Ibid., p
motivant par des exemples la rigueur de son arrêt. Il lui reproche d'avoir rendu Pétrone avec peu de fidélité, de précision, d'élégance et de naturel. « Pourquoi a-t-il énervé la force de ses pensées par des paraphrases insipides; éteint ^le feu de ses idées par des tours froids et languissants ; altéré la charmante naïveté de ses sentiments par un choix aflfecté de mots précieux; substitué en un mot à un original plein de vie une copie languissante et inanimée? N'est-ce pas imiter ce tyran dont il est parlé dans Virgile qui appliquait des corps morts à des corps vivants? »
A l'insuffisante version de Dujardin, Fréron oppose, pour le début du Satiricon, la sienne i)ropre, qui a du monis le mérite d'être plus exacte. « J'ai, dit-il, tâclié de tout exprimer, et j'éprouve que plus on est littéral, plus on a de force et d'énergie. »
Parmi les grands écrivains du xviir siècle. Voltaire est à jjcu près le seul qui semble s'être préoccupé de la question de Pétrone. 11 y revient à diverses reprises, et toujours pour protester contre l'assimilation qui était faite communément entre le Satirico7i et les codiciUi du con>ul Pétrone. Son bon sens l'avertissait que les commentateurs s'égaraient quand ils s'appliquaient à découvrir dans cette œuvre des traits de satire dirigés contre Néron et ses
PÉTRONE AU XVIIl^ SIECLE. 97
courtisans \ « C'est, disait-il, s'ing-énier à retrouver toute la cour de Louis XiV dans Guzman d'Alfarache et dans Gil Blas ". » — « Quel rapport d'un vieux financier grossier et ridicule (Trimalchion), et de sa vieille femme, qui n'est qu'une bourgeoise impertinente qui fait mal au cœur, avec un jeune empereur et son épouse, la jeune Octavie ou la jeune Popée? Quel rapport des débauches et des larcins de quelques écoliers fripons avec les plaisirs du maître du monde ^? » Et ailleurs* : « C'est le comble de l'absurdité d'avoir pris de siècle en siècle cette satire pour l'histoire secrète de Xéron^ mais, dès qu'un préjugé est établi, que de temps il faut pour le détruire ! »
Aux yeux de Voltaire, Pétrone est « un jeune écolier...', un jeune homipe obscur, qui n'eut de frein ni dans ses mœurs ni dans son style ' » . Il félicite les éditeurs de la Bibliothèque des romans d'avonmis le Satiricon à la tête des plus singuliers romans
1. Marmontel [Essai sur les romans) considéi-era encore l'ouvrage de Pétrone comme « une satire obscène, élégamment écrite, lies vices de Néron et des infamies de sa cour ».
2. T. 28 (éd. de Kelil), p. 263, Des Mensonçjes imprimés, XXXVI.