‹ Pétrone; l'envers de la société romaine et études diversesChapitre 19 sur 128 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

L'E^VEUS DE LA SOCIÉTÉ UOMAIVE D'AIMVÉS I»ÉTIIO\E

CHAPITHE I

LE SATIRICON

Imaginez un roman de mœurs, écrit vers la fin (lu i*^'" siècle de l'empire: imaginez-le tel à peu près que l'annonce le titre moderne du genre dans lequel nous faisons rentrer l'œuvre de Pétrone : ainsi fondé sur une observation plutôt satiri(iue des mœurs, avec les incidents habituels à tous les romans : voyages sur terre et sur mer ; tempête, évasions, rencontres: pour le fond et le ton, assez sem-

1. Getto première partie a paru cliez Ilachetfe en 1802. Elle est ici reproduite intégralement, sauf d'insifi^nifiantes correclions de détail (Voir préface, p. vi). — J'en ai vu les comptes rendus suivants : M. Paul Thomas, Uev. crilique, 20 mars 1893 ; M. H. r>ornecque, Rev. de Philologie, 1894, p. 277 ; M. Stuart Jones, C/assical Revieir, )893, p. i8 ; M. Jullian. Hi'c. Iiislorique, 1894, p. 330; anonyme, Ccntralblatl, 1893, p. 600. Par ]n Revue des Revues, XIX, 137, 37, je vois qu'il y a eu un compte rendu dans une revue hongroise de philologie.

blable en somme à nos romans de ce groupe, sauf que tout se passe ici en Italie, et que les faits et les hommes sont Romains : telle est d'une manière générale et en gros l'idée qu'on peut se faire d'abord du Satiricon. Par contre, en parcourant le roman latin, le lecteur moderne n'ira pas loin sans être frappé d'une différence qu'il remarquera surtout dans le choix des personnages. Chez nous, les romanciers, pour peindre leurs héros, regardent ceux qui seront ou dont ils voudraient faire leurs lecteurs; c'est parmi eux qu'ils prennent leurs modèles; si les personnages mis en scène no sont pas nobles, comme tous le sont dans le roman héroïque ou chez les écrivains qui, se piquant d'élégance, écrivent pour le beau monde, ce sont, c'étaient du moins jusqu'à ces dernières années, pour la plupart, des gens d'esprit ou sensés, riches ou du moins à l'aise, presque toujours de condition moyenne, et aussi gens de loisir; ils étaient des nôtres s'ils ne valaient mieux que nous. Ce qu'ils faisaient d'extraordinaire, en bien ou en mal, s'expliquait moins par une supériorité ou par quelque perversité de nature, moins aussi par des différences d'éducation que par les circonstances où ils se trouvaient placés. Dans le Satiricon, rien de pareil. Pétrone ne nous a pas donné une peinture directe de la société de son temps, la satire faite à découvert des mœurs

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