‹ Pétrone; l'envers de la société romaine et études diversesChapitre 36 sur 128 · A la manière de · texte numérisé non relu

A la manière de

POÉSIE El' l;lIÉ l'ORlnUE 81

d'.J)oi'J cuiiiljien elles sdiil iiombreuses : cela seul monlro assez à quel pnini la société du i*^"" siècle aimait les vers. Eumolpe iléprécic les siens alors qu'il les jette à loul venant en attendant des pierres. Telle de ses peliles pièces est vraiment spiriluellc et bien tournée '.

Mais, pour impatients que soiiMil Irs aulics personnages dès qu'lùiniulpc ouvri' la bouche, n'alb'Z pas croire qu'ils soi(Mit eux-mêmes étrani^ers à la latii^uc des dieux. Le récit qui nous est fait de leurs actes et de leurs discours, est coupé, presque à chaque page, par des vers ou des séries do vers. Tout y I st occasion. Ou'un iiicidenl spirituel ou plaisant se produise ; qu'il y ait daus la scène décrite plus de tnouvenient ou de passion, le personnage, le narrateur ou plutôt le romancier laisse la vile prose comme un instrument imparfait et recourt aux mètres de toute sorte.

Vers le commencemeiil du roman, un personnage - s'avise d'in\(»(juer l'exemple de Lucilius, aloi-s qu'il voulait, sans doute en réponse à une récitation d'Encfdpe. iiilroduire lui-même quelques

1. ciK, fin : capll/onim ete(/i<l(irion, ou, au coiiiin(Mu-iMn''nt ilii cliap. XGiii. l'invoclivo contre le luxo. A notre goût, ces petits m.in-eaux valent l)eaucoup plus que les deux grands poèmes : Tv'jjx alosis et Bellum civile.

-. Aganieinnon, à la lin du ohap. iv : schrclium f.iiciliniur hit' mililalis.

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vers sans prétenlion. Avail-il besoin do remonter si haut ? En joignant à son discours en prose une tirade poétique. Agamemnon ou plutôt Pétrone ne faisait que suivre une tradition romaine habituelle aux lettrés, de tous les temps, habituelle aux Saturœ, aux pamphlets même et dont un roman pouvait encore mieux s'accommoder. Ainsi avait fait Varron dans ses Ménippées : ainsi faisait encore Sénèque dans V Apocolokijniose . Ajoutez que ce n'était pas seulement une tradition littéraire; que, depuis Aupusie, la mode était aux petits vers: qu'on en Composait an bain, en lilirre etpartoiil. el que l'esclave secrétnire avait, comme fond ion principale, d<', saisir au vol ces éclairs où se jouait l'cspril de son maître.

Ici, ces vers isolés, ces courlcs épi^rammcs parfois négligées ou obscures, mais bien souvent h'stenn'ut lonrnées el spiriluellcs, sont autant de caprices d'une muse sans douh- cncjuelli' el provocante., mais toujours ingénieuse. En d(>ux endroits * nous lisons de mauvais vers, plats, d'une banalité notable : mais celle-ci est voulue : de lous les vers, ceux-ci doivenl être lenus (Mmime les plus caraclérisli(|ues : ils sont de Trimalcion. A ces passages, c'est lui qui les récite: ailleurs, un esclave, cou-

]. P. 23, 3i, et p. ;îr., li.

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ronné de lierre e( de vignes, on clianle aussi, d'une voix de fausse!, (jui élaienl du niT-me auleur ', et où sans doule, se reeonnaissail de même la marque du plus sol, du plus laid el du plus prélenlieux des amphitryons'.

A mesure qu'on approche do la fin du roman, les vers deviennent plus nombreux. Ils occupent presque autant do place que les morceaux de prose dans Pépisode de Circé, et, dans sa dornièro infortune, Encolpe et la prêtresse, qui prétend le secourir, répandent à qui mieux mieux, et comme on g-uisc de remède, de longues tirades poétiques.

Remarquons aussi que les vers sont souvent employés par l'auteur pour produire l'un do ces eflets de contraste qu'il semble aliectionner : vous entendrez un personnage exprimer, avec l'élégance propre aux vers, des sentiments nobles, élevés, poétiques, et tandis qu'on plane, éclatera tout à coup quelque accident grotesque et vulgaire qui jure avec tout le reste. Ce sont les doux faces de la vie brusquement opposées l'une à l'autre, la chute dans le grotesque étant d'autant plus profonde que

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