‹ Pétrone; l'envers de la société romaine et études diversesChapitre 2 sur 128 · VI PREFACE DE LA PREMIÈRE EDITION · texte numérisé non relu

VI PREFACE DE LA PREMIÈRE EDITION

c'étaient des savants qui laborieusement entassaient notes et dissertations en latin, tant sur ou contre leur auteur que sur ceux qui le glosaient; car jamais écrivain ne fut, au xvi* et au xvii* siècle, écrasé à ce point sous les commentaires; et jamais aussi, notre temps en donnerait tout aussi bien la preuve pour ce qui le concerne, jamais auteur n'a donné lieu à tant d'erreurs et qui soient plus lourdes ^

Entre les deux partis se déployait d'ordinaire un groupe de dévots et de moralistes, de snobs très préoccupés d'édifier le prochain sur leur compte en tonnant contre le licencieux Pétrone. Sermons, indignation, attitudes, tout se transmettait fidèlement de siècle en siècle, sauf quelques différences qui importent cependant. Car suivant qu'il y avait adoucissement ou recrudescence dans cette sévérité de tradition, on pouvait juger du changement qui, sans qu'il y parût ailleurs, se faisait lentement dans les esprits. Pour comparer les derniers siècles, y distinguer des péi iodes, compter les progrès et les reculs de l'esprit de liberté, Pétrone ne serait pas un si mauvais critérium, et, d'après ce qu'on pen-

1. Voir là-dessus, dans les Recherches de Pétroquin (Paris et Lyon, 1869), un chapitre curieux auquel il serait facile de donner une suite. Ajoutons que Pétrequin lui-même, dans sa longue revue des éditions de Pétrone, n'en a omis qu'une, celle de Biicheler, la seule qui comptât. C'était, dans le festin où il conviait le lecteur, payer lui-même son écot.

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sait et ce qu'on disait de lui à telle époque donnée, on préjugerait assez bien ce qu'en un sens il faut penser de celte époque elle-même. Je ne fais qu'indiquer le point de vue, pour revenir aussitôt à Pétrone lui-même et à l'histoire du monde ancien.

De nos jours et à l'époque présente, on ne fait plus preuve d'audace par le choix d'aucun auteur ou en abordant aucun sujet ; et cependant l'ancien usage et la discrétion de convenance dominent encore assez pour que, sur aucun écrivain de l'antiquité, la « littérature » n'ait autant retardé, et ne soit aussi pauvre que sur Pétrone. Sur lui, sur son œuvre, son temps, on n'a pas, chez nous, d'autre étude qu'un chapitre de M. Boissier \ très bon et fort agréable, mais où l'auteur n'a pu et même n'aurait pas voulu tout dire. Il n'y a que trente ou quarante ans que le texte du Satiricon a été établi pour la [)remière fois d'une manière scientifique -. Tout récemment encore les commentaires sur Pétrone étaient surannés et de peu de secours, et il y a quelques années à peine qu'une partie du Sati/icoii, une partie seulement, vient d'être traduite et annotée par le plus érudit,

1. (Vest un article de. la Revue des Deux Mondes, du 15 novemitre 1874, devenu le chapitre v du livre De l'opposition sous les Césars.

"2. Dans la première édition d(' Ciiclielcr, diî i8ii2.

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