P. 197 vers le bas
tion, souvent rapide, n'est jamais ni sèche ni insignifiante. Au lieu do caractéristiques précises, at-on des indications vagues et banales dans une langue bizarre ou décolorée, en phrases que réunissent les unes aux autres des liaisons artificielles ? Ce n'est pas là sûrement du Pétrone. Plus ces défauts s'accentuent, plus sera probable l'intervention d'une main étrangère ; plus on devra conclure qu'à ces endroits, un abréviateur inconnu a mutilé le texte et nous masque l'auteur.
Au contraire, lisons-nous un récit clair, coulant, ironique, une anecdote spirituelle, un discours écrit dans la bonne langue, et qui peint le personnage, le tout dans un slyle alerte et piquant : à ces qualités d'un maître nous reconnaissons du coup l'original. Telle est la règle.
Il esl vrai que l'exposer ainsi est facile; l'appliquer est autre chose. Ce ne sera pas trop pour cela de toutes les ressources que nous fourniront le vocabulaire, le style, les rapprochements de texte et tout ce qui peut nous renseigner sur l'action du roman.
Appréciations littéraires sans doute dont on a peine à démontrer la force à ceux qui ne les sentent pas; mais n'est-ce pas à elles qu'il faul toujours, en fin de compte, recourir dans toutes les questions qui portent sur l'authenticité d'un livre, sa valeur.
son attribution à telle époque ou à tel auteur? Sans négliger le reste, ne renonçons pas de nous-mêmes à ce qui constitue notre meilleur appui. Contentonsnous des résultats forcément inégaux auxquels nous conduit cette méthode: sur telle page, telle demipage, tel passage, on peut arriver à une quasi-certitude; sur d'autres, il est sûr qu'on hésitera et qu'on n'osera pas se prononcer.
A quelle époque devons-nous supposer que l'abréviation ou les abréviations ont eu lieu? La réponse n'est pas facile, faute de preuve matérielle et directe : à la rigueur, les coups de ciseaux se donnent de même en tous les temps. Le plus vraisemblable est qu'on aura pensé à abréger Pétrone quand les abréviations d'auteurs étaient devenues d'un usage général, et qu'on s'était mis à réduire de même les ouvrages de tout genre : cela s'est fait surtout du i\'' au vi*' siècle.
Les abréviateurs avaient-ils un but précis autre que celui que tous avouent, à savoir de ménager le temps de leurs lecteurs ? Ceu.x qui on! abrégé Pétrone n'ont sûrement pas entrepris ce travail par scrupule de morale ; en ce cas, nous n'aurions pas ce qu'ils nous ont laissé '.
Ils auront obéi, comme tous leurs pareils, à des