‹ Pétrone; l'envers de la société romaine et études diversesChapitre 27 sur 128 · Au cliap. cxvi, p · texte numérisé non relu

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plaçait des anecdotes spirituelles qu'on développait à plaisir '. Crotone renaît dans le Satiricon pour devenir VUtopie des coureurs d'héritage. La fantaisie de Pétrone se donne, à cette occasion, libre carrière ; mais on sent bien qu'en réalité il parle de Rome : c'ost là (qui ne le sait ?) qu'a lieu la course aux héritag^es ; là que les testateurs font des dupes. Tout l'épisode est des plus piquants; la conception en est hardie et l'exécution spirituelle. Il est facile, d'ailleurs, d'en donner l'idée en quelques mots.

Le vieux poète et ses compagnons avaient été jetés sur la cote de l'Italie par un naufrage. A terre, on leur apprend qu'ils se trouvent près de Crotone, la ville des coureurs d'héritage {Jievedipetœ). Ce qu'on fait ailleurs en cachette, avec hésitation, se pratique là ouvertement et sans scrupule; à l'image qui nous est offerte, est joint ici un grain de fantaisie qui relève et transforme la réalité du monde romain : on nous raconte qu'à Crotone les pères de famille sont honnis ; les célibataires riches obtiennent respects, cadeaux, honneurs publics. La ville ressemble, nous dit-on, aux champs de bataille

1. Voyez le commencement du livre II des liheLoriea ou, comme on disait autrefois, du De Invcntione de Cicéron : « Grotoniataî cum florerent omnibus copiis et in Italia mm pj-imis beati numéro- 7-enlur... », et l'anecdote de Zeuxis y choisissant les cinq plus belles jeunes filles pour former le type do son Hélène.

OÙ l'on ne voiL que cadavres et vautours ' : il n'y a ici que grugeurs et grugés.

Le terrain reconnu, le personnage le niit'ux cloué pour l'imagination, le poète Eumolpe, a bienlt'it arrêté son plan d'attaque : il montera une pièce (mimum) aussi facilement qu'il l'eût écrite. Les anciens n'ont pas dit (ju'Ulysse ait su profiter de la leron que lui avait donnée Tirésias, soufflé par Horace : Eumolpe a son éducation l'aile; il n'a pas besoin de conseils et ne manque pas de telles occasions. On le présente aux habitants comme un vieillard possédant d'immenses richesses; c'est un Carthaginois naufragé (juc le chagrin, la perte d'un enfant chéri ont éloigné momentanément de son pays. Dupes aussitôt d'accourir ; tous donnent dans le panneau. Entre temps, les mendiants d'hier vivent en riches aux dépens de ceux qui comptent hériter d'eux ^

L'expédient peut paraître assez pauvre et surtout périlleux. L'Afri(|ue n'était pas loin ; il eût suffi

1. A ci'ité de la fiction, indiquons font au moins ce (lue nous offre riiistoire : une monnaie de (Irotono, qu'on trouvera reproduite dans l'Histoire grecque do M. Duniy (t. 11, p. 170), porto au droit un aigle tenant sous sa grilïe une tête de cerf.

2. Ijcu Jolinson ne s'ost-il pas souvenu de cet épisode quand il a peint son Renard, ce gentilliomme vénitien qui, en feignant d'être malade, se fait agréablement entretenir par des amis à qui il promet son héritage ? Le parasite Mtisca tient là, avec plus d'éclat, le ri'ile que remplissent ici les amis d'Eumolpc: on y voit aussi de plus près les corbeaux, jeune et vieux corbeau, mari jaloux, mais complaisant, etc. Consulter Mézières, Prédécesseurs de Sha/espeare, cliap. x, p. 237 et suiv.

d'un souffle pour renverser ce château de caries. Un Pétrone ne pouvait manquer de prévoir l'objection : pour y parer, que fait-il ? Comme nos auteurs, il la met hardiment dans la bouche d'un de ses personnag-es K Le lecteur se fera de lui-même celte réponse qu'à part la bonne volonté des dupes, toute mystification a besoin pour réussir, même pour commencer, de l'appui de la fortune.

L'excuse parait-elle insuffisante et voudrait-on Icnir l'épisode pour invraisemblable ? Il se trouve que l'hisloire du temps a presque justifié le roman, el que Tacite fournirait un commentaire, aussi imprévu qu'excellent, de ce passage de Pétrone. Les Annales - racontent en effet qu'un aventurier proposa à Néron de retrouver pour lui les trésors de l)i(luii. Dans notre siècle, si les gouvernanis ne repoussrnl pas toujours, dès le début, de telles propositions, ils se gardent tout au moins de faire les avances : Xéron ne contrôla rien : il donna tout, vaisseaux et rameurs. Il ne fut plus question à Rome que de celte merveilleuse aubaine. On célébrait les Quinquennales. Les orateurs et les poètes saisirenl l'occasion de glorifier un prince sous qui la Icrre produisait d'un seul coup de telles richesses. Oii consomma l'argent qu'on avait en prévision de

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