CHAPITRE IV
Nous arrivons à une époque où les manuscrits du Satiricon vont être étudiés de près, comparés, classés, et où le texte sera établi avec plus de sûreté.
Toutefois, pendant la première moitié du xix* siècle, aucun progrès sérieux ne s'était encore accompli. En France, la collection Panckoucke (1834) et la collection Nisard (1842) reproduisent le texte des éditions antérieures. Quant à la collection Leraaire, elle n'accueille pas Pétrone. Louis XVIll, sous le patronage duquel la Bihliotheca classica latina a été entreprise, s'oppose par un veto formel à ce qu'on y fasse entrer le Satiincon. Plus heureux, ce mécréant de Lucrèce, également exclu par le roi, y pénétrera du moins après la chute de la Restauration (1838).
C'est d'Allemagne que vinrent les travaux importants. En 1862, un émineiit latiniste, professeur à l'université de Fribourg-en-Brisgau, aujourd'hui à l'université de Bonn, M, Frantz Buecheler, faisait paraître une édition de Pétrone ^ qui est la première où le texte ait été fixé d'une manière vraiment scien-
1. Pelronii Arbilri Salirarum reliquiœ ex recensione Fiaucisci lueclieleri. Berlin, Weidmanri.
tifique et d'après les règles d'une critique rigoureuse et pénétrante. S'aidant de la recension préparée par Frédéric Jacobs (1764-1847) et des conseils d'Otto Jahn (1813-1869), M. Bueclieler, après avoir revu avec une rare conscience les manuscrits et les éditions anciennes, a sur beaucoup de points très heureusement amendé le texte. Certes, il s'en faut que toutes les difficultés soient résolues et la preuve en est dans les corrections et conjectures proposées fréquemment dans les revues philologiques par les savants et par M. Buecheler lui-même. Mais l'édition de 1862 n'en marque pas moins le point de départ de tout un renouvellement de la critique de Pétrone. Aujourd'hui épuisée et fort recherchée, cette édition^ est précédée d'une Introduction qui a disparu de la réimpression de 1871 * et de la suivante ■. JS'uI n'a donc au siècle dernier mieux que M. Buecheler préparé la voie aux études ultérieures sur \e Satiricon. Kul n'est plus maître de ce sujet. Depuis, M. Friedlasnder a donné une excellente édition du Festin de Trimalcliion, accompagnée de la traduction allemande et d'un copieux commentaire (Leipzig, Hirzel, 1891, 8").
1. Berlin, Wcklmaiin. — Pelronii Arbilri Satiraruin reliquiœ. Adjeclus osl liber Priapeorum.
2, Berlin, Weidmann, 1882. Id. Adjectaj sunl Varronis et Senecœ salira?, similcsque rcliquiœ.
Parmi les nombreux travaux publiés à l'étranger au xix" siècle sur Pétrone je mentionnerai les plus importants.
Sur les questions relatives à la personnalité de l'auteur, à l'époque, au lieu où se passe l'action du roman, aux mœurs qu'il nous peint, l'étude la plus complète et la plus approfondie est celle, déjà ancienne, de Studer. Elle a paru dans le Rheinisches Muséum (1843, t. II) en' même temps que celle de Ritter. Celle de TeufFel suit d'assez près (ibicl., 1846, p. 510-518). Puis se succèdent le livre de C. Bsck : The âge of Petroyiîus Arhiter (Cambridge, Massachusetts, 1856), l'Introduction de M. Ruecheler à son édition de 1862, les ouvrages ou articles de : Coccliia, Napoli e il SaUjricon di Petronio (Archivio storice per le provincie Xapoletane, XVIII, Napoli, 1893). — A. Sogliano, La questione di Xapoli colonia e il Satyricon di Petronio (ibid., Napoli, 1896). — Margaritori, Petronio Arbitro. Ricercbe biograpbische (Vercelli, Gallardi e Hugo, 1897). — H. V\ . Haley, Quœstiones Petronianœ (Harwarl Classical Studios, t. II, p. 1-40. Boston, 1891).
Si nous passons aux travaux philologiques et lexicographiques concernant le Satiricon, nous devons signaler avant tout les Observationes grammaticœ et criticœin Petronium de Segebade (Hxlle, 1880, typ.
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Karrasiansi) et le Lexicon Petronianum de Segebade et Loramatzch (Leipzig, Teubner, 1898).
La langue populaire chez Pétrone a fait l'objet de plusieurs dissertations, parmi lesquelles on remarque les suivantes :
LùdAvig, De Petronil sernione pleheio. Diss. Marb., 1SG9. — Von Guericke, De l'mguœ vulgaris reliquiis apud Petronium et in inscriptionibics jyarietariis Ponilieianis. Diss. Konigsb., 1875. — J.-A. Cesareo, De Petronii sennone. Romse, 1887. — W. llerœus. Die Sprache des Pdronius und die Glossen. Progr. Otlenbach. (Leipzig, Teubner, 1899. 50 p. in-4''\)
En France, en dehors du livre de Pétrequin, souvent cité ici et qui est surtout bibliographique, les études relatives à Pétrone sont d'ordre plutôt littéraire: M. G. Boissier a consacré au Satiricon nncha,pitre dans l'Opposition soiis les Césars (Paris, Hachette, 1885), et a aussi écrit un jnquant parallèle entre Pétrone et Apulée dans l'Afrique romaine (Paris, Hachette, 1895, p. 243 sq.).
En considérant le Satiricon sous un aspect particulier, ]\L Paul Thomas y a trouvé la matière d'Ingénieuses observations sur le Réalisme dans Pétrone ''.
1. Pdur une bibliugnipliie plus coniplùtc, un poul consuUer la L>e édition de l'Ilisloire de la liltérature latine do M. Jlarlin Seliauz, Geschichte der rômischen LUcralur, zweitcr Toil, zweilo Aullago. Munich, 1901, p. 102. (llandbuch d'Iwan Mijllcr )