‹ Pétrone en FranceChapitre 65 sur 73 · LE PERSONNAGE DE PÉTRONE DANS LE ROMAN ET AU THÉÂTRE · texte numérisé non relu

LE PERSONNAGE DE PÉTRONE DANS LE ROMAN ET AU THÉÂTRE

Plus qu'aucune autre œuvre contemporaine, le ]"uinau de Quo Vadls de ]\r. Heurik Sienckiewicz et le drame qui en a été tiré ont placé en pleine lumière le personnag-e de Pétrone. Depuis lors, son nom est devenu familier au grand public; pendant plusieurs mois, il n'est guère de salon qui ne se soit entretenu de lui; il fut célébré par les journaux' ot les revues, dont plusieurs, à cette occasion, découvrirent le Satiricon. 11 suscita des imitations nombreuses et naguère encore on en publiait une suite".

Ce n'était pas cependant la première foi^ que le roman etle théâtre mettaient Pétrone en scène. Ainsi il joue un rôle épisodique dans 1' Orgie romaine de

1. Parmi les meilleurs articles sur Pélrone, inspirés par le succès de Quo Vadis, on peut citer le spirituel Billet du malin, de Henry Foiiquier {Temps, 18 septembre 1900, A Pélrone), et la Chronique ihédtrale de M. G. Larroumet, à propos du livre de M. E. Thomas, (Temps, 23 septembre 1901.)

2. Urbi et Orbi (roman des temps postnéroniens), par G. Albin do Cignia. Paris. Lethielleux, 1904. Le Quo Vadis de M. Sienckiewicz a été de nouveau traduit cette année : Nouvelle traduction complète d'après l'original, par P.-.\. du Roncey. Illustrations de Tofani. Paris, Garnicr frères, 1904. in-i2.

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M. Castanier ; il figure dans l'Incendie de Rome, di'ame historique de MM. Armand Ephraïm et Jean de la Hode, avec lequel la Martyre de M. Jean RIcliepin n'est pas sans offrir certaines analogies. Le Pétrone de V Incendie de Home n'est qu'un personnage secondaire, un courtisan élégant et spirituel, arbitre du bon ton, qui fait des mots au banquet de Pedanius Secundus, dont la magnificence rappelle un peu celui de Trimalcliion '.

Ces esquisses assez pâles se sont éclipsées dans le rayonnement du Pétrone de Quo Vadis. Là, ce patricien voluptueux et délicat, qui sut mourir avec I un stoïcisme souriant, est un des protagonistes de I l'action. Il n'a pas peu contribué au succès vraiment colossal du roman, succès qui peut s'expliquer par diverses causes. Tout d'abord, le sujet est, en luimême, d'un intérêt saisissant: « L'orgie de Néron, « dit Renan ", fut le grand baptême de sang qui dé- « signa Rome, comme la ville des martyrs, pour « jouer un rôle à part dans l'histoire du christia-

1. Les deux ailleurs n'avaient pas ou connaissance (lu Quo Vadia, dont 1.1 première édition, en polonais, est de isyô.'lJes fragraonis importants de cette œuvre ont été traduits par M'"'' la baronne C. de Baulny, née Roulier. et publiés par le Correspondanl (nos ^\^l •ià décembre 18'j6, lo et 25 janvier 1897), mais sans attirer beaucoup rallenlion du public. On sait que la traduction française intégrale du roman pur M. Kozakiewicz et de Janasz a (lani seulouieiil en 1990 (édition de la lievue IHanclip), iu-i2, 645 p.

■2. L'Anlechrisl, p. 177.

« nisme et être la seconde ville sainte. » C'est cette crise décisive que M. Sienckiewicz a voulu peindre.

Malgré des longueurs, le roman, dans son ensemble, est solidement construit et mené avec une habileté remarquable. L'intérêt se soutient jusqu'au bout et le dénouement est de ceux qui satisfont les âmes sensibles aux amours du jeune premier et de la jeune première. Ces termes sont ici de mise. Car, comme le fait avec raison observer J\l. Camille Mauclair', « tout l'ouvrage a un développement de drame « en cinq actes avec décors à effet ; tout y est bien « réglé. Je crois que les adaptateurs à la scène ne se « sont pas donné grand mal pour bâtir leur scénario ; ^« car il semble préparé dans le roman. »

L'antithèse est adroitement établie entre les scènes de débauche et de barbarie où éclate la pervei'sité du paganisme, et les scènes de dévouement et d'héroïsme où se révèle dans toute sa pureté le christianisme naissant.

