‹ Pétrone; l'envers de la société romaine et études diversesChapitre 69 sur 128 · Chap. Lxi-Lxiii · texte numérisé non relu

Chap. Lxi-Lxiii

3. A la fin du chap. lnvit. Celle-ci se hâte bien vite de cacher sa figure dans un mouciioir.

ij ni o i ni 1 j. 1 ni o u rj ix .^

burlesques de la plèbe romaine, a-t-il réussi à éviter la pire faligue, celle que laisse un amas de clioses répugnantes; la pire révolte, celle d'un goût délicat, à la fois avide et déjà las do sensations pour lui inconnues ? Nous ne savons. Nous avons lâché de mettre à profit ses peintures. Leur incomparable avantage est que les originaux sont de ceux que nous connaissions le moins.

Nous no pouvons quitter ce sujet sans ajouter quelques remarques sur les croyances el les superstitions qui, quoique plus vivaces chez les petites gens, n'étaient pas cependant sans exercer leur action sur toute la société de ce temps. Par leur nature même, elles ont pour nous un intérêt particulier. Car, rencontre plaisante, ce que Pétrone a entrepris par manière do jeu. notre époque entendrait le faire sérieusement, pourvu qu'il y eût quelque chance d'aboutir. S'il était donné à un de nos grands historiens d'ôlre transporté par quelque enchantement dans la société romaine du i®'" siècle, je doute qu'il tienne à s'attarder longtemps devant les splendeurs du Palatin, dans les fêtes du Colisée ou même au milieu de l'activité du porl d'Ostie. Je me le figure plutôt gagnant ces tavernes voisines de la porte Portèse où Renan nous a montré saint Paul arrivant pour la première fois dans la capitale. Il voudrait voir tout au moins la place de ces mi-

sérables cellules, où uni demeuré les pauvres gens en qui furent déposées, dans ces années décisives pour le monde, les semences de nos plus chères idées et de nos senlimenls les meilleurs. Ces hommes, leurs idées, leurs consolations pour le présent, leurs rêves d'avenir, le monde romain ne les rejetait pas: il les ignorait; raison de plus pour que, par tous les moyens, nous en recueillions avec un soin extrême jusqu'aux moindres Iraces.

Malheureusement, on le comprend de reste, sur un tel sujet, Pétrone est de tous les auteurs celui que nous interrogerons avec le moins de profit. Ce grand railleur de nos passions et de nos faiblesses n'était pas homme à ménager les croyances de son temps, et même aucune espèce de croyance. Mais jamais sa raillerie n'est aussi mordante, jamais il n'a autant de vcr^e, que lorsqu il s'agit de ce qu'il croit hypocrisie ou quand il flaire quelque superstition. Un des grands admirateurs de Pétrone, Saint- Évremond, voyait dans l'action même du roman une satire de la providence et de la morale. L'auteur, dit-il, est certainemonl de ceux auxquels « les bonnes mœurs ont le moins d'obligation ». Il n'a garde « de nous faire voir le moindre exemple de la justice divine ou humaine sur les débauchés qu'il met en scène. Tant s'en faut: le pauvre Lichas, marchand de bonne foi, Lichas, le pieux Lichas,

craignant bien les dieux ', périt misérablement au milieu de ces corrompus qui sonl conservés. Il appelle inutilement les dieux à son secours; à la honte delà providence, il paie ici pour lous les coupables ». Ceux-ci en siéront quiUes pour lui faire une oraison funèbre. Sa mori leur sera une occasion de placer une tirade sur la fragilité des conseils de l'homme; et c'est tout. Par contre, « tous leurs crimes leur succèdenl heureusement. Le ridicule est sévèrement puni chez Pétrone et le vice heureusement protégé ». Il pensait, sans doute, lui aussi. « qu'honnête homme et bonnes mœurs ne s'accordent guère ensemble- ».

Voilà un résumé fort spirituel du Satiricon. Il fallait l'esprit alerte de Saint-Kvremond pour tirer ainsi du roman tout un système philosophique. Il l'en tire, il est vrai, d'autant plus facilement que, pour une bonne partie, c'est lui qui, au préalable, l'y avait mis. Avec la même méthode, on en déduirait aussi bien une doctrine contraire.

Pétrone se souciait peu de toutes ces tlièses. Il se souciait moins encore des croyances nouvelles qui allaient s'emparer des âmes. Sa défiance de ce côté était extrême, et, par là même, sans qu'il s'en dou-

1. Ai-je besoin d'avertir qu'ici Saint-Evremoiitl exagère et qu'il laisse prudemmunt dans l'ombre l'autre face du personnage.

Page 1