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et des travers de ses contemporains; il nous offre, ce qui est fort différent, un travestissement voulu de ces mœurs.
Une bonne partie du Satiricon, du moins dans son état présent, se passe dans la maison de Trimalcion, un parvenu aussi grossier, aussi sot qu'il est riche. Cet ancien esclave, entouré d'une nuée d'esclaves, tour à tour les choie ou les frappe. Ses convives, sauf un ou deux, sa femme, tous ses amis sont de même d'anciens esclaves. Comme le malheureux passe sa vie à singer les riches de Rome et qu'il s'efforce d'enchérir sur k;ur luxe et leur insolence, sa maison offre comme un décalque grossier des habitudes de la société romaine du i'''" siècle : c'est l'cnoers de Rome, et Pétrone n'a pas dissimulé, il n'a guère atténué ses laideurs; mais il suffit do les transposer pour en voir aussi l'endroit, grâce à l'imitation ridicule à laquelle s'appliquent ces esclaves qui jouent aux citoyens, tandis que l'amphitryon, sévir de bicoque, joue lui-même au sénateur.
Tel est le sujet de la moitié environ du Satiricon puisque, dans l'état où il nous est parvenu, le festin de Trimalcion peut être regardé comme formant le centre du roman et comme en étant le morceau le plus caractéristique. Pour le reste, avant le repas chez Trimalcion et après qu'on est sorti de sa
maison, le sujet change sans doute. Ce n'est plus j aussi simplement une imitation ridicule du grand monde par le petit ; mais, pour une bonne partie, les , truchements restent les mêmes: l'action se passe ' encore ou à très peu près dans les mêmes milieux: au marché, à l'auberge, dans les basses tavernes i ou les pauvres échoppes; bref, chez les petites gens, dans la plèbe infime de l'Italie. JVous trouvons ici une suite de ces incidents burlesques, de ces peintures populaires dont les contes milésiens avaient répandu le goût dans l'anliqiiilé. Pétrone nous conduit dans la pire compagnie : nous courons d'auberge en auberge, au milieu d'aventures assez semblables à celles du Roman comique, h moins qu'elles ne soient pires. Si nous allons au lorum, ce sera entre chien et loup, à l'heure où l'on peut se défaire des manteaux volés '. Les personnages perdent le chemin de leur triput ; ils le cherchent en errant dans les rues, et je ne vous dirai pas où ils croient le trouver et où ils se retrouvent -. 'Vers la fin du Satii'lcon, le liéros, si tant est qu'il y ait ici un héros, bref Encolpe vient chercher du secours chez une vieille prêtresse de Priape fort misérable ^ ;
\. Au cil a p. XII.
2. P. 40, 1 : « Tarde, imnio jam sero intelloxi me in fomicem esse deductmn. » Comprenez : clans un mauvais lieu.
3. Elle s'appelle Œnolfiea, cerlaineinent à cause de son amour du vin (olvoç); voir p. 103, 33.
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Pétrone drcrit son galetas, ses meubles boiteux, sa vaisselle ébrécbée, avec les oies qui courent à travers et tirent le visiteur à coups de bec.
Si tout était de même, tous les personnages sots et grossiers, tous les sujets bas et vulgaires, l'ouvrage eût forcément soulevé le dégoût. L'écueil était visible; aussi Pétrone a-t-il pris soin d'introduire chez Trimalcion des personnages qui servent aux autres de ic'moins, tandis que. par leur esprit ou par leur malice, ils reposent et divertissent le lecteur. C'est un second plan qui. tout en ayant par lui-môme son importance, fait d'autant ressortir le premitT. Autour de Trimalcion, de ses esclaves et de ses alfrancliis, Pétrone a réuni des déclassés qui, destinés à une meilleure foj'tune, sont venus, après bien des aventures, échouer à ce festin. Leur histoire remplit le reste du roman. Ce sont, on le drvine, des gens sans argent, sans orgueil, sans scrupules. Ils ne s'oll'usquent pas trop de l'étrange compagnie qu'ils ont rencontrée. Comme ils ne s'y trouvent que depuis peu et pour un temps, c'est, pour ainsi dire, du dehors et d'en haut qu'ils regardent et aussi qu'ils nous font voir les sottises dont ils ont le spectacle. Rappelons brièvement leurs noms et les traits principaux de leur caractère.
