Bihl. franchise, l. VI, p. 212 et
5. On a prétendu que Vcncltc avait fait imprimer à Amsterdam, en 1696, uo vocabulaire composé par lui pour l'intelligence du texte du Saliricon. Je n'en ai retrouvé aucune trace. Au surplus, les auteurs de \' Histoire liiléraire de la France, t. I, v^ partie, p. 207, disent que ce vocabulaire est demeuré manuscrit.
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1/6 passage suivant de Huet' suffirait à nous apprendre en quelle estime Pétrone est tenu alors. « On est, dit-il, si fort prévenu en sa faveur que tout en plaist, parce qu'on croit que tout en doit j)laire. Pour moi, j'ose dire, avec la permission de ses admirateurs, que s'il avoit esté plus honneste, il aurait été moins lu et moins estimé, et que son obscénité a fait dans l'esprit de plusieurs la meilleure partie de son mérite-. »
On ne se contente pas de lire, de traduire et de goûter Pétrone ; on le prend pour modèle. En 166;") avait î aru l'élégante et spirituelle imitation du conte de la Matrone d'Ephese, par Saint-Evremond (conte ajouté aux Nouvelles en vers, par INl. de L. F., Paris, Claude Barbin, 1665, in-12, p. 33-60), réimprimée à la suite du Jugement sûr Séneque, Plutarque et Pétrone. (Claude Barbin, 1670, in-12, p. 111 cà 127». Tout le monde sait comment La Fontaine a fait sien ce joli contp de la Matrone d'Ephese ; sa charmante
1. Lettre de M. Huet à M. de Segrais. De l'Ori<jine des romans. 2« éd. Paris, Mabre-Cramoisy, 1678, p. 115.
2. Tout en considérant encore l'œuvre de Pétrono comme uno " raillerie fine et piquante contre les vices de la cour de Néron «, p. 112, Huet a judicieusement apprécié le Satiricon, en ce qu'il fait observer que c'est une Ménippée ot en ce qu'il lui donne le nom de roman. Il reproclie au style de Pétrone quelque alTectation : « Il est, dit-il, un peu trop peint et trop étudié, et il dégénère trop de cette simplicité naturelle et majestueuse de l'heureux siècle d'Auguste. >»
<U PETROXE EX FRAXCE.
et originale imitation parut en 1682, à la suite g''" Poème du Quinquina (chez Denis Thierry et Claude Barbin, p. 57 à 72). Nous nous bornerons à en rappeler le début :
S'il est un coûte usé, commun et rebattu,
C'est cehiy qu'en ces vers j'accommode à ma guise.
ht pourquoj donc le choisis-tu V
Qui t'engage à cette entreprise?
X'u-t-eJIe point déjà produit assez d'écrits?
Quelle grâce aui-a ta matrone
Au prix de celle de Pétrone ?
Comment la rendras-tu nouvelle à nos esprits V Sans répondre aux censeurs, car c'est chose iutiuie, Voyons si dans mes vers je l'aura}' rajeunie.
Dans Ephèse il fut autrefois, etc.
Ce conte de la Matrone d'Ephese est aussi porté à la scène. Dès 1614 on avait joué au théâtre français VEphésienno, tragi-comédie en cinq actes et en vers, avec chœurs, par Pierre Brinon, conseiller au parlement de Normandie \ La Matrone d'Eplûse ou Arlequin Grapignan, comédie en trois actes, en prose, par Nolant de Fatouville, est représentée pour la première fois par les comédiens italiens du roi dans leur hôtel de Bourgogne, le 12 mai 1682. « Une seule scène, dit ^l. Régnier {op. cit. p. 66), se rattache à
1. Voir l'analyse de celte pièce dans Vllisloire du IhéiUre français, des frères Parfait. Paris, I7i5, t. IV, p. 18«.
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<tre conte, dont elle est la parodie, celle qui est intitulée : Scène du compliment et de la bouteille \ »
La dissertation, déjà citée, de Saint-Évremond prouve tout particulièrement de quelle faveur jouissait Pétrone auprès de certains esprits. Sainte-Beuve [Fort-Royal, t. III, p. 438) a bien fait voir les affinités qui existent entre l'aimable épicurien et le romancier latin. Saint-Evremond ne tarit pas en éloges sur les mérites de Pétrone'-' : « Il est, dit-il, « admirable partout, dans la pureté de son style, « dans la délicatesse de ses sentiments. Mais ce qui « me surprend davantage, c'est cette grande facilité « à nous donner ingénieusement toute sorte de carac- « tères... Pétrone, d'un esprit universel, trouve le « génie de toutes les professions et se forme comme « il lui plaît à mille naturels différents... S'il intro-
1. Il n'y a aucune vraisemblance dans l'hypothèse émiso jiar M. Casimir Morawski {VÈos de Lcmberg, t. I, 1894), que Molière, pour le caractère de son bourgeois gentilhomme, so serait souvenu de Trimalchion. Je ne trouve nou plus aucun rapport entre la Cena Triinalchionis et le Repas ridicule de Boileau, qui a paru en itiii5, l'anne'e d'après la publication du fragment de Trau. La satire do Boileau s'inspire uniquement d'Horace et de Régnier; mais j'admets cependant que le bruit fait autour de la Cena ait pu lui suggérer l'idée de composer, lui aussi, un festin ridicule.
2. Sa mort lui semble « la plus belle de l'antiquité ». Jugement sur Sénèque, Plularque et Pétrone, p. 22. Il écrit au comte d'Olonnc après sa disgiàce, en 1674 : « Que les malheureu.K ne cherchent pas dans les livres à s'attrister de nos misères, mais à se réjouir de nos folies. Par cette raison, vous préférerez à la lecture de Sénéque, de Plutarque et de Montaigne, celle de Lucien, de Pétrone, de Don Quichotte. 1) [Œuvres, éd. de 1726, Amsterdam, t. Ill, p. 160.)
