L. VII, 4. L'Eçjout de Rome
Le chaudron renversé des noires Canidies, Ce que Trimalcion vomit sur le chemin, Tous les vices de Rome
De même dans la Légende des siècles : Au lion d' Androcles , v. 5.
Où l'aigle avait plané, ramj^ait le scorpion. Trimalcion foulait les os de Scipion.
Une pièce de V Année terrible réunit ce grotesque
à Borg'ia, à Escobar, à Ruiin. C'est vraiment grandir outre mesure Trimalchion et lui prêter un caractère beaucoup trop tragique.
Mai. m.
Et Borgia donna sa bénédiction, Czars, sultans, Escobar, Rufin, Trimalciou, Tous les conservateurs de l'antique souffrance, Admirèrent, disant : C'est fini ! Plus de Erance !
Et ailleurs :
Toute la lyre. 1, xxvi. La misère humaine.
L'homme est. ..
Tantôt Trimalciou, tantôt Ithuricl.
II, xxxii.
Vivre est la seule ambition.
Cuisons, joyeuse foule athée, Avec le feu de Prométhée, Le souper de Trimalciou !
Victor Hugo considère Pétrone non comme un romancier, mais comme un satirique, un Juvénal. On dirait qu'il le juge sur le titre de son ouvrage : le Satiricon, quand on le voit rapprocher ce nom de celui d'Arcliiloque.
Les Rayons et les Ombres. I. Fonction du poète.
i'our flétrir ces hontes sans nombre, Pétrone, réveillé dans l'ombre.
PÉTROXE AU XIX'' SIECLE. r 133
Saisirait son style romain ; Autour de cette infâme époque L'iambe boiteux d'Archiloque Bondirait, le fouet à la main.
Il a cependant lu ou feuilleté le Satiricon et en rappelle certains traits. Ainsi dann Le Rhin, lettre XX], — Légende du beau Pécopin, chap. XII. — Description d'un mauvais gîte :
« Dans une autre salle il n'y avait pour tout orne- « ment que le portrait fort ressemblant du laquais « qui, au festin de Trimalcion, faisait le tour de la « table en chantant d'une voix délicate les sauces « où il entre du benjoin \ »
En général, ce que les romantiques paraissent connaître du Satiricon^ c'est surtout le festin de Trimalchion". Théophile Gautier écrit (Emaux et Camées — Bûchers et tombeaux) :
Le monstre, sous la chair spleudiile.
Cachait son fantôme incouiiu, Et l'œil, de la vierge candide Allait au bel éphèbe nu.
1. M. Buecholer a ici rétabli le texte qui était altéré. Voir Appendice II, p. 185.
2. M. Grisebach (op. cit.), a aussi établi un rapprochement assez curieux entre le cunio de la Matrone d'Éplièse et la scène I de l'acte IV de La Coupe el les lèvres, d'Alfred de Musset (1832), scène entre Franck et Belcolur.
Seulement, pour pousser à boire.
Au banquet de Trimalcion, Une larve, joujou d'ivoire, Faisait son apparition '.
Gustave Flaubert goûtait le Satiricon. 11 le mentionne plusieurs fois dans sa Correspondance, et juge sommairement Pétrone dans ce passage de son étude sur Rabelais (Par les chanqjs et par les grèves, Charpentier, 188;"), p. 307) : « Où lui trouverons-nous un rival (à Rabelais) ? Et d'abord, dans l'antiquité, estce Pétrone, Apulée, avec leur art prémédité, mesuré, leurs contours purs, leur savante corruption?- »
C'est avec le Xeveu de Rameau, de Diderot, qu'Edmond de Concourt trouve au /Saftrtcon certaines analogies, mais seulement au point de vue de la forme :
« Dimanche 12 avril. Ce soir, à dîner, la conversation est allée, je ne sais comment, au Neveu de Rameau, et, témoignant mon admiration pour cette merveilleuse improvisation dans cette langue grisée, avec ses changements de lieux, ses brisements de récits, ses interruptions brusques et soudaines de l'intérêt, je comparais ce livre au livre de Pétrone, au
1. Cf. Paul de Sainl-Victor, Hommes et dieux, p. ai8, 6ù. in-i-* (Calmann Lcvyi : La Comédie de la mort.
2 « Il soiigeail... à uno série de Matrone d'Éphèse moderne, ayant cté séduit par un sujet que lui avait raconté Tourgueneff. » (Guy de Maui)assant, Étude sur G. Flaubert, en tète des Lettres à George Saud. Cliarponlier, 1S84, p. lvi.)
