‹ Pétrone; l'envers de la société romaine et études diversesChapitre 124 sur 128 · Ceci a été écrit en · texte numérisé non relu

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LE PÉTRONE DU QiO VAlJlS 237

(Irait reconnaître bien vite qu'il s'agit ici d'un roman. L'auteur prend toutes sortes de libertés avec rhistoire. Il est dur d'accepter ses anachronismes et, sans parler des noms estropiés par le traducteur, d'admettre ceux que l'auteur lui-même a déformés ou mal forgés.

Certaines parties du sujet ne sont qu'esquissées, ou peintes à grands traits, plutôt un peu gros : ainsi les éclals de basse jalousie qui mettent Tjgellin aux prises avec Pétrone, rappellent assez fâcheusement la manière dont Dumas père écrivait l'histoire. ^Toutes les phrases où il est question de « Barbe d'airain ».. jurent encore plus avec la vraisemblance qu'avec l'histoire. De même pour les lettres de Pétrone à Vinicius : il est sur qu'il y en a trop, et, dans le nombre, combien de médiocres en tète desquelles on ne comprend guère que figure le nom de Pétrone !

Toute une partie du roman a certainement contribué à son succès et, par un côté, le justifie : j'entends celle où sont représentés les premiers chrétiens. C'était une étrange entreprise, en un siècle passionné pour l'histoire, de vouloir retrouver, par l'imagination, tous les traits d'une telle peinture. On peut assez facilement mettre le christianisme en présence des barbares, à la frontière, ou le mêler à Rome à la basse plèbe, aux esclaves, aux fem-

mes; c'est sans doute ainsi que se sont produites bien souvent les plus curieuses rencontres, et M. Sienkie^yicz avait le droit de s'en souvenir.

Il était certes moins aisé de vouloir montrer comment pouvait se faire peu à peu, dans une âme romaine, la pénétration des idées les plus opposées à sa nature. La création du caractère de Vinicius n'est pas un coup de maître; mais, de quelque manière qu'on en juge, c'était un coup d'audace.

C'en était un aussi que d'essayer de faire parler les premiers chrétiens, leurs chefs, surtout saint Pierre. Tout moderne affronte ici la terrible comparaison du Nouveau Testament et des Actes des martyrs, qui rejettent bien loin tout ce qu'il a pu supposer. Le moyen le plus sûr de s'en tirer est, là et ailleurs, de rompre les chiens.

M. Sienkiewicz ne s'en fait pas faute. On soulignerait facilement, dans quo vadis, maintes lacunes volontaires et plus d'une diversion habile. Quand les difficultés deviennent trop grandes ou que le terrain se dérobe, l'auteur change le thème : le reste des événements se passera dans la cantonade; ce qui réduit immanquablement la critique au silence. Mais peut-on blàmtT M. Sienkiewicz d'être resté très prudent dans ses fictions ; d'avoir songé moins à la vérité et aux vieux historiens qu'au présent, à ses lecteurs et surtout à ses lectrices, et de s'être

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