72 PÉTUOXE EX FRAXCE.
« duit un déclamateur, il en prend si bien l'air et « le style, qu'on dirait qu'il a déclamé toute sa vie. .. « Tout ce que peut faire un sot ridiculement magni- « fique dans un repas, un faux délicat, un iraperti- « nent, vous l'avez sans doute au festin de Trimal- « cion... Il n'y a naturel, il n'y a profession dont •< Pétrone no suive admirablement le génie. Il est « poète, il est orateur, il est philosophe quand il lui « plaît... ]\Iais ce que Pétrone a de plus particulier, « c'est qu'à la réserve d'Hoi'ace en quelques odes, il « est peut-être le seul de l'antiquité qui ait su parler de « galanterie... Nous n'avons point de roman qui nous « foui-nisse une histoire si agréable que la Matrone « d'Êphèse; rien de si galant que les poulets de Circé « et de Poliénos, et toute leur aventure, soit dans « l'entretien, soit dans les descriptions, a un carac- « tère fort au-dessus de la politessse de notre siècle'. » C'est contre l'excès d'une telle admiration que Ijoileau croit devoir protester par ces vers :
Quoi qii'fii ses bL'uiix discours 8aiut-E\n-eiiioii(l uoii.s proiu', Aiijoiird'luii j'en croirai Séuèqne avant l'rtroue ■ .
1. Op. cit., p. 43 et passim. Au lomo X 30', [i. 1 110-203, flu Uocueil Conrarl (Bibliotlièquc de l'Arsenal) sous le litre : Senlimens de M. Conrarl sur Séiièque, PluUirque et Pétrone, on ne trouve que la transcription purL- et simple de quelques pages de Saint-P^remond.
2. Sal. XI, V. 69. « Il a fait une dissertation dans laquelle il donne la préférence à Pétrone sur Sénéquc. » (Noie de Boiieau.)
On lit dans l'Introduction des Journal et Mémoires de Mathieu
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Au tome I" des Mélanges curieux des meilleures pièces attribuées a M. de Saint-Évremond (Amsterdam, chez Covens et Mortier, 1726), p. 71-116, sous ce titre : Fragment de Pétrone, on trouve une imitation libre et une copieuse paraphrase ^ du morceau contre les déclamateurs (Sativic., 1, 2), mêlée de fragments de traductions et suivie du conte de la Matrone d'Éphèse. Dans sa préface, l'éditeur dit en parlant de ces deux pièces et d'une autre intitulée : De l'Usage de la vie : « Les trois pièces contiennent « des réflexions très sensées. On m'avait assuré « qu'elles étaient ^e M. de la A'alterie, qui nous a « donné une traduction d'Horace, de Juvénal et « de Perse ; mais il y a quelque lieu d'en douter » (p.V)^
Venons à un écrivain qui fut, au xvii" siècle, considéré comme l'héritier le plus direct de Pétrone, à Bussy-Rabutin, dont Vigneul-Marville a pu écrire : « M. de Bussy-Rabutin était du côté du sang d'une
Marais par M. de Loscure (Paris, F. Didot, 1863) p. 18 et 25 : « Il existe une conversation do Boileau du 12 décembre 1703, recueillie et nole'opar M. Marais, tombée parmi les papiers de Brosselte dans
les cartons d'une collection célèbre On y trouve, enire autres
choses, une courte et vive dissertation sur Pétrone. »
1. « J'ai, dit l'autour, l'esprit tellement nu pour la liberté qu'il n'est pas en mon pouvoir de l'assujettir aux règles d'une traduction fidèle. C'est pourquoy j'ai pris la hardiesse de lier les sens interrompus de Pétrone par des choses qui sont purement de moi. » (p. 74).
2. Goujet {Bibl. française, t. 1, p. 359) n'hésite pas à désigner La Vailcrie comme le traducteur de ces morceaux.
<4 PETKOXE EX FRANCE.
« ancienne noblesse de Bourgogne ; du côté de l'es- « prit, il descendait d'Ovide et de Petronius Arbiter, « chevalier romain , dont il nous reste une fameuse «satire en langue latine \ » C'est à peu près à l'époque où paraissait le fragment retrouvé à Trau, que Bussy-Rabutin était enfermé à la Bastille (17 avril 1665), à la suite de la publication faite en Hollande, sans son aveu, de ï Histoire amoui^eiise des Gaules^ dont plusieurs passages sont imités de Pétrone. L'épisode d'Ardélise et Trimalet (la comtesse d'Olonne et le comte de Guiche)'- traduit par endroits presque littéralement l'aventure de Polyœnos et de Circé (ch. 127 à 132). Bussy a pris aussi à Pétrone le nom de Giton, qu'il donne au comte de Manicanip. A cela se bornent les emprunts directs de Bussy au Satiricon. j\Iais, en d'autres parties encore, il semble s'être inspiré de l'esprit de Pétrone, au point que 8ainte-Beuve a pu dire qu'il se l'est proposé pour modèle et pour idéal'. Il y a toutefois cette différence essentielle entre Vllistoiye amoureuse des Gaules et le Satiricon, que celui-ci n'est qu'un roman, et que l'autre est un pamphlet, une
1. Mélanges d'hisloire et de lilléralnre, I60i), p. 273. (l^aiis, lîcsoiguo.j
2. Histoire amoureuse des Gaules, éd. Livct. Paris, Jannct, 185G, t. I, p. 122-130.