Tacite, DiaL
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du langage populaire esl-elle absolument exacte? Cela est peu probable. La langue vulgairt; réelle de Rome devait être bien plus mêlée qu'elle ne l'est ici de mots empruntés aux dialectes italiens, d'osque, d'ombrien, de grec, de patois locaux et même d'argot. On s'accorde généralement à admettre que l'habile écrivain l'aura légèrement éclaircie et simplifiée, afin de ne pas trop dérouter les lecteurs et aussi pour éviter un contraste trop marqué avec le reste du roman. Tel est l'ellet de toute transposition de la réalité dans le domaine de l'art. Ajoutons que cette adaptation nous a profilé ; car la pure langue vulgaire aurait bien pu, sinon par le tout, du moins par une bonne partie, rester pour nous tout à fait Icllrt' close.
Dans ces scènes de son roman, Pétrone risquait-il une tentative nouvelle? Xous ne savons. Toute question d'originalité à part, l'essai a dû charmer les anciens. Le lecteur romain ne tenait pas plus que les nôtres à s'attarder trop, dans le livre, aux endroits qu'il quittait peu dans la vie : le forum, le théâtre, les portiques. A Rome aussi, il arrivait à plus d'un d'aspirer à descendre. Pétrone, ou plutôt l'un des personnages qu'il a créés, le poèli* Eumolpc, soutient quelque part qu'on ne peut se mêler de l'art des vers, à moins de rompre avec le langage de la plèbe et d'écarter de soi tout ce qui
sent le profane vulgaire '. C'est une théorie faite pour les autres comme la plupart des théories. Pétrone ne s'est nullement soucié pour son compte de l'application, du moins dans sa prose.
Sans doute il ne fuit pas les discours graves ; mais il sait aussi à l'occasion nous précipiter en pleine plèbe. Aussilùt, le fond, la forme, idées, sentiments avec leurs brusques associations et leurs contrastes, tout devient populaire : pleheium sapit -. Le vocabulaire est envahi par des termes nouveaux. La syntaxe devient là si particulière que l'idiome en prend un air presque t'tranger. Les phrases s'émaillent de réflexions prudhommesques, de grécismes, de solécismes •\. sans compter plus . d'un emprunt à la langue verte de Rome. Grand embarras pour nous, modernes : mais cela même achevait le portrait et faisait de ces morceaux un régal pour les « Romains de Rome ».
Les discours des affranchis de Trimalci;>n, ceux du parvenu ne sont sans doute que des palabres ; mais on a vu qu'il se trouve qu'ils soient instructifs; ils sont toujours expressifs. Supposons un lecteur délicat : pourvu qu'il n'eût l'esprit ni étroit ni pé-
\. Ghap. cxviii, 4 : « Refugicndum est ab omni verborum, ut ita dicam, vilitate, et suniendae a voces plèbe semotîP, ut fiât odi profanion vulgus et arceo. »