Ce sont d'abord deux jeunes gens, des enfants
perdus de la société romaine : Encolpe S un ingénu, Ascijlte 2, probablement un affrancbi ^, avec un jeune esclave souvent de la dernière docilité, mais ailleurs récalcitrant : Giton '*, le mignon qu'ils se dis-
1. De 'Evxô/Tiioç, qui est tenu dans le sein, dans les ])ras ; entendez : chéri de ceux qu'il aime. — Lampride, Alex. 17, 1 et 48, 7, cite comme ami et historien d'Alexandre Sévère, un Encolpius. — On a soutenu récemment, sans doute à cause de leurs noms, qu'Encolpe, Ascylte et la plupart des personnages du roman étaient d'origine grecque.
2. De "Aax'jUo;, infatigable. On devine dans quel ordre de travail est censée paraître cette qualité caractéristique d'Ascylte. Voir le chap. xcii; surtout p. 63, 15.
3. Pour déterminer la condition d'Ascylte, on ne peut sans doute s'appuyer qu'avec beaucoup de réserve sur les mots obscurs du chap. lxxxi : « Stupro liber, stupro ingenuus », qui contiennent probablement quelque allusion à un épisode perdu ; mais la lin du chap. ix, p. 10, 34 : « Cvjus eadem ralione in viridario fraler fui qiia nunc in doversorio puer est », semble décisive. Cependant, l'invective de Ilermeros (surtout p. 38, 18) no se comprend qu'avec la supposition qu'Ascylte soit ingénu. Il est vrai que Hermeros, dans celte rencontre due simplement au hasard, a pu ignorer la vraie condition de celui à qui il s'adressait.
4. Nom d'esclave, qui sans doute se rattache à yîÎTwv, voisin. — 11 est représenté comme un bel enfant frisé (crispus ; cf. 38, 23 : caipa cirrala, et 34 : comula tua.. ; et ici même sur Trimalcion capillalus), d'environ seize ans ; voir son signalement : p. 06, 9. — Pour la condition de Giton, il n'y a, suivant moi, aucun doute et les textes abondent : chap. lviii, p. 38, 23 : « Jo Salin-nalia, rogo, mensis decembcr est? Quando viceshnam numerasti... Bene nos habemus, at isli nugœ qui tibi non imperant. Plane qualis do)ivniis, talis et servus » ; p. 54, 22 : « ... Ut sit illi saltem in eligendo fralre liherlas » ; p. .^o, 18 : » Qui opus muliebre in en/aslulo fecit » ; p. 02, 7 : « Scires non libenter servire » ; p. 00, 31 : « fugilivum suum », etc. — Mais voir les objections que m'a faites sur ce point M. Paul Thomas, dans la Revue critique (1893, I, p. 221, n° 3). M. Heinze, lui aussi, croit que Giton était ingenuus. — Quant à ses changements d'humeur, voir p. 19, 20 : « Gitona, lil)entis£ime servile officium tuentem usr/ue hoc » ; p. G2, 22 : i posl<]uam se amari sensit, superciliwn aliius sustuUl ».
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putont. Encolpe et Asi'ylte savent tuus deux les lettres et ils comptent pouvoir au besoin vivre de leur savoir ^ On reconnaît en eux des échappés d'écoles de rhéteurs, à qui le dégoût ou l'amour du plaisir aura fait prendre la clef des champs. Depuis, ils ont vu du pays.
Encolpe est le narrateur du roman. C'est Gil Blas ou encore le Simplice des Allemands, reporté chez les anciens, quoique Encolpe ait son caractère propre.
Par la môme fiction que Lucius dans Lucien et dans Apulée, il nous conte sa vie sans rien dissimuler de ses vices ni se flatter à aucun degré. Parfois, il avouera des frayeurs puériles, comme lorsque à Paspect d'une mosaïque il a cru voir un chien vivant droit devant sa niche, et qu'il a reculé elfrayé, en courant risque de se rompre les jambes -. D'une manière générale, il est, de son aveu, l'un de ces hommes qui, mis au ban de la société (extra legein viventes) ^, craignent à tout moment de renconler le châtiment qu'ils méritent. De fait, il s'est jeté dans la brousse, tout en restant parmi les hommes. Bans un épisode du roman ', il arrive qu'Eiicolpo a fui dans un lieu relire, proche du rivage, on.