‹ Pétrone; l'envers de la société romaine et études diversesChapitre 70 sur 128 · Voir le Jugement sur Pétrone · texte numérisé non relu

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tât, nul n'a partagé plus que lui les préjugés de son temps. 11 se contente d'en être l'interprète assez indifférent quant au fond. Ses personnages ont les idées, tiennent les propos qui avaient cours autour de lui. Il y avait des années et des siècles que Rome s'était habituée à entendre des invectives contre les dieux; même il n'est rien qu'elle ait recueilli avec plus d'empressement dans les œuvres de la décadence grecque, et l'on peut dire qu'aucun peuple, dans ses moments de découragement, n'a été plus volontairement pessimiste que le peuple romain. La critique de la providence et des dieux que Saint- Evremond a cru découvrir ici, quand elle s'y trouverait, ne devrait pas étonner : cela est très humain et aussi très romain. Ce qui ressort du Satiricon se retrouverait dans toutes les peintures des sociétés anciennes, ou mieux dans toutes les peintures de la vie : parmi les personnages, les plus actifs, les plus instruits ne semblent obéir à aucune croyance; les autres tombent dans des superstitions d'autant plus grossières qu'il y a chez eux un défaut plus marqué d'intruction ou d'intelligence. Ici Agamemnon croit uniquement à l'éloquence payée de bons repas ; Eumolpe à la poésie ou mieux à certain genre de poésie; Ascylte et Encolpe, tout à leurs passions, n'ont ni scrupules ni remords; ils ont troublé un sacrifice et les mystères de Priape; ce serait le

moindre de leurs soucis si, dans une ville où ils sont étrang-ers, la prêtresse ne menaçait d'ameuter contre eux la populac'e. Dans leurs moments de gène, ils s'improvisent prêtres de Cybèle et se font nourrir par la grande déesse; Encolpe a dérobé, chez Lichas, le sistre et le vêtement sacré d'Isis : voilà certes des hommes que ne tourmente pas beaucoup la crainte de la divinité. Quand ils se soumettent à la prétendue expiation réglée par Quartilla, ou quand Encolpe va chercher dans la cabane délabrée d'Œnothée un remède à son impuissance, je doute fort qu'il y ait en eux défaillance de courage; peut-être ont-ils simplement llairé quelque comédie à laquelle ils veulent bien se prêter et dont ils espèrent tirer bon parti.

Par contre, autour d'eux, ce n'est que pratiques superstitieuses. Pétrone laisse suffisamment entendre ce qu'elles couvrent parfois : des ardeurs de débauche chez Quartilla; l'amour de l'argent et indirectement du vin chez la vieille Œnothée. A la table de Trimalcion, même crédulité; ou cite des prédictions, on raconte des histoires de sorcières et de leur maie main. Un coq malencontreux a chanté au milieu de la nuit : Trimalcion pâlit et ne se rassure que quand la bête a été apportée et qu'on l'a

envoyée faire un tour de casserole K Los convives jurent sans cesse par leur génie; ils invoquent avec toutes sortes de précautions et de circonlocutions celui de leur interlocuteur -; ils prendraient bien garde d'offenser l'un ou l'autre en quoi que ce fût. Pour toute chose, dans leurs actes et dans leurs paroles, dès qu'il s'agit des dieux, des démons, de serments, ils sont méticuleux et circonspects.

Ainsi fleurissent dans le milieu populaire ces superstitions dont Apulée s'efforcera de tirer parti ; qui, dès, le temps de Néron, sous la forme d'une recrudescence de sorcellerie et de magie, vont s'imposer aux classes élevées do la société romaine et qui fourniront par occasion à Lucain un moyen facile, réel, mais au fond vain et médiocre, par lequel il essaiera, il est vrai sans grand succès, de renouveler le merveilleux de l'antique épopée.

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