PÉTRONE AU XIX SIECLE. lo5
festin de Trimalcion, avec ses trous, ses lacunes, ses pertes de texte, » Journal — année 1891, p. 227 (Charpentier, 1895).
Ces jugements, dont on peut discuter les termes, prouvent tout au moins que, à l'éJDoque contemporaine, Pétrone est lu, prisé, avoué, mis à son véritable rang. M. Xavier de Ricard place sur la même ligne le Satiricon, Don Quichotte et Pantagruel, « les trois livres, dit-il, qui dominent tout, trois livres de génie bien latin ' ! »
Malgré les indignations pudibondes des Petdeloup et des Ratin, Pétrone sort de ce cabinet secret où souvent on le reléguait parce que son culte semblait trop inséparable de celui de Priape. L'arbitre de l'élégance a retrouvé de nombreux lecteurs, comme en ce xvii'' siècle où, à son école, Saint- Evremond et Bussy allaient apprendre la politesse, la galanterie, et aussi, nul n'en disconvient, le libertinage.
D'autre part, ce qu'on peut appeler l'esprit pétronien a inspiré plus d'une œuvre moderne. Par son ton ironique, le laisser-aller apparent, le décousu spirituel des épisodes, l'élasticité du cadre, \si Rôtisserie de la reine Pédauque de ]\[. Anatole France me
1. Anatole France et le Parnasse contemporain. — La Revue, "■ février 1902, ip. 306.
semble être une descendante du Satiricon, très informée d'ailleurs de son origine, bien que Jacques Tournebroche ne prétende avoir pris pour modèle qu'Aulu-Gelle en ses Xuiis attiques et Apulée en sa Métamorphose.
D'imitations directes, de transpositions même du Satiricon, il n'en faut pas chercher beaucoup dans la période contemporaine. Ce n'est pas que la licence des peintures puisse arrêter une littérature qui, moins que jamais, se pique de pruderie. Auprès de maint roman actuel, le Satiricon paraît chaste. Mais la couleur locale y est trop précise et le détail trop romain pour pouvoir être aisément détaché et appliqué à d'autres œuvres. Cependant, plusieurs écrivains modernes ont fait des emprunts à Pétrone.
Ceux de Louis Bouilhet, dans sa Faustine ^, se bornent à peu de chose. Sans doute, le premier acte nous fait assister au f :?stin donné par l'opulent affranchi Crispinus, qui offre quelques traits de ressemblance avec Trimalchion ; il en a la vanité fastueuse, sotte et impertinente. Mais son rôle est sans rapport avec celui que joue Trimalchion dans le Satiricon. Seul, le début de la scène II du deuxième tableau de l'acte 1 peut être rapproché du texte de Pétrone. Crispinus entre, appuyé sur deux jeunes enfants qui lui sou-
1. Drame reprôsciUô à l.i l'ortp-Saint-Marliu le -.'u février 1864.
tiennent les coudes, et dit : « Pardon, pardon, mes amis ! Je crois vraiment que je me suis fait attendre!... une partie d'osselets!... la tyrannie du jeu, vous savez ' !... » Et plus loin : Crispinus, saisissant la fiole, à Galba : « Du falerne ! (à Iris) Du vieux falerne ! (à Galba) Près de cent ans ! (montrant l'étiquette) Lisez vous-même. (A Iris). Sous le consulat d'Annius Verus PoUio ' ! »
Fort rares aussi sont les souvenirs de Pétrone que pi'ésente le conte de Melœnis, où il y a cependant une couleur romaine que L. Bouilliet avait dû demander aux peintres réalistes de la vie antique. Je n'y trouve qu'une imitation certaine du Satiricon, dans la strophe suivante (p. IG.-Î, éd. Lemerre) :
Ruisselaut de sueur et tout pétri de fard,
Uu homme vient ouvrir ; de sou regard cupide
Il parcourut Paulus ; son visage blafard
buiiitait sous sa peinture, ainsi qu'uu mur humide.
C'est sous ces traits que Pétrone représente son cinœdus (ch. 24).
Le livre de 'SI. Marcel Scliwob intitulé Cœur double (Ollendorff, 1891) nous offre, condensées avec talent, en un pittoresque récit, quelques pages du