Quant aux caractères, quelques-uns sont fortement dessinés, ceux de Pétrone et de Néron surtout. A d'autres, tels que Vinicius, Lygie, Eunice, Chilon, M. Sienckiewicz a donné une teinte mélodramatique ou sentimentale qui séduit toujours une nombreuse classe de lecteurs.

\.. Nouvelle Revue, i<=r août 1901 : Le Roman historique français,

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Les descriptions ont de l'ampleur. Une documentation en général suffisante a permis à l'auteur de répandre sur son œuvre un vernis de couleur locale de nature à surprendre et à ravir les esprits encore peu versés dans la connaissance de l'antiquité. Avec Tacite, Suétone, de Rossi, Friedlœnder, Renan, etc., et quelques livres d'archéologie, ce résultat a pu être obtenu sans trop de peine.

Est-ce assez de ces mérites d'ordre moyen, et que beaucoup de romanciers possèdent à un égal degré, pour expliquer la vogue prodigieuse de ce livre, devenu si rapidement populaire, qui a été traduit dans toutes les langues et dont les éditions se multiplient sans lin? Je ne le crois pas. Une autre raison, et non des moindres, de ce succès étonnant, me paraît être celle-ci : cette œuvre, qui est le tableau des origines du christianisme et que, dit-on, le pape Léon XIII a bénie, a eu pour elle, outre les lecteurs habituels de romans, l'immense clientèle de ceux qui, dans tous les pays, n'avaient pas coutume d'en lire. Sur des tables où ne s'ouvraient que des livres de dévotion, Quo Vadis a trouvé .sa place . Les bibliothèques des ecclésiastiques et des couvents l'ont accueilli. Des éditions expurgées des pages où sont décrites librement les orgies de Néron ont pénétré jusque dans les familles les plus pieuses. La pressé rcli2:ieuse a vanté sur tous les tons ce roman édi-

liant. Les autres journaux, eux aussi, ont eu pour la plupart des dithyrambes célébrant « ce livre de foi, « ce livre de ferveur idéaliste, où se font entendre « les cantiques les plus suaves et les lijmmes les « plus puissants qui puissent donner l'avant-goût des « concerts du ciel..., livre essentiellement religieux « qui glorifie et met en scène les origines du chris- « tianisme, qui montre les chrétiens se réunissant la « nuit dans les carrières de sable, dans" les cime- « tières, dans les lieux les plus âpres, pour entendre « la prédication du pêcheur Pierre et y puisant un « courage inouï pour affronter les tortures de « l'arène ' ». Une si retentissante réclame ne pouvait demeurer infructueuse.

Ce n'est pas le lieu d'ajouter une nouvelle dissertation à toutes celles qui , dans les diverses langues, ont été écrites sur Qiio Vadis. Seul, le personnage de Pétrone nous intéresse ici. Tout, d'ailleurs, a été dit sur ce roman. On n'a qu'à compulser quelques-uns des innombrables articles qui lui ont été consacrés et l'on aura aisément toute la gamme de la critique, depuis l'éloge hyperbolique, enthousiaste, délirant, de ceux qui vont criant au chefd'oeuvre, jusqu'à l'éreintement systématique. Il en est qui dénoncent le plagiat, dépècent le livre, s'ef-

forcent de prouver que ce n'est qu'une rhapsodie assez vulgaire. Selon ces derniers, sans les Martyrs de Chateaubriand, Fahiola du cai'dinal Wiseman, les Derniers jours de Pompéi de sir Buhver Lytton, Acte d'Alexandre Dumas et même Melœnis de Louis Bouilhet, Quo Vadis n'existerait pas. Qu'est-ce que Vinicius et Lygie, sinon Eudore et Cymodocée? Le Pétrone de Quo Vadis figure sous le nom de Salluste dans le roman de Bulwer Lytton, etc., etc. Et que d'emprunts encore à d'autres œuvres ! Ursus, par exemple, c'est le Porthos des Trois mousquetaires ou le Moroch du Juif errant, etc., etc.

M. Sienckiewicz se défend d'avoir imité tel ou tel de ces romans. « Je vous avouerai un fait curieux, « écrit-il à M. Kozakiewicz*, c'est que je ne connais « pas du tout les }[artyrs de Chateaubriand ni Acte « de Dumas..., les Martyrs n'étant pas tombés sous « mes mains. Je savais que ce livre existait; mais « c'est tout, (^uant à Acte, ]e n'en avais jamais cn- « tendu parler. » — Et plus loin : « En polonais, il « existe... Rome sous Néron de Kraszewski et Iry- « dion de Kraszinski, d'autant plus supérieurs aux « Martyrs de Chateaubriand et à VActé de Dumas « que Kraszinski était réellement plus grand écri- « vain et plus grand poète que ces deux auteurs. »

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