Voir sur cette traduction VAppendice II, p
M. Jérôme Doucet, Paris, 1902. Perroud, librcairie des amateurs, 48 p. (Huit compositions de L.-Ed. Fournier et eaux-fortes de X. Lesueur.)
Recueillons maintenant, comme nous l'avons fait pour les époques antérieures, quelques-uns des jugements portés au siècle dernier sur le Satiricon par des critiques ou des littérateurs français.
Charles Nodier écrit ^ : « Le livre dé Pétrone, considéré comme satire de la cour de Xérou , est une supposition absurde. C'est tout bonnement la débauche d'esprit d'un libertin élég-ant qui possède l'art d'écrire à un degré très élevé. M. de Voltaire a traité cette question avec un esprit de critique fort judicieux, qui ne me laisse rien à ajouter, sinon que cette question en elle-même ne mérite pas qu'on y attache grande importance, puisque le Satyricon est du nombre de ces écrits dont la connaissance peut à peine être avouée'- par un honnête homme \ »
1. Questions de lilléralure légale. Du Plagiat. Paris, Crapclet, 1812, cil. X, p. sy.
■J. Pétrequin [op. cit., p. 139) fait remarquer malicieusement que Nodier, si puritain, n'en possédait pas moins trois éditions latines do ÏAloisia, outre la traducliun .française , édition originale de 1U81. (V. soii Catalogue, etc.)
3. Un des jugements les plus fantaisistes est celui de Jules Janin (article Pétrone du Dictionnaire de la Conversation.) Ce critique, renommé pour ses bévues, a lu le Satiricon très suporficiellenicnt et sans doute par extraits. Il confond à plaisir les faits et les dates, prenfl Giton pour Encolpe, etc.
Voici de Sainte-Beuve une appréciation détaillée et motivée ^ :
« Pétrone, livre charmant et terrible, par tout ce qu'il soulève de pensées et de doutes dans une âme saine ! Ce Satiricon est bien l'œuvre d'un démon. Que la composition y soit absente, que l'intention générale reste énigmatique, eh ! qu'importe ? Chaque morceau en est exquis, chaque détail suffit pour engager. Je ne me flatte pas d'avoir rompu toute l'enveloppe, et je n'y ai pas visé le moins du monde ; j'ai lu, j'ai glissé, et il m'a suffi de cet à peu près facile pour apprécier du moins, au milieu de tout ce qui m'échappait, la façon de dire vite et bien, la touche légère, l'élégante familiarité, cette nouveauté qui n'est pas tirée de trop loin et qui rencontre aisément ce qu'elle cherche, curiosa félicitas, comme Pétrone a dit lui-même d'Horace, en un mot ce cachet qui a caractérisé de tout temps les écrivains maîtres en l'art de plaire. Quelques narrations, parmi lesquelles se détache le conte de cette Matrone tant célébrée, sont des pièces accomplies, et les vers que l'auteur s'est passé la fantaisie d'insérer à travers sa prose, à la différence de ce qu'offrent en français ces sortes de mélanges, ont une solidité et un brillant qui en font de vraies perles enchâssées.
1. Po7-traits liUéraires, t. 3, p. 107 : Le Chevalier de Méré.
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Pourtant, cette jouissance du goût laisse après elle une impression inquiétante et soulève dans l'esprit un problème qui lui pèse. Que le goût ne soit pas la même chose que la morale, nous le savons à merveille ; mais est-il possible qu'il s'en sépare à ce point, et que la perfection de l'un se rencontre dans la ruini et la perversion de l'autre ? Quoi ! se peut-il ? Combien de corruption pour cette perfection ! Combien de fumier pour cette fleur ! De quels éléments estelle donc pétrie, cette grâce suprême et dernière qui n'a qu'un point et un moment? Car cette (Jélicatesselà, qui est celle de la fin, ressemble, on l'a dit, à ces viandes faites qui ne sauraient attendre un instant de plus. »
D'autres critiques mêlent également à l'éloge d'expresses réserves au point de vue de la morale. Ainsi J.-J. Ampère dira^ :
« Cet écrivain, dont le style est si pur, et dont les peintures le sont si peu, ressemble aux artistes de son temps qui gravaient sur des pierres précieuses, avec une merveilleuse finesse, des sujets infâmes : lui aussi, il fait de l'art et de l'art raffiné avec des infaipies. Il pétrit en statues d'un travail exquis la boue romaine. Né en pays grec, il y a chez lui un
i. Histoire littéraire de la France avant le xii* siècle, t. I, p. 162. (18391. Il est de ceux qui croient que Pétrone a dû naître à Marseille.
sentiment de l'art grec ; il emprunte à cet art l'expression délicate qu'il emploie à orner les vices monstrueux des Romains. »
PrévostParadol' caractérise finement en ces termes le ton et l'esprit du Satiricon : « Ce prince des élégants a bien voulu écrire, non pas en homme de lettres ni en pédant (il n'avait garde), mais en homme du meilleur monde, en maître du beau langage et des façons délicates de dire en toute chose. On voit, en le lisant, qu'il excellait à conter ce qui peut à peine s'entendre et à donner un charme véritable et, si l'on peut aller jusque-là, un vernis de bon goût aux plus libres peintures. »
Prévost-Paradol loue « ce style incomparable dans sa gracieuse négligence et dans son allure tranquille au milieu des plus scabreux défilés ».
Renan, dans l'Antéchrist', ne se montre pas moins équitable, quand il écrit sur Pétrone ce qui suit:
« Ce Mérimée antique , au ton froid et exquis, nous a laissé un roman d'une verve, d'une finesse accomplies, en même temps que d'une corruption raffinée, qui est le parfait miroir du temps de Néron. Après tout, n'est pas roi de la mode qui veut. L'éléaance de la vie a sa maîtrise , au-dessous de la
1. Essais de politique et de UUéruture, I. II, p. 135 : Aristophane et Pétrone. (Paris, Michel Lévy, iscs.)