On ne peut vraiment en voir une dans ce qu'Habiiinas dit
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aussi bien que personne combien csl vaine e( dangereuse toule arj^umcnlalion ex silentio : cependant si l'on peut conclure de celle partie au lout, il est impossible de ne pas remarquer le silence de l'auteur, surtout quand on le rapproche des passages célèbres d'autres écrivains qui fureni peut-être contemporainsde Pétrone: dcSénèque. Pline et Tacite. Il est bien probable que notre romancier confondait dans le môme mépris tous les cultes nouveaux. S'il a choisi, pour les peindre en les raillant, les pratiques des prêtres d'Isis et de Cybèle, celles des prêtresses et des dévots de Priape, sans môme nommer ceux que tous attaquaient alors, les Juifs et les chrétiens, c'est peut-être qu'il aura trouvé qu'ici la raillerie serait trop vulgaire; que les idées et les habitudes apportées par les Orientaux étaient plus détestables que ridicules; qu'un tel sujet n'offrait
de son esclave « qui n'a d'autre défaut que d'être recutilus [circoncis] » (chap. lxviii, p. 4C, 8) ; ni dans les mots de la p. 70, 30 : (t etiam circumcido nos ut Judael videamur » ; ni dans la condition qu'Euniolpe ajoute à son testament de ,Crotone (chap. cxLi, p. 108, 11 : « ceux que j'ai inscrits toucheront leurs legs, à la condition qu'ils se nourrissent de mon corps » ; t si corpus moum... comederinl »), passaf^e où M. Itihbeck (p. 164 ; voir ici, p. 74, n. 4) veut découvrir une parodie des repas en commun des chrétiens. — Mais rapprocher la pièce attribuée à Pétrone : Antholoqia Lalina, Riese, 696; Baehrens, 97; dans les fragments, xxxvir [l" éd., xlvii]. Il est vrai qu'on n'est pas sûr que ces vers, venus du recueil de Binet (voir ici p, 2 au bas), soient bien de Pétrone. — Voir, {Annales de l'Est de 1902) la réfutation par M. A. GoUignon de la théorie de Sogliano qui croyait découvrir, dans le Satiricoti, des allusions ironiques au christianisme.
rien de plaisant et risquerait même d'éveiller le dégoût.
Pour la politique et tout ce qui touclie à la politique, par goùl ou par nécessité, Pétrone montre une réserve extrême. De la constitution de l'Etal, du gouvernement de l'empereur, de ceux qui l'entourent, ministres ou favoris, de la cour et de tout ce qui s'y passe, à prendre ce qu'il dit simplement et les mots dans leur sens clair, Pétrone ne dit jamais rien. Ce qu'on prétend découvrir sous le texte, de fait on l'ajoute. Ce point de vue, qui paraît être celui de notre temps, se trouve, par une rencontre plaisante, être directement opposé à celui où se plaçaient les premiers commentateurs de Pétrone. Ils se figuraient qu'un favori de Néron n'avait pu écrire qu'avec le dessein formé do peindre les empereurs qu'il avait connus et d'étaler les vices et les misères dont il avait eu le spectacle. Tout au contraire fet en cela n'avons-nous pas raison?) nous inclinons à croire présentement que, dans la peinture de la société contemporaine, les personnes et les choses, doni Pétrone n'a rien dit, sont justement celles dont il a le plus approché et qu'il a vues de plus près. A lire ce roman sans parti pris, on dirait qu'il n'existe pour l'auteur ni empire, ni cour, ni empereur, ni rien de ce qui touche à la politique. Il ne faut pas beaucoup de réflexion pour compren-
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dre qu'une lelle réserve, de la part d'un écrivain saliriijue, élail après tout assez naturelle. Nous ne savons pas sûrement par qui ni à quelle dale le livre a été écrit. Mettons qu'il soit de l'arbitre des plaisirs de Néron et qu'il ait été composé tandis que l'aulrur jouissait des bonnes grâces du maître : mais alors, toute indiscrétion, la moindre allusion n^eùl-elle pas été un acte d'inj^ralitudo, un manque de tact, de prudence, même un manque do goût dont cet habile homme était incapable? C'eût été bien pis en cas de disgrâce, quand l'éloge, le silence même était devenu suspect. A toute époque de l'empire, ce que notre curiosité voudrait trouver ici, fut, sauf exception, et resta dans tous les genres d'ouvrages une matière interdite. On pourrait croire tout aussi bien que l'auteur se l'est ici de lui-même inlonlit. Son livre y a-t-il beaucoup perdu ? Oui, sans doute, si l'on considère l'intérêt historique de l'ouvrage et les préférences d'une postérité dont la curiosité, en pareille matière, ne sera jamais satisfaite. A un point de vue purement esthétique, on répondrait peut-être non. Chez nous le roman ne s'est pas trouvé si mal de fuir le plus souvent la politique. Les raisons do Pétrone étaient autres sans doute ; le résultat pourrait bien avoir été le même. Kn dehors de cette zone dangereuse qu'il parait avoir soigneusement évitée, nous avons vu de combien
d'originaux il a tracé tantôt une silhouette rapide, tantôt de véritables portraits à l'empreinte ineffaçable. Le Satiricon reflète la vie ancienne avec ses inégalités : d'une part, une élégance poussée jusqu'au raffinement : des vues d'ensemble sur les artSj sur les parties les plus élevées, les plus nobles de l'existence; à côté et brusquement, nous sommes précipités jusqu'à ce qu'il y a de plus bas ; même jusqu'à l'ignoble. Le terrible écrivain paraît avoir fait la gageure de « donner du parfum au fumier ». Tels sont les contrastes du roman ; mais au fond n'est-ce pas en tous les temps les contrastes de la vie? et peindre la vie telle qu'elle est, avec ses hauts et ses bas, son mouvement, avec ses reliefs, n'est-ce pas après tout, dans une œuvre d'imitation, la perfection du genre ' ?
1, Pour établir la date de l'œuvre, les arguments purement littéraires ont leur importance. En voici un qui me paraît frappant. Dans un développement d'ironie bouffonne (xlvii, 6, p. 32, 6) ïrimalcion, pour dire que beaucoup d'hommes ont péri en luttant contre les nécessités de leur nature, finit sa tirade par les mots : dum sibi nolunt verum dicere. Pourquoi cette forme entortillée ? Elle devient très claire par le rapprochement d'un passage de Sénèque, Tranq. An. I, 1(3, signalé par Friedlaondor : il n'y a pas pour nous pires flatteurs que nousmêmes : qui s enim sibi verum dicere ausus est? Ce n'est pas dans le Satiricon une expression caractéristique du personnage; c'est un mot de l'auteur qui aura recueilli ce trait brillant d'un moraliste contemporain : on voit la conséquence. — L'invocation à Auguste (lx) fournit le tennimis post qiiem. D'autre part l'anecdote du verre incassable (li au début) est, comme je l'ai dit (p. 41, note), du temps de Tibère. Nous avons par là et d'une manière assez sûre les termes extrêmes.
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Il nous faut répéter sur lo sujet du Satiricon ce que nous venons de dire de l'auteur : nous les connaissons mal l'un comme l'autre. Il ne nous reste qu'une faible partie de ce long ouvrage : d'après le manuscrit de Trau, deux livres environ sur plus de seize. Le commencement du récit est perdu ; la fin manque de même, quoique nous voyions l'œuvre incliner vers un dénouement.
Les fragments mutilés, mais nombreux, et souvent assez étendus que le temps nous a conservés, peuvent cependant nous donner quelque idée de l'ensemble et, jusqu'à un certain point, nous en faire tenir le fil, surtout si l'on admet, et cola est assez vraisemblable pour Pétrone, que ni l'auteur, ni ses lecteurs n'accordaient à la fable une très grande importance. Dans des récits, comme celui-ci. qui se déroulent, se hâtent ou s'attardent suivant la fantaisie
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du romancier, on perd moins aux sections qu'a pu faire le hasard. Par leur nature même, les romans d'aventure rappellent les invertébrés ; le temps peut les mutiler sans y détruire tout à fait la vie.
Le Satiricon a la forme d'un récit. J'ai parlé ' déjà du narrateur, Encolpe, et de son caractère. Avec lui et grâce aux accidents de sa vie, le lecteur parcourt tous les rang"s inférieurs de la société romaine et descend jusqu'aux derniers échelons. On peut supposer que le Satiricon devait comprendre la plupart des épisodes qui faisaient le fond des romans grecs et qui ont ensuite caractérisé le genre ; voyages sur mer avec tempêtes ; tremblements de terre; rencontres imprévues; reconnaissances; amants se maudissant, se fuyant et se cherchant; voleurs se volant les uns les autres et se retrouvant tout à coup face à face au marché; querelles, coups, disputes, orgies; bref, toute la collection des éléments dits romanesques. De la série de ces incidents je n'en vois guère qu'un qui manque ici et simplement peut-être par l'effet du hasard : si nous entendons parler d'un vaisseau où nos iiéros sont en danger, s'il y a une tempête, cependant les pirates n'apparaissent pas- dans le Satiricon, où vraiment
2. Il est clair (juc archipirata (p. G9, 11) et pivatœ (p. 7, 10, et p. 91, 4) ne sont que des façons de parler.
ÇUW AD XOS? Cl
ils nous manquent: au point de vuo du roman, c'était peut-être un tlième arclii-usé dont Pétrone aura dédaigné de se servir pour son compte. Mentionnons à part, comme il le mérite, le long épisode dont nous avons déjà parlé, que nous avons, ce semble, en entier et que nous examinerons séparément : le festin chez ïrimalcion.
Le lieu de la scène n'est pas Rome, mais la Grande- Grèce ^ En quelle «colonie » était située cette maison de Trimalcion, autour de laquelle se passe la partie centrale du r(jman ? On hésite entre Pouzzoles, Cumes ou Naples, la ville des doux loisirs {otiosa Neapolis)'. Les allusions ne dépassent guère la région qui va de Naples à ïarente. Quand le rhéteur Agamemnon énumère les endroits où l'on étudie, il n'ajoute au nom d'Athènes que ceux de TarenLe et de Naples '.
La fin du roman nous transporte dans les murs d'une ville déchue qui, autrefois, nous dit le texte, avait été la première de l'Italie ', à Crotonc. Déjà dans l'âge et dans les ouvrages classiques, on citait Crotone comme un exemple des vicissitudes auxquelles les villes sont sujettes, et la tradition y
1. P. li'.> : « In ileversorio Gr.rcœ whis. » Cette ville est appelée coloniu : p. 29. 34 ; 38, llî ; et 52, 7.