourt. Faute d'une clé, nousignorons, il faut Tavouer et nous y résigner, une bonne partie de ce langage que tout esclave gouailleur, que tout verna de Rome ou de la banlieue de Rome entendait et parlait à merveille. Des glosespubliées maintenant complètement et correctement en un Corpus suivi d'un index, on a déjà tiré de très précieuses indications ^ Mais longtemps notre principale ressource sera de recourir à l'aide des langues romanes. C'est en elles que s'est transformée, mais aussi que s'est conservée, au moins pour le fond,, la langue populaire de l'ancienne capitale du monde. M. Cesareo^, qui a eu l'idée de faire cette comparaison, a pu jeter par là quelques lumières sur plus d'un passage quasi inintelligible du Sati- 7ncon, La méthode est ingénieuse ; elle paraît féconde, et, comme les énigmes ne manquent pas, elle nous vaudra sans doute encore plus d'une solution.