‹ Pétrone; l'envers de la société romaine et études diversesChapitre 50 sur 128 · II, 10, li · texte numérisé non relu

II, 10, li

lysé que la première partie. Agamemnon sait, à l'occasion, déployer l'emphase et dérouler les belles périodes qui sont de son métier. Il n'en use pas pour répondre à la vigoureuse invective de l'étranger. A-t-il été démonté, ou ce finaud solennel trouve-t-il plus habile de dire cette fois la vérité sans ambages? « Il va, dit-il, révéler les secrets, le dessous de son art. » De fait, ici il ne le prend pas de haut. La rhétorique, suivant lui, n'est qu'un gagnepain qui impose certaines nécessités. Le rhéteur s'y soumet pour ne pas mourir de faim. Si le goût de tous est mauvais, si la vanité des parents gâte et fausse l'éducation de leurs enfants, le maître n'en peut mais: il cède à la folie générale. Tout parasite flatte son amphitryon; tout acteur ménage son public. Dès que les gens sont tels, se conformer à la pure raison serait agir comme un pêcheur qui s'aviserait de renoncer aux amorces : on le verrait bien vite se morfondre le sac vide à la pointe d'un rocher. C'est un métier qui n'attire pas. Tant pis pour les enfants et pour leurs pères, s'il faut les amorcer et toujours les tromper. Agamemnon prouvait, par ce discours môme, cette chose invraisemblable : qu'un rhéteur pouvait parfois, pour le moins une fois, dire simplement la vérité.

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