Cours de lilléralure, éd. de l'an VU. I. II, p. 178 sq
Pétrone peut bien avoir été des petits soupers de Potsdam. En tout cas, Frédéric le Grand l'a lu, car il écrit dans une Epître a son maître d'hôtel :
• Pétrone ainsi peint le festin bizarre Que lui donna certain Trimalciou :
On y servait avec profusion Des animaux entiers de toute espèce...
Les conviés tous ravis, en extase, A cet aspect jetèrent de grands cris : Le cuisinier fut loué par bêtise :
Chacun mangea selon sa friandise...
Qui serviroit à présent à ses hôtes Un tel repas, au lieu d'être loué, Des successeurs des Térences, des Plantes, En plein théâtre en serait bafoué'.
Dans la seconde moitié du xviu^ siècle, Pétrone est moins cité et semble moins lu. La France avait, il est vrai, son Pétrone, si Palissot a justement nommé l'auteur du Satiricon le Crébillon latin'. Mais Crébillon ne paraît pas avoir connu Pétrone.
Diderot le possède assez bien. Pour l'auteur
1. Berchoux {Gast7-onoinie, S" édit. 1804), dira au contraire : i( Lisez, pour vous former l'esprit et vous mettre en état de parler savamment en gastronomie, la description que Pétrone fait du festin de Trimalcion, c'est-à-dire de Néron » ; p. 136, note 31 du chant m, à ce vers :
Puisez dans Martial, dar.s Pétrone et Plutarque.
2. Correspondance de Palissot. Cf. Rigoley de Juvigny (Vie de Piron) ea tête de l'édition de 1776. Neucliàtel. Il dit, t. I, p. 79; a Son fils (Crébillon), le Pétrone du siècle. «
(le Jacques le Fataliste, cela n'a pas lieu de nous étonner : « Je lis quelquefois mon Pétrone, » écrit-il. (Essai sur la peinture, cli. V.) Ailleurs il se représente à nous allant, quand il était jeune, chez M"* Babuti, libraire, qui devint la femme de Clreuze : « J'entrais avec cet air vif, ardent et fou que j'avais ; et je lui disais : « Mademoiselle, les « Contes de La Fontaine, un Pétrone, s'il vous plaît, etc.» {Salon de 17()5, 121. Portrait de Madame Greuze.) Pétrone occupait sans doute une certaine place dans ses conversations avec M"" Voland; c'est ce qu'on peut induire d'une lettre fort libre de Diderot à son amie (année 1700) au sujet de l'abbé Galiani : « Un certain Ascylte de votre connaissance, un certain Lycas, ausside votre connaissance, etc. », écrit-il. Or ce sont là des personnages du Satiricon. Toutefois, nulle part Diderot ne semble avoir imité Pétrone, qu'il ne nomme pas une seule fois (chose étrange) dans VEssai sur les règnes de Claude et de Néron. \J Encyclopédie aussi est muette au mot : Pétrone. Elle ne renferme pas non plus d'article sur le Satiricon, même sous la rubrique générale : Satiriques et Satires '.
1. J.-J. Rousseau, qui luciitioiiuu la murt de Pétrone, surnommé 1' « arbitre du goût », [Discours sur les sciences et les artsi, no fait qu'une citation du Satiricon. EHe se trouve au livre III de VÉmile: « Le cas qu'en fait le riclie (des babioles des artistQSj no vient pas
Un des morceaux les plus licencieux du Sath'icon, le conte de l'éplièbe de Pergame, se retrouve, mais avec les modifications indispensables, dans le conte des Amants généreux de Gentil Bernard \ On a prétendu aussi que Piis et Barré ont repris le même conte dans les Amours d'été, vaudeville (1781) ; mais les rapprochements qu'on pourrait établir sont bien vagues et des plus lointains.
Restif de la Bretonne, de son côté, dans une nouvelle intitulée : La Matrone de Paris, imite le conte de la Matrone d'Ephese. {Les Contemporaines ou, Avantures des plus jolies femmes de l'âge présent. 2' édition, XVIP vol. Paris, V Duchêne, 1784 pp. 239-262.)
Ce à quoi on ne s'attendait pas, c'est à voir, pendant la Révolution, Pétrone invoqué pour fournir des circonstances atténuantes aux égorgeurs de septembre. On lit dans M. H. Wallon (Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris, Paris, Hachette, l'<80, 1. 1, p. 24): « Le tribunal criminel du 17 avril 1792 chôme pendant les massacres de septembre.
de leur usage, mais de ce que le pauvre ne les peut payer. Nolo liabere bona, nisi quibus populus inviderit. » {Sat., ch. :oo.)
1. Œuvres. Paris, éd. stéréotype, 1810, p. 181. On lit dans VArt d'aimer, cliant 2'^ ;
l'auiour a ses autours,
Agents muets dont l'atteinte est certaine, D'Uifé, Qulnault, Pétrarque, Tja Fontaine, Pétrone, Ovide et mon Tibnlle aussi.
102 PÉTROXE EN FRANCE.
L'auteur du Bulletin des actes du tribunal, à la date du 3 septembre, a une note ainsi conçue :
« Le retard occasionné dans nos numéros nous engage à prévenir nos abonnés qu'il est la suite nécessaire des événements imprévus, et que le bien de la chose publique a malheureusement rendus indispensables.
« Depuis un grand nombre de siècles, l'on avait vu les plus criminels affronter impunément le glaive de la loi et s'y soustraire. Dans ce sens, Anacharsis avait comparé les lois aux toiles d'araignée qui ne sont funestes qu'aux petits insectes volatiles, mais qu'une grosse mouche, qu'un frelon déchire impunément. L'aimable Pétrone a dit depuis : Quid faciantleges,ubi régnât aurum ^? L'or de la liste civile corrompt tout et arrête l'exécution des lois. »
^'oilà Pétrone coiffé du bonnet rouge !
En revanche, plusieurs éditions du Satiricon, à la veille de paraître, sous la Révolution et sous le Directoire, ont été supprimées par leurs auteurs, parce qu'ils en redoutaient l'action démoralisatrice.
En 1700, Richard Lallement en avait préparé une qui devait faire partie de la collection Barbou. Les deux tiers seulement furent imprimés. Brunet (